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I. Sept depuis que la Moldo-Valaehie n’a qu’un chef

Belgrade, Widdin et Silistrie, où l’armée russe s’est brisée il y a six ans.

Aussi , comme il convient à un fleuve que l’invasion remonte et descend sans cesse, sur tout son cours de trois mille kilomètres, on n’a jeté que vingt et un ponts : la plupart simples ponts de bateaux, qui en une heure disparaissent. Un seul est digne du fleuve par sa hardiesse, sa grandeur imposante et son étendue, celui de Pest, sur lequel je compte bien passer.

Le Danube a sa tète fort exposée aux coups de la France et ses pieds dans les mains des Turcs. Pour Constantinople et Paris l’objectif de guerre est Vienne, ce qui explique d’un mot notre vieille alliance avec les sultans. Les uns y sont arrivés en remontant le fleuve, les autres en le descendant. Deux fois les Turcs l’ont assiégée; les Français ont fait mieux : ils y sont entrés deux fois et les Hongrois ont fait à peu près comme nous. Mathias Corvin prit Vienne en 1485 et Gœrgey, sans les Russes, l’aurait prise en 1849.

Après mon arrivée à Pest, je vous dirai si les Hongrois ont aussi complètement oublié Mathias Corvin qu’on le voudrait à Vienne. Quant aux Turcs, l’Autriche n’a plus rien à en craindre, à moins qu'ils n’aient un jour des

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successeurs redoutables; mais contre nous elle a pris mille précautions : une d’elles est la ville où je suis.

Ulm est le complément de Rastatt, ou pour mieux dire Rastatt n’est qu’un ouvrage avancé de ce camp immense où en cas de guerre l’Allemagne du midi s’enfermerait. Le long du bas Rhin les défenses de l’Allemagne sont à la gauche du fleuve, sur la rive gauloise, à Landau, Germersheim, Mayence, Coblentz et Cologne. Obligée de partager le haut Rhin avec nous, elle a mis, de ce côté, ses défenses en arrière du fleuve : à Rastatt, pour nous empêcher de le descendre; à Ulm, pour nous interdire l’accès du Danube et la grande route de Munich et de Vienne*. Une armée française débouchant de la Forêt-Noire trouverait donc ici ti ne position formidable qui l’arrêterait de front . Il est vrai que Rastatt pris ou masqué, on peut, comme Moreau en 1800, tourner Ulm par la droite, ou comme Napoléon en 1 805, le tourner par la gauche. Mais cette dangereuse ma-

1 . Les fortifications d’Ulm ont pour but immédiat de couvrir de feux le plateau du Michelsberg, qui domine la rive gauche, par où l’on arrive de Stuttgart, et les approches du pont qui débouche sur la rive droite, et que défendent, contre un assaillant arrivant de la Suisse ou de la Souabe méridionale, une vaste tête de pont, plus six forts casematés, avec glacis à contre-pente.

nœuvre n’est possible qu’à la condition que nous ayons, comme alors, de grands généraux à notre tête et la neutralité de la Prusse sur noire flanc.

Que tout cet amoncellement de terres, de pierres et de canons ait été fait contre nous, nous n’avons pas à nous en plaindre : Ulm est une forteresse défensive; mais qu’il ait été fait avec notre argent et avec nos idées, voilà qui est dur. Les contributions de guerre levées sur la France en 1815 ont pavé les travaux ici, comme à Rastatt, et le tracé des remparts a été emprunté au système polygonal du marquis de Montalembert.

A Ulm, vous le voyez, on garde ou l’on prend la clef du Danube : Napoléon l’y prit en 1805. En vraie ville allemande qu elle est, la vieille cité a deux maîtres, même trois. A gauche du fleuve elle est wurtembergeoise, à droite bavaroise, et comme sa citadelle est forteresse fédérale, c'est la diète de Francfort qui y commande. Sa prospérité n’est pas en raison du nombre de ceux à qui elle obéit. Il lut un temps où elle avait plus de cent mille habitants et elle est réduite à n’en pas compter le quart; où son argent courait par le monde entier, Ulmer Geld geht durch die ganze Welt , et elle se résigne à fabriquer des pipes en bois

d'aune, pour donner aux Bavarois ce que la nature aurait bien dû leur mettre tout de suite dans la bouche, et à faire pousser des asperges et des escargots dont elle vend chaque année, je parle des escargots, quatre à cinq millions pour aider ses compatriotes à faire leur salut en carême. Avoir été ville impériale, république puissante et.... Quelle chute! Au demeurant, ce sont les meilleures gens du monde : fort peu Autrichiens à raison même des précautions que l’Autriche a prises pour qu’ils fussent assiégés et bombardés à son profit. Un de mes amis était à Ulm il y a deux ans, lorsque les prisonniers autrichiens revinrent de France; on aurait bien voulu à Vienne une chaude démonstration; il ne vil qu’une complète indifférence où perçait une pointe d’ironie.

J’oubliais une autre célébrité d’Ulm, sa bière fameuse et je dois un souvenir à une oie originale qui dernièrement s’était prise d’affection pour un régiment de la garnison et montait la garde avec le factionnaire à la porte de la caserne. Les bêtes ne sont pas si bêtes qu’on pense .

Je ne vous ai pas encore montré Ulm même : entrons.

l’our le coup nous sommes dans une ville

bien allemande, et qui n’a pas encore fait sa toilette du dix-neuvième siècle. Comme habitant, je l’aimerais mieux attifée à la dernière mode, car elle aurait partout du gaz, la nuit, au lieu de dangereuses ténèbres ; son ruisseau fangeux serait canalisé, son pavé si dur, uni, mais sans macadam, et ses rues tortueuses, alignées comme un régiment prussien, pour le plus grand profit des gens affairés. Touriste, je la préfère telle qu’elle est.

N’est-ce pas, en effet, une vraie joie que de trouver en descendant de wagon, derrière les lignes rigides de l’architecture militaire, une vieille cité gothique, au lieu de l’éternel quadrant de Regent’s-street qu’on rencontre à présent partout. Les siècles devraient bien, comme les terrassiers, laisser çà et là des témoins au milieu de l’œuvre de destruction et de nivellement qu’ils accomplissent. Il y aurait un si grand charme à contempler de loin en loin le passé vivant!

Après cela, peut-être bien que le passé ne nous plaît tant que parce qu’il est mort, ce qui nous donne le plaisir de le recréer à notre guise ou de lui démontrer péremptoirement qu’il a eu de bonnes raisons pour mourir. Dans ce cas, c’est plaisir d’historien ; dans l’autre, d’artiste et de poète ; car la muse aime les

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