LANDSHUT
lieux sur lesquels planent de grands souvenirs m’attiraient bien plus que ees vallons soignés comme des parcs anglais où errent de pâles jeunes femmes qui plieut sous l’étreinte de la passion ou sous la fatigue du plaisir. Voilà pourquoi je tournai le dos à Ischl, le Baden- Baden de l’ Autriche,' pour gagner Batisbonne, la vieille ville impériale, à travers les grands champs de bataille de 1809.
Sur cette route je retrouve d’abord la même plaine monotone et triste que j’avais traversée en arrivant d’Àugsbourg. Jusqu’à Landshut nous descendons le long des bords marécageux de l’Isar, en passant par Freising et Moosburg : partout de l’eau et de la tourbe, comme il y en a d’Ulm à Munich.
Landshut est à la droite du fleuve, coquettement assis sur le penchant d’un coteau et les pieds au bord de l lsar, qui se divise en deux bras pour envelopper de ses courbes gracieuses
cueillie à l’Observatoire, qui est cependant le quartier le plus sain de Paris, a laissé, après évaporation, vingtdeux parties de matières solides, tandis que l’eau de pluie recueillie à Brunoy, à six lieues seulement de ce grand foyer d’infection, n’en a laissé que sept. Quant à l’air des lieux de réunion, il est souvent vicié à ce point qu’il ne peut plus fournir aux lampes assez d’oxygène pour brûler. Les poitrines humaines sont moins difficiles, mais ne s’en trouvent pas mieux.
le faubourg de Seligenthal , la vallée des Bienheureux. Au sommet de la colline est posé , fièrement le château de Trausnitz, qui servait naguère de fortification. Landshut fut longtemps une position importante, le centre des routes de la basse Bavière et de la défense de l lsar. A partir de cette ville nous montons par le flanc des hauteurs d’Altdorf, au travers d’un pays très-ondulé : grosses collines de sable à peine recouvertes de quelques centimètres de terre végétale, où poussent un peu d’avoine et quelques sapins chétifs. Les eaux ont certainement joué un grand rôle dans la formation de cette contrée; car à voir ces vallous sans issue ou dirait une mer houleuse qui a été soudainement solidifiée à la fin d’une tempête.
Au bout de la montée, nous coupons un col qui a bien cent mètres au-dessus de la plaine de Munich, et nous débouchons sur un immense plateau qui finit par descendre en pente douce vers Ratisbonne et le Danube. Il me semble fort pauvre; les villages y sont rares, les maisons bâties d’un peu de briques et de beaucoup de bois ou de torchis, souvent avec les toits à auvent et les galeries extérieures des chaumières suisses. Les femmes y font, comme les hommes, les travaux de force : j’en vois bon nombre qui traînent des brouettes. Ce-
LE l’LAÏEAU BAVAROIS. 327
pendant elles remplissent aussi, consciencieusement, leur principale fonction, car je viens d’apercevoir, pendant que nous montions lentement, un gardien du chemin de fer, coquettement accoutré d’une veste rouge à parements noirs avec un cor en bandoulière, qu’entouraient une douzaine de marmots, filles ou garçons, qui semblaient bien à lui.
Ce plateau est lui-même coupé de ravines, au fond desquelles coulent quelques ruisseaux comme la Paar, l’Ilm , l’Abens et les deux Laber. C’est un pays fourré, couvert de bois, sans espace pour le regard, sans horizon pour la pensée : vous n'avez pas un seul grand nom indigène à écrire sur ce sol. En revanche, j’y trouvai en plein mois d’août de l’humidité, des brouillards et des marécages. La terre semblait avoir reçu plus d’eau qu’elle n’avait pu en boire. Je comprends que le prudent et timoré archiduc Charles qui s’y engagea en 1809 n’y ait marché que pas à pas, alors qu’il lui aurait fallu y courir à toutes jambes.
Ce plateau règne tout le long du Danube, de Gunzbourg à Passau, en refoulant le fleuve jusqu’à Ratisbonne, de plus en plus vers le nord. Il a dû former dans l’origine la rive septentrionale d’un bassin que les montagnes du Salzbourg bordaient à l’est, celles du Tyrol et
du Vorarlberg, au sud et à l’ouest. Sous la pression des eaux accumulées le plateau s’est entr’ouvert eu trois points, et le Leeh, l’Isar, l’Inn y ont passé. L’immense nappe d’eau s’est écoulée par les trois rivières nouvelles, laissant sur le sol qu’elle abandonnait quantité de petits lacs où la fashion accourt et d’innombrables tourbières qui enlaidissent les champs.
Le fond de ce grand lac autédiluvien est aujourd’hui une plaine peu fertile, humide encore et froide, car son niveau se tient à une altitude moyenne de quinze cents pieds audessus de la mer1. Ajoutez que les vents chauds du midi ne lui arrivent qu’après s’être refroidis en passant sur les glaciers des Alpes, et vous ne vous étonnerez plus qu’un séjour à Munich soit pour les poitrines faibles une sentence de mort. On y a trouvé bon nombre d’espèces fossiles, mais point de grands sujets. Les crocodiles de douze à quinze pieds et les lézards gigantesques qu’on voit dans ce qu’on appelle à Munich le cabinet des pétrifications appartiennent au Wurtemberg.
i . Ulm est à quatre cent quatre-vingt-dix-sept mètres d’altitude, selon d’autres, à cinq cent cinquante-quatre; Augsbourg, à cinq cent quatorze; Munich, à cinq cent quinze; et Salzbourg, à quatre cent cinquante-six. J’ai dit plus haut que la température moyenne de Munich était celle de Stockholm.