I.E PLATEAU BAVAROIS
Si vous voulez refaire un moment la route que nous avons suivie -depuis Strasbourg, vous verrez que nous avons traversé trois contrées bien caractérisées. D’abord la riche vallée du Rhin, avec le Schwarzwald d’où elle descend ; ensuite le fertile bassin du Neckar et la ceinture de hauteurs qui l’enveloppe; enfin l’immense et maigre plaine qui s’étend de l’Alpe de Souabe aux monts du Salzbourg. Ces trois régions si différentes sont trois Etats distincts : la première forme le grand-duché de Bade, la seconde le royaume de Wurtemberg, la troisième celui de Bavière. Il faut que l’influence du sol soit bien grande pour avoir obligé des politiques allemands à constituer ces petits États ainsi que la géographie le voulait. Il est vrai que la main et le bon sens de la France y ont quelque peu aidé. L’Allemagne n’aurait jamais trouvé cela toute seule.
Je parlais plus haut de l'aridité du sol et de l’histoire sur ce plateau que nous gravissions tout à l’heure. La France y est venue cependant et y a laissé comme partout où elle passe d’immortels souvenirs. En 1809, quatre cent mille hommes s’y sont heurtés et glorieusement égorgés cinq jours durant.
Les Autrichiens avaient choisi ce massif inextricable comme une forteresse où leurs ar-
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niées seraient invincibles. La forme, en effet, est celle d’un quadrilatère incliné du sud-ouest au nord-est, dont trois faces ont pour fossés le Danube et l’Isar, qui couvrent de marécages le pied des versants, et dont la quatrième est la route de Donauwerth à Munich. Ratisbonne se trouve à l’angle supérieur avec un pont de pierre sur le Danube ; Davoust et cinquante mille vieux soldats l’occupaient. Augsbourg est à la base, à trente lieues dans le sud-ouest; Masséna y commandait soixante mille hommes.
L’état-major général avec Berthier n’avait point dépassé Donauwerth; pour Napoléon, il était encore aux Tuileries , que déjà depuis trois jours l’archiduc Charles et cent soixantequinze mille Autrichiens avaient franchi l’Inn, tandis qu’une autre armée descendait de la Bohême sur Ratisbonne.
Cette soudaine attaque, préparée à loisir derrière le rideau impénétrable des monts de Bohême et de Styrie durant nos luttes héroïques, mais insensées en Espagne, nous surprenait en flagrant délit de dispersion et d’ignorance. La grande armée était disséminée de Hambourg à Naples sur une ligne de quatre cents lieues. Que l’archiduc se hâte, qu’il arrive avant nous sur le plateau, qu’il jette la masse énorme réunie sous sa main alternati-