LINTZ
traîne par là, avec lui, toutes les eaux de la Bohème. A celui du sud, ce sont les hommes qui, au-dessous de Budweis, ont fait passer une route entre le Bohmerwald qui finit et les monts de Moravie qui commencent. Cetteroute, qui est aussi celle de Prague et de Dresde, aboutit au Danube, en face même de Lintz où arrive, de l’autre côté du fleuve, la route de Salzbourg et du Tyrol. D’Inspruck à Prague s’étend donc comme le chemin de ronde de l’empire autrichien le long de sa frontière occidentale. Or, ce chemin coupe à Lintz le Danube, qui est la grande ligne militaire et commerciale de l’Autriche. Là devait se trouver une ville importante. Elle y est; l'histoire a répondu à l’appel de la géographie.
Placé au milieu de la ligne de défense, et se trouvant être à la fois la porte de la Bohême par le sud, celle de l’archiduché par l’ouest, Lintz était destiné à jouer un grand rôle militaire. Ainsi l’occupation de cette ville par les Franco-Bavarois, dans la guerre de la succession d’Autriche, leur permit d’entrer même à Prague. Ils auraient aussi bien pu aller à Vienne. La reprise de Lintz par les Autrichiens empêcha au contraire les alliés de tenir en Bohême et ouvrit la Bavière aux Talpaches et aux Pandours de Marie-Thérèse. Comme une des
clefs de leur empire est là, que plus d’une lois on est venu l'y chercher et l’y prendre, par exemple Moreau, après Hohenlinden, et Napoléon, après Ulm et Eckmühl, les Autrichiens l’ont enfermée sous des fortifications qu’ils estiment formidables. C’est un système de grosses tours rondes, avec glacis et fossés, communiquant entre elles par un chemin couvert et dont chacune peut croiser son feu avec celui de ses deux plus proches voisines. On en compte trente-deux, vingt-trois sur la rive droite, neuf sur la rive gauche, et une forte citadelle, celle du Postlingberg. Quelques-unes de ces tours sont à une grande distance de la ville; l’ellipse qu’elles forment autour d’elle a deux grandes lieues de diamètre. Elles enveloppent donc un espace immense et font de Lintz un vaste camp retranché.
Ce système, imaginé vers 1828 par l’archiduc Maximilien d’Este, et depuis fort employé par les Allemands, a été jugé avec quelque sévérité par nos ingénieurs, qui ne semblent pas désireux de l’imiter. Les tours maximiliennes ont encore leur virginité : aucune n’a été prise; il est vrai que pas une non plus n’a été assiégée. Puisque celui que les soldats appellent le brutal et qui, en ces choses, décide souverainement, n’a pas jusqu'à présent dit son mot, le