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VIENNE
M. de Mettecnich botaniste. — E pure si muove. — Le Prater et le bois de Boulogne. — La nuit officielle. — L’Opéra. — La moralité viennoise et la littérature autrichienne. — Un sac vide ne peut se tenir debout.
Me voilà donc « dans la cité impériale, » comme les Viennois appellent leur ville, en ajoutant: « Il n’y a qu’une Vienne au monde. » Le chauvinisme est de tous les pays, et je le respecte partout.
Me voilà dans la capitale du gouvernement le plus absolu !, de la police la plus vigilante et la plus curieuse qu’il y ait eue au inonde ; une police qui mettait l’œil et la main partout; qui entendait ce que vous murmuriez tout bas à l'oreille de votre fiancée, lisait par-dessus
I. J’étais à Vienne au mois d’août 1860, par conséquent avant le diplôme du 30 octobre 1860 et la constitution octroyée le 26 février 1861.
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votre épaule la lettre apportée par votre plus cher ami ; regardait écrire, regardait penser, même les ambassadeurs, ce qui, pour plus d’une raison, est pourtant bien difficile.
Un jour, raconte*-t-on, le ministre d’Angleterre fait à son cachet une très-légère modification. La poste, comme d’habitude, ouvre la lettre, puis recachette avec l’ancien sceau. A quelque temps de là, l’ambassadeur anglais rencontre M. de Metternich : « Prince, lui dit-il, je crois qu’il serait à propos de prévenir vos employés que nous avons changé notre cachet. — Les maladroits ! » murmura le ministre. L’histoire est-elle vraie? je n’en sais rien ; mais je sais bien qu’au trefois on ne prêtait qu’aux riches.
Pour mon compte, j'aurais mauvaise grâce de me plaindre. Et d’abord j’entre dans la cité impériale plus facilement qu’à Paris. On ne m’y retient pas aux portes une heure entière, comme il m’est arrivé dans certaine de nos gares, et la douane me semble fort débonnaire.
Aux barrières, on arrête notre voiture pour payer le droit de pénétrer en ville. C’est un ennui qu’ils ont oublié de supprimer. A l’hôtel . dans la rue, j’entends parler avec la plus extrême liberté. Le guide que je prends, un
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Iionwed hongrois blessé dans la dernière guerre, dit tout haut, partout où il me mène, dans Schœnlirunn même, devant les gens de service, des choses à faire bondir dans son tombeau le prince de Metternich. Vienne n'avait que deux journaux politiques, le Wiener- Zeilung et le Bcobncter ; j’en trouve plus d’une douzaine qui ont l’allure aussi vive qu’à Berlin ou à Paris. E pure si innove : décidément le monde marche, puisque voici qu’à Vienne on court.
Arrivé à Vienne à quatre heures et demie, j'étais une heure après au Pi’ater,la promenade fameuse qui s’étend de la ville au Danube avec de grandes allées d’arbres séculaires1. Mais le bois de Boulogne et les Champs-Elysées ont fait tort à ces renommées d’autrefois. Depuis que la ville de Paris nous a donné des jardins de rois, où les arbres les plus rares, les fleurs les plus belles, que jadis on n’eût laissé voir que sous les vitrines jalouses d’une serre ou derrière les barreaux de fer d'une grille inexpugnable, sont mis à la portée de nos yeux, de nos mains, et presque sous nos pas; quand
I . Le Praier se trouvant au delà du canal de Vienne est lui- même une île de deux lieues de long sur trois quarts de lieue de large, dont le faubourg de Léopold, la Léopoldstadt, occupe une grande partie.
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le plus pauvre peut jouir de magnificences que Louis XIV ne connut jamais, il n’y a point à s’étonner que les splendeurs d’hier ne soient plus, comme une toilette fanée, que la friperie d’aujourd’hui.
Le Prater est un lieu bas, humide, mal entretenu, où l’on doit se trouver fort bien aux heures les plus chaudes des jours d’été. Je n’ose avancer que les Viennois, qui ont aux environs de leur ville tant de sites charmants, abandonnent le Prater; il faut cependant qu’en historien fidèle je dise qu’au moment où j’y arrivai, je n’y trouvai personne, pas un promeneur, un cavalier ou un équipage, mais treize cerfs et un grand seigneur. Le grand seigneur passait rapidement pour regagner son hôtel , et les cerfs , qui sont en liberté et qui n’en abusent pas, venaient très-débonnairement chercher leur pâture au lieu accoutumé. Comme tant d’autres choses, le Prater s’en va : les chemins de fer l’ont tué, et l’on ne fait rien pour lui rendre la vie.
Après cela, les habitants, sans doute, à cette heure, dînaient, et Hans ff^urst1, le Polichinelle viennois, qui a établi au Prater son quartier général , s’était retiré sous sa