‹ Causeries du dimancheChapitre 37 sur 39 · LA SENTINELLE DU VATICAN · texte numérisé non relu

LA SENTINELLE DU VATICAN

Fragment.

Rome, la nuit du % décembre i%Q9 y jour de l'ouverture du Concile, Au fond une porte ouvrant sur une aUée, et communiquant au Vatican, Au-dessus de la porte un grand crucifix d'ivoire. Dans f allée, un zouave pontifical se promenant la carabine au bras.

LE ZOUAVE, seul.

Quelle soirée splendide ! C'est un vrai plaisir d'être de garde cette nuit. Il ne me manquerait plus que mou beau ciel du Canada pour être parfaitement heureux. Le ciel d'Italie est pourtant bien vanté et bien digne de sa réputation ; mais celui de la patrie est toujours le plus beau I

► (*) Cette petite pièce a été représentée au collège de Sainte- Anne, le 8 décembre 1869, et subséquemment, dans plusieurs maisons d'éducation.

C'est à cette heure de la nuit, lorsque je suis de faction, que les souvenirs de la patrie repassent en foule dans mon esprit. C'est à cette heure que je me retrouve au milieu de mes amis et le mes parents, et que je me complais à me ressouvenir. Je les revois, je les entends, et quand ils m'ont serré dans leurs bras, que de choses j'ai à leur raconter! Car j'ai beaucoup vu depuis que je les ai laissés.

Comme les anciens croisés, j'ai parcouru le monde, et de pauvre enfant inconnu je suis devenu soldat du Saint-Père, sentinelle dévouée de la sainte Eglise Romaine I Combien j'ai grandi en dignité, et qu'il y a loin de l'étudiant des bords du Saint-Laurent au zouave pontifical faisant la garde sous les fenêtres du Vatican !

Mais j'entends du bruit. . . .Qui vive I

UN INCONNU, enveloppé dam un numtèmi.

Un ami ; laissez passer.

LE ZOUAVE

Le mot d'ordre, s'il vous plaît ?

l'inconnu.

Mentana !

LE ZOUAVE

A la bonne heure î

LINCOIfNU.

SaTe&-Yous de qui vous êtes soldat, mon jeune zouave ? Connaissez-vous et aimez-vous le Pape ?

LE ZOUAVE

Je le connais, je l'aime et je le vénère.

l'inconnu.

Alors, vous devez savoir pourquoi il a des soldats à son service ?

LE ZOUAVE

C'est parce qu'il y a des armées au service de l'enfer, et qu'il est en guerre avec cette puissance.

l'inconnu.

Ah I ah I II parait que vous êtes un fier clérical, jeune homme qui croyez encore à l'enfer I

LE ZOUAVE

Et vous ?

l'inconnu.

Moi ? Je n'y crois pas du tout.

LE ZOUAVE

C'est plus fort. Dans mon pays, bien des gens vivent comme s'ils n'y croyaient pas ; mais en réalité tout le monde y croit.

276 ' CAUSEBIES

LINCONNU.

Allons donc I je vous ai cru français ; de quel pays venez-vous donc ?

LE ZOUAVE

Du Canada, monsieur.

l'inconnu.

Du Canada ?. . . . Ah I j'y suis un petit pays situé sur les côtes d'Afrique ?

Pas précisément. Mais vous, vous êtes Français ?

l'inconnu.

Parisien, s'il vous plaît.

LE ZOUAVE

En effet, ce n'est pas- la même chose : un Français doit être catholique ; mais un parisien. ... I

l'inconnu.

Un parisien est révolutionnaire, garibaldien et déiste.

LE ZOUAVE

Belles qualités ! Mais un parisien n'est pas fort en géographie : il ne sait pas oh se trouve situé le Canada.

du dimanche. 277

l'inconnu.

Je l'avoue.

LE ZOUAVE

Eh bien ! je vais vous apprendre ce petit détail géographique qui n'est pas sans relation avec l'histoire de votre patrie. Le Canada, monsieur, est un petit pays, presque aussi grand que l'Europe entière, qu'un Français. . . .catholique (car alors tous les Français étaient catholiques) a découvert en Amérique, il y a un peu plus de trois siècles.

l'inconnu.

Pourquoi faire ?

Ah ! monsieur ; la France avait alors de singulières idées ! 11 y avait dans ce pays, d'ailleurs très-beau, des peuples sauvages qui ne connaissaient pas Dieu. Imaginez-vous que la France se mit alors en tête d'y planter la croix et d'y faire connaître l'Evangile. Elle y envoya des missionnaires, des religieuses et des colons choisis parmi les plus catholiques et les plus vertueux.

l'inconnu.

Vous m'étonnez !

LE ZOUAVE

C'est pourtant vrai ; et cette colonie, comme toutes

les œuvres divines, prospéra et grandit au milieu des

épreuves et des adversités. Mais, un jour, la France oublia cet enfant qu'elle avait jeté sur des rives lointaines. Une femme qui s'appelait la Pompadour régnait alors sur elle en dépit de la loi salique, et comme les toilettes de Madame épuisaient le trésor public, il ne restait rien pour fournir un maillot à l'enfant ! Dans ce temps-là vivait aussi un homme qui s'appelait Voltaire, dans lequel Satan s'était incarné, pour singer Dieu incarné dans Jésus I Or, Voltaire était d'avis que la France avait alors assez à faire de nourrir ses enfants naturels sans s'embarrasser encore de cet infime rejeton, très-légitime d'ailleurs, dont les vagissements se perdaient sur l'immensité des mers ? L'enfant fut donc abandonné à la grâce de Dieu !

l'inconnu.

Et il est mort de faim ?

Pardon, monsieur : il a grandi, et il fournît aujourd'hui des soldats au Saint-Pcre ! La grâce de Dieu n'est pas une marâtre, allez ! et celui qui s'y abandonne trouve toujours en elle la mère la plus dévouée et la plus tendre ! Sous sa garde bénie le pauvre est riche, le faible est fort ! Regardez dans ces murs, monsieur ; il y a là un vieillard qui s'est aussi abandonné à la grâce de Dieu. Il est pauvre puisqu'on Ta dépouillé de ses plus riches provinces ! Il est faible puisqu'il n'y a autour de lui qu'une poignée de braves ! Et cependant, tous ces gouvernements de l'Euro-

pe, si riches, si puissants, qui veulent sa déchéance, ne paraissent pas trouver la chose bien facile !

l'inconnu.

C'est un peu difficile, mais ça viendra.

LE ZOUAVE

Ça ne viendra pas, monsieur.

l'inconnu.

Eh ! pardon. Le préjugé est vieux et enraciné : il a^ fanatisé le monde ! Mais ce fanatisme s'éteint, et quand cette vieille superstition du catholicisme aura disparu au soleil de la liberté^ vous verrez que nous aurons bientôt fait ?

le zouave/

Mais permettez^ monsieur ; le préjugé n'est pas chez nous ; il est dans vos rangs. Youlez-vous que je vous fasse connaître le plus grand préjugé du XlXme siècle ? C'est de croire que la force matérielle est toute-puissante en ce monde !

Vous ne croyez pas à la prière, vous; mais vôui avez confiance dans le chassepot. Je . vous prévieos^ monsieur, que vous faites erreur^ et que l'avenir vous débarrassera de ce vieux préjugé.

l'inconnu.

Ta, ta, ta, vous êtes jeune^ mou garçén^

LE ZOUAVE

Appelez-moi " monsieur, " s'il vous plaît.

l'inconnu.

Eh bien ! monsieur du Canada, je trouve que vous parlez un peu lestement de notre grand XlXme siècle, et des gloires du XVIlIe, madame de Pompadour et Voltaire I Vous venez d'un pays lointain et demi sauvage, je suppose, et je comprends que vous puissiez encore défendre la superstition et la barbarie ; mais je ne permettrai pas que vous veniez insulter à nos gloires !

LE ZOUAVE

Je n'ai pas besoin de votre permission, monsieur, pour donner mon avis sur les personnages historiques que vous défendez, et un libre-penseur de votre calibre devrait donner un peu plus de latitude à la liberté de parler ! Mais puisque vous avez entamé ce chapitre, dites-moi donc vous, monsieur, qui croyez à la ruine inévitable et prochaine de la papauté, pourquoi votre gouvernement qui soutient la révolution d'une main, défend la Papauté de l'autre ; pourquoi il protège les ennemis de l'Eglise eh France et pourquoi il les a battus à Mentana ? Expliquez-moi ce mystère, s*il vous plaît.

l'inconnu.

C'est diflicile à expliquer.

LE ZOUAVE

Ah î VOUS n'êtes pas fort ! Cette contradiction vous paraît inexplicable, à vous qui ne croyez pas au surnaturel ; mais pour nous qui savons que le chassepot est aveugle et inintelligent, nous voyons là l'action de la Providence forçant un pouvoir impie de sauver l'Eglise que lui-même a mise en danger !

l'inconnu.

Mais, mon ami

LE ZOUAVE

Je ne suis pas votre ami.

l'inconnu.

Vous croyez donc sincèrement que, malgré, sa faiblesse, la Papauté sera sauvée ?

LE ZOUAVE

J'en ai la certitude.

l'inconnu.

Eh bien ! Monsieur, écoutez-moi : j'ai étudié l'histoire du monde, et je connais l'opinion des grands hommes de l'époque : je crois au triomphe définitif de la Révolution sur l'Eglise, et je vous prédis que céd tuera cela,

(L'inconnu touche la carabine en disant ceci^ et indique le crucifix du doigt en disant m/o.) .....

S82 GAtJSIRtIS

LE SOUAYE.

Vous en êtes sûr ?

l'incokwu.

Très-sûr.

LE ZOUAVE

^lais avez-vous songé que cela tué ressuscite ?

l'inconnu.

Gomment ?

LE ZOUAVE

Ah ! vous avez bien mal étudié l'histoire, si vous n'avez pas vu, dominant tous les faits historiques, ce grand miracle sans cesse renouvelé de la résurrection du Christ !

L'histoire universelle doit être une énigme pour vous, si vous n'avez pas compris que ce fait gigantesque seul résout et illumine mille et up problèfnes de la vie des peuples !

Il n'est pas étrange alors que l'étude de l'histoire j|it pu vous convaiacre.de la défaite de l'Eglise. I

. Ceci tuera cehy dites-vous ?r-îilais, ip^oDs^^ur, loi^qe la Croi;^ s'est dressée au sommet du. Gplgotha, cea avait tué cela. Les hommes crurent bien alors .que c'en était fait du Christ et qu'il était bien mort pour toujours ! Or, vous devez savoir qu'ils se trompaient, et que. c'est du haut de sa Groijç quQ 4e. Christ. vaiofiuctar^ènait possession du monde t

bu DIMANCHE. 333

Plus tard, lorsque Pierre, successeur du Christ, expirait ignominieusement sur une croix, à deux pas d'ici, et que Néron triomphant ployait sous le poids de la grandeur et de la puissance, ceci avait bien tué cela. Mais le lendemain cela ressuscitait et l'œuvre divine grandissait ! Le monde voyait à peine cette lutte sublime entre la force matérielle et la faiblesse, entre la bète féroce du cirque et le martyr, entre le sabre et la prière, mais le ciel la contemplait ! Pendant trois siècles cm tua cela ; mais autant de martyrs, autant de résurrections ! Que dis-je ? Un seul martyr faisait naitre des milliers de prosélytes, et la mort de cela devint l'enfantement miraculeux de- la Foi !

La lutte pourtant ne fut pas terminée pour toujours ; cent fois elle recommença ; mais cinq siècles plus tard, la force spirituelle régnait sur l'Europe dans la personne du Pape Adrien, et la force matérielle . était devenue &on humble servante dans ia personne de Gharlemagne, le plus grand des empereurs!

Voilà ce<|ue dit l'histoire, monsieur, et ce que trop de gens ignorent. Vous aurez beau faire, vousne serez jamais aussi puissants que l'étaient les empereurs romains, et la force matérielle de l'Eglise ne sera jamais aussi faible que dans les catacombes I Quand. une ielle faiblesse a pu triompher d'une telle force, on peut ' être assuré que le canon rayé ne prévaudra pà&iuMitre l'Eglise I . '

L*IN.CQNNU.

Mais croyez-vous donc que lo;: pape soit imiçortel ?

LE ZOUAYE.

Certaiaement, monsieur, le pape est immortel ! Pie IX mourra ; mais le pape ne mourra pas ! Il y a plus de dix-huit siècles qu'il vit, et je ne vois à son front aucun signe de décrépitude ! Plus que jamais il est vivant, courageux et fort ! Plus que jamais il est actif et prompt à censurer l'erreur !

l'inconnu.

J'admire votre enthousiasme, jeune homme ; mais derrière vos belles illusions, il y a la réalité ; et vos rêves pourraient s'évanouir en face des événements. Un jour, qui n'est pas éloigné, la révolution éclatera à Paris, et Napoléon III sentira les rênes du gouvernement lui échapper. Qui viendra alors au secours de la Papauté dans un tel désarroi de la puissance impériale ? Qui la défendra alors contre l'armée piémontaise marchant sur Rome et recrutant dans sa marche tous les révolutionnaires étrangers qui affluent en Italie ? Sera-ce l'Autriche, dont le gouvernement est anti-catholique ? Sera-ce la malheureuse Espagne, qui se promène au bord des abîmes en chancelant comme une femme ivre ? Sera-ce la Prusse ? Sera-ce l'Angleterre ? Sera-ce la Russie ?

C'est alors que la Révolution pourra bien-dire à la Papauté, en se moquant : .^

Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

LE ZOUAVE

Eh bien ! je sais ce que la Papauté répondra. -.

DU BIHANCHE. 285

l'inconnu.

Quoi?

LE ZOUAYE.

Elle répondra : Je vois venir Dieu !

l'inconnu.

Et vous croyez que Dieu viendra ?

Dieu viendra, monsieur, comme il est déjà venu ; et il vaincra le monde comme il l'a déjà vaincu 1

l'inconnu.

Je ne comprends pas. ;

LE ZOUAVE

Ecoutez un peu, monsieur : Dieu est patient et il sait attendre son heure. On croirait parfois qu'il a abandonné le monde, tant le mal triomphe, et tant le succès sourit aux méchants ! Sûr de vaincre quand il le voudra, il laisse aujourd'hui la révolution grossir ses rang^> séduire les peuples, et envahir les royaumes.

Il se fait petit et il souffre le mal comme s'il était trop faible pour le punir. Peu à peu sa lumière se retire du milieu des peuples ; la mort se fait dans l'eâprit humain, et bientôt peut-être, Satan dira à la

286 CAUSEfilËS

Révolution : C'est l*heure, lève-toi et marche, Dieu est endormi !

L'armée de Satan se lèvera et marchera contre la papauté. Hélas ! elle triomphera peut-être pendant un temps I Peut-être Dieu jugera-t-il nécessaire de punir l'Italie qui a prêté aux doctrines irréligieuses une oreille trop complaisante ! Et alors qui sait quelles calamités affligeront l'Eglise ! Home peut être prise ; le Pape peut être enchaîné et jeté dans un cachot ou dans l'exil ! Mais ce triomphe des méchants ne durera pas ! Et Dieu, qui semble dormir, s'éveillera soudain à la clameur des fidèles s'élevant jusqu'à lui ! Quel sera alors l'instrument de sa vengeance et de sa justice ? Quel peuple se lèvera pour défendre le saint drapeau ? Nul ne le sait ; mais ce peuple et cet instrument se trouveront sous sa main au moment donné I Vous avez nommé la Russie, la Prusse et l'Angleterre, comme hostiles à l'Eglise : eh bien 1 monsieur, je ne serais nullement étonné de voir l'une de ces puissances sauver la papauté I

Il suffit que Dieu puisse en avoir besoin, pour qu'elles deviennent dans ses mains des instruments aveugles et dociles. Car le monde ne fait pas ce qu'il veut et ne va pas où il croit aller.

C'est Joi^sque la révolution se croirait victorieuse qu'elle serait vaincue, et le pouvoir qui tratneràit le Pape en captivité marcherait à sa ruine ! - -

Vous souvient-il de cet empereur sous les.pas .duquel l'Europe entière tremblait ? Tous les rois qui 8!étaient levés contre lui avaient été vaincus, et le monde .était devenu trop étroit pour son ambition ei son orgueil !

DU DnUHGHB. SB7

Or, au sommet de la puissance humaine, à Ts^ogée de sa gloire de conquérant, il rencontra un souverain qui ne voulut pas plier devant lui, et qui, dressant fièrement la tète, lui dit : Sire, ce que vous avez fait n'est pas permis, non licet.

Vous savez la conduite du grand monarque vis-à-vis de ce souverain rebelle qui était le Pape. Mais du moment que le Pape fut captif à Fontainebleau, la gloire et la fortune du conquérant s'éclipsèrent, et c'est quand il croyait arriver à la domination universelle iCpi'il s'acheminait vers Sainte-Hélène !

Voilà un fait moderne qui devrait ouvrir les yeux à ceux qui ne croient pas à l'assistance du ciel. Or ce fait n'est pas isolé. L'Histoire de l'Eglise n'est pas autre chose que le récit des interventions de Dieu dans les affaires de ce monde.

Avez^vous lu cette histoire ?

L*INC0NNU.

Non, monsieur.

LE ZOUAVE

-Qh ! alors, je ne suis plus étonné de vous entendre rprpclaa^r le triomphe de la révolution; car vous ignorez les luttes et les victoires 4p la Papajuté.

•Bermettezrmoi de vous en dire encore un mot,

iô vous ai rappelé la défaite des Gésars-^omaids : parlons un peu des Césars allemands.

Le Césarisme a toujours été l'adversaire de la Pa- >pauté, parce .({ue eésartsme et despotisme sont' syttdhi*

mes, et que le Pape a toujours été le plus grand protecteur de la liberté !

Eh bien, après les Césars romains, la Papauté~se trouva en face des empereurs allemands, qui, eux aussi, rêvaient la domination universelle ! L'Allemagne, devenue la première puissance de l'Europe, voulait alors asservir la Papauté et réduire le successeur de Pierre à Tétat de simple sujet allemand.

La lutte fut longue, acharnée, savante et terrible. En face d'Henri lY, haut et puissant empereur, se dressa, du fond d'un cachot, le moine Hildebrand, de. venu saint Grégoire VII ! Contre Frédéric Barberousse se leva un enfant, qui naguère encore mendiait son pain à la porte des monastères, et qui devint Adrien IV ! Devant Frédéric II et son chancelier Pierre Desvignes surgit Innocent IV, qui, dépouillé et fugitif^ répondait par l'excommunication aux manifestes du grand empereur et le faisait condamner par le Concile de Lyon.

Toute la richesse, toute la force, toute la puissance humaine étaient du côté des empereurs, et la Papauté triomphait I

La main de Dieu planait sur la tête de lIElglise comme une ombre protectrice, et aux moments donnés, elle s'appesantissait sur ses ennemis. Frédéric II mourut, empoisonné, dit-on, par Mainfroi, l'un de ses enfants naturels, et le rédacteur de ses manifestes libéraux, Pierre Desvignes, se brisa la tète contre les murs de sa prison.

Telle a été, monsieur, et telle sera toujours la fin des luttes entre le Césarisme et la Papauté, entre la Révolution et l'Eglise Romaine I

On lit au Livre des Rois, qu'un jour, l'Arche d'Alliance était tombée aux mains des Philistins. Quoiqu'idolâtre, ce peuple avait compris que l'arche sainte était la force d'Israël, et il avait réussi à s'en emparer. Mais à peine l'Arche d'Alliance était-elle arrivée au pays des Philistins, que les plus grandes calamités assaillaient ce malheureux royaume. En face del' Arche, la statue de Dagon, leur dieu, tombait renversée, et, le second jour, les Philistins ne trouvaient plus que son tronc, sans tête et sans bras. ** La main du ** Seigneur, dit le Livre des Rois, étendait la mort sur ** chaque ville, et tous les habitants étaient frappés, ** depuis le plus petit jusqu'au plus grand. "

Eh bien, monsieur, écoutez-moi :

Tous les catholiques du monde qui se groupent aujourd'hui autour de la Papauté, c'est le peuple d'Israël I

Tous les impies, peuples et rois, qui lui font la guerre, ce sont les Philistins I La Révolution, c'est le dieu Dagon devant lequel les rois de l'Europe se prosternent !

La Papauté, c'est l'Arche d'Alliance qui fait la force d'Israël, et dont l'ennemi veut se rendre maître !

Malheur aux Philistins s'ils portent leurs mains impies sur l'arche sainte I Je vous l'ai dit : Dieu viendra, et Dagon sera renversé sans tête et sans bras, c'est-à-dire, sans intelligence et sans force 1

l'inconnu.

Vous êtes un digne défenseur de la papauté : serrez la main de votre colonel, il est content de vous I

290 GAUSBRIBS

LE ZOUAVE

Quoi ! vous êtes

LE COLONEL, détachant le manteau qui renveloppati..

Je suis ]e calonel de Charrette, et, comme je crains quelque trouble cette nuit, je suis sorti pour m'Àssurer de la vigilance des sentinelles. En vous voyant, il m'est venu à l'idée d'éprouver la foi et les principes de mes zouaves, et je vous ai fait causer.

LE ZOUAVE

Pardonnez-moi de ne vous avoir pas reconnu..

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