‹ Causeries du dimancheChapitre 36 sur 39 · Scène horrible · texte numérisé non relu

Scène horrible

^' Ici Bienville se roulant à terre dans une rage folle, les artères du cou gonflés, les muscles tendus et les yeux rouges de sang ; là Harthing, les traits contractés par toutes ses passions mauvaises, et dévorant de son regard de feu Marie-Louise qui vient de perdre connaissance. Plus loin Dent-de-Loup qui, après avoir fait décrire à la pointe de son couteau un cercle rapide sur la tête de Marthe, retient entre ses dents la lame ensanglantée dont il vient de se servir ; et, posant son pied droit sur le dos de la pauvre femme, la saisit par la chevelure qu'il arrache violemment par une brusque secousse, en laissant nu Tos du crâne. '*

Pour éclairer cet affreux tableau, une chandelle fumeuse jette sa sinistre lumière dont la lueur blafiirde rougit la muraille comme d'une teinte de sang.

Harthing prend dans ses bras Marie-liouise évai.ouie, et se dirige vers la porte. Dent-de-Loup place dans la chambre un baril de poudre avec une mèche allumée, et il court rejoindre Harthing qui déjà rampe avec sa proie dans l'ombre...

Bienville fait des efforts impuissants pour rompre ses liens...

Une sueur froide enveloppe son corps coipme du linceul de l'agonie...

C'en est fiedt, il lui faut mourir I Car il voit dans l'ombre la lueur tremblotante de la fusée dMt chaque

Du DIMANCHE. 359

étincelle ronge, en pétillant, le faible lien qui le tient suspendu sur son éternité

Boisdon est accroupi, mourant de peur, près de la clôture de Tévêché, tandis que quelques boulets viennent s'enfouir non loin de l'endroit où il se trouve. Harthing et Dent-de-Loup viennent s'y blottir avec leur précieux fardeau, pour laisser passer quinze hommes armés qui montent de la Basse-Ville, avec d'Orsy à leur tête. Tout à coup un boulet frappe la muraille sur laquelle ils s'appuient, et les couvre de fragments de pierre dont plusieurs blessent Jean Boisdon.

L'hôtelier hurle de douleur, bondit sur ses jambes, et s'élance dans la rue Buade avec la frénésie aveugle de la terreur. Il ne voit, il n'entend rien ; mais il court avec l'emportement furieux d'un cheval qui a pris le mors aux dents.

L'un des soldats fait feu sur lui, et la balle du mousquet lui casse la jambe. Emporté par son élan, il tombe dans la porte entr'ouverte du Lieutenant d'Orsy. Sa tête frappe le baril de poudre dont la fusée brûle toujours.

— Ah Ijmon Dieu ! ce baril de poudre !...s*écrie-

t-il ; et de ses mains désespérées, il presse, étreint, arrache la mèche fumante qu'il rejette au dehors.

De Bienville est sauvé !

Mais les cris de Jean Boisdon et le coup de feu ont tiré Marie-Louise de son évanouissement, et elle s'est échappée des mains de son ravisseur. Avec la force et la rapidité que donne le désespoir, elle bondit et s'élance vers Louis d'Orsy en jetant des cris perçwits.

Harthing veut Tarrêter et l'insensé se lance à sa poursuite.

Les soldats entourent l'anglais qui tire alors un pistolet de sa ceinture, casse la tête du premier homme qui veut lui barrer le passage, en renverse un second d'un coup de poignard et redescend à la course vers la clôture de Tévêché qu'il franchit d'un bond.

— Sus à lui ! disent les voix de plusieurs poursuivants qui le serrent de près. Harthing traverse eu dix pas la cour de Tévéché ; et, troublé, haletant, oubliant Tendroit par où le sauvage l'a fait entrer dans la ville, il saute par dessus une autre muraille et tombe dans le jardin du Séminaire. Il voit alors qu'il a fait fausse route et court dans la direction de la grande croix de bois qui dominait alors en cet endroit la cime du cap.

Le premier de ceux qui le suivent n'est plus qu'à quelques pas de lui, lorsqu'il est arrêté par la palis* sade plantée sur le bord du roc. Un bond désespéré le porte sur le haut des pieux de la fortification.

Mais en retombant de l'autre côté, il se rencontre face à face avec un homme qui a franchi la palissade en même temps que lui.

C'est Bras-de-fer.

— Place î lui dit Harthing enarmantson second pistolet. Pierre a vu ce mouvement et se jette de côté au moment où le coup part. La balle effleure l'oreille du canadien qui se précipite sur son ennemi. Celui-ci s'efforce de poignarder Bras-de-Fer.

i Malheureusement pour ce dernier, l'étroit espace

où a lieu la lutte étant inégal, il perd pied sur un accident de terrain et tombe à la renverse.

— Meurs donc, chien ! crie l'anglais qui porte un coup terrible à son adversaire.

Mais la rage aveugle de Harthing tourne au profit du canadien ; car le poignard mal dirigé ne fait que glisser sur ses côtes et labourer la chair qui les recouvre.

— Oh ! satané gredin ! s'écrie Bras-de-Fer, en renversant son ennemi sous lui, puis il le saisit d'une main par la nuque du cou, tandis que de l'autre, il retient le bras droit de l'anglais qui ne peut alors se servir de son arme. Et le canadien se relève en tenant toujours Harthing au bout de ses bras puissants.

Celui-ci tente un dernier effort ; il s'accroche les pieds à un tronc d'arbre et imprime une si violente secousse à son corps, que le canadien se sent glisser avec lui sur la pente rapide du cap.

Mais dans sa chute, Pierre rencontre le tronc d'arbre qui vient de servir à l'anglais et s'y retient d'une main ; ce qui le contraint pourtant de lâcher le bras armé du lieutenant qui se tord à cent pieds au-dessus de l'abîme, écume et blasphème comme un démon.

Le feu d'un obus qui éclate au proche fait luire le poignard qui menace encore la poitrine de Bras-de- Fer, lorsque le géant, qui retient toujours Harthing par le cou, soulève son ennemi au-dessus de sa tête et le rejette en avant dans le gouffre béant à ses pieds.

L'anglais tombe, rebondit et roule sur le flanc escarpé du roc.

Cette lutte avait été pourtant si courte, que lei

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compagnons de Pierre qui franchirent les premiers le rampart de palissades, n'arrivèrent sur les lieux qu'au moment où Harthing tomba.

Un déchirant cri d'angoisse monta du fond des ténèbres qui baignaient la rue Sault-au-Matelot ; on entendit le bruit produit par la chute d'un corps sur des branches sèches^ et ce fut tout.

Dent-de-Loup, plus prudent que l'anglais, s'était tenu coi tout d'abord en sa cachette ; mais quand il eut vu les soldats disparaître à la poursuite de son compagnon, il se glissa doucement le long de la cl6^ tare en descendant vers la Basse-Yille. Arrivé près de la porte cochère du palais de l'évéque, il escalada la pali<isade, et voyant que tous les canadiens avaient sauté dans le jardin du Séminaire, il se coula sans être aperçu vers l'endroit du cap qui lui était fami' lier. Il se laissa glisser sur le flanc du roc et prit pied sans encombre dans la rue Sault-au-Matelot.

Ici l'attend un sérieux obstacle ; car les trente hommes chargés de défendre la barricade ayant été réveillés par le tintamarre des canons anglais et par les rumeurs et détonations d'armes à feu qui leur Tenaient des remparts, au-dessus de leur tète, étaient sortis en toute hâte de leur corps de garde improvisé.

Ils viennent d'allumer des torches et examinent avec attention les bords escarpés du çap éclairé 9ur ce seul point par la lucaière rouge^trç des tlamhçaux.

Dent><le*Loup n'a qu'un $eul parti à prendre, celui de sauter par-dessus la barricade, haute de six pieds, et de passer par surprise au beau milieu de ae^ ennemis. Il n'hésite pas, et prenant sa course, ^ ^nrWe

auprès du retranchement sans être entendu, grâce aux mocassins qui étouffent le bruit de ses pas. Lancé fortement par ses jarrets nerveux, il franchit l'obstacle, passe comme un éclair devant les yeux des soldats ébahis^ et retombe sain et sauf de l'autre côté, en continuant de dévorer l'espace qui le sépare encore de son canot.

Celui-ci n'est plus à sa place. Un cri rauque s'échappe du gosier de Tiroquois qui se jetle alors tête baissée dans la rivière.

A peine a-t-il nagé quelques brasses, qu'il voîtjà dix pas devant lui, une pirogue balancée par le flot dans l'ombre, tandis que la silhouette d'un homme qui la monte se dissine vaguement sur la surface de l'eau.

Craignant une surprise, le sauvage va plonger pour éviter un ennemi, lorsqu'une voix bien connue l'appelle par son nom. . . .

Il est sauvé : John Harthing est l'homme du canot. 11 avait roulé, roulé jusqu'au bas du cap, et il en était quitte pour plusieurs contusions.

Mais voilà que des coups de feu partent du rivage à leur adresse, une balle a percé l'écorce de la pirogue, qui fait de l'eau, et qui bientôt disparaît sous la vague.

Harthing et Dent-de-Loup gagnent à la nage une petite île de sable que le reflux laisse à découvert, mais la marée qui monte les oblige bientôt à se remettre à la nage. Harthing s'évanouit après avoir parcouru une certaine distance, et le sauvage le soutient et le traîne jusqu'à la rive opposée. "

Toute cette narration est copiée textuellement. Car tous les événements de cette nuit que M. Mar-

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mette a eu raison d'appeler terrible^ sont tellement liés ensemble et si bien agencés, que l'analyse est presque impossible. Il faut citer, et citer des passages en entier. C*est d'ailleurs la partie la plus saisissante et la plus dramatique du livre.

La suite du drame se ralentit un peu, sans cesser d'être pleine d'intérêt.

En rentrant chez lui avec sa sœur, Louis d'Orsy délivre Bienville qui y était reste bâillonné et garrotté. Jean Boisdon est accusé de trahison et emprisonné. Disons de suite, pour en finir avec ce triste personnage, qu'il fut plus tard condamné à. huit jours de pilori et à 3,000 livres d'amende.

Le siège de Québec continue et un combat se prépare sur la rive nord de la rivière St-Gharles.

Harthing est furieux de n'avoir pu se venger, et sa haine s'est encore accrue. Dent-de-Loup our.dit des projets diaboliques, et nous le retrouvons, fabriquant clés balles empoisonnées dans les bois qui environnaient les chutes de Montmorency.

Walley est campé avec deux mille Anglais à la Canardière. Les trois frères Lemoyne, de Longueuil,de Sainte-Hélène et de Bienville sont envoyés avec deux cents Canadiens pour les tenir en échec, et la bataille s'engage.

MM. de Longueuil et de Sainte-Hélène sont blessés. Harthing est tué par Bienville. Louis d'Orsy est frappé d'une balle empoisonnée par Dent-de-Loup, qui est terrassé par Bras-de-fer d'un coup de crosse de fusil. Le feu continue jusqu'au soir, et les Anglais battent en retraite vers leur camp.

Louis d'Orsy, qui n*est que blessé, esl porté chez lui ; mais le poison communiqué à ses chairs par la balle ' de Dent-de-Loup, rend bientôt son état désespéré. Le chirurgien déclare son art impuissant, et l'empoisonnement fait des progrès rapides.

La douleur de Louise est immense, et pendant que Bien ville et le chirurgien s'empressent au chevet du malade, elle va s'agenouiller aux pieds du crucifix. Pour sauver la vie de son frère, elle fait le sacrifice de son bonheur, elle immole son amour, et fait le vœu d'entrer en religion à l'Hôtel-Dieu pour y passer ses jours au chevel des malades !

Quand elle se releva, Bras-de-Fer entrait portant sous son bras un paquet d'herbes et de plantes desséchées, et deux heures après, Louis d'Orsy était sauvé. Bras-de-Fer avait appliqué sur la blessure une compresse fortement imbibée de l'infusion des plantes.

Après quelques escarmouches qui achevèrent de ruiner les espérances de l'amiral Phips, la flotte anglaise leva l'ancre, et Québec fut délivré de ses ennemis. L'heure providentielle de notre soumission à l'Angleterre n'avait pas encore sonné.

Tout le peuple est dans la jubilation, et François de Bienville, en grande tenue, se rend chez d'Orsy. Il rappelle à Marie-Louise son amour et leurs engagements, et la jeune fille éclate en sanglots. Interrogée par de Bienville, elle lui révèle le vœu qu'elle a fait, et le malheureux jeune homme sort de la chambre en chancelant comme un homme ivre. Le lendemain Marie-Louise entrait à l'Hôtel-Dieu.

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Après cet écroulement de son amour et de ses espérances, François de Bienville veut oublier son malheur dans la gloire militaire et l'émotion des batailles. Il retourne à Montréal, et Bras-de-Fer raccompagne.

L'hiver fut long et triste. Mais le printemps à peine arrivé, M. de Vaudreuil et Bienville organisent une expédition contre un parti de mille Iroquois qui infestent les environs de Montréal.

Ils se dirigent sur Repentigny, où une bande d'Iroquois s'était retranchée dans une maison. Bienville et Bras-de-Fer sont bien étonnés de retrouver Dent-de- Loup à la tête de cette bande, Dent-de-Loup qu'ils avaient cru mort, et qui n'avait été que blessé dans le combat de la Ganardière.

A Repentigny, François de Bienville reçoit une lettre de Québec. C'était son ami Louis d'Orsy qui lui annonçait une grande et bonne nouvelle : Monseigneur de Saint-Yalier s'opposait à l'entrée en religion de Marie-Louise d'Orsy, parce qu'elle s'était fiancée à de Bienville. Ce dernier était donc mandé à Québec par Louis d'Orsy, qui lui donnait d'avance le nom de frère.

Mais l'heure d'attaquer l'ennemi était venue. Les Canadiens cernent la maison, et quinze Iroqaois qui dormaient à la porte se réveillent dans l'autre monde. Une lutte terrible s'engage avec les autres, et ^près de vains efforts pour se frayer un passage, les Iroquois se renferment dans la maison.

M. de Vaudreuil çpmniande l'assaut, et de Qiçnville s'élance le premier vers la porte. Uw P^^Atiîerloiip»

qui est caché ds^ns la cave, et que Bienville a'a pas aperçu, décharge sur lui son mousquet en poussant un ricanement féroce. De Bienvilie tombe dans les bras de son fidèle serviteur Bras-de-fer qui va le déposer au pied d'un gros arbre.

Le feu est mis à la maison, et tous les Iroquois y brûlent jusq'au [dernier en chantant leur chanson de

mort.

Pendant ce temps-là de Bienvilie agonise lentement, et après avoir recommandé son âme à Dieu, et prononcé le npm de Marie-Louise, il rend le dernier soupir. Second Bayard, sans peur et sans reproche, blessé mortellement comme lui au service de la patrie, appuyé comme lui sur un arbre, et donnant sa dernière pçnsée à sa dame et à son Dieu !

Ainsi finit ce roman que nous avons appelé honnête^ et nous croyons que le lecteur le trouvera comme nous digne d'éloge. 11 nous semble conforme aux principes que nous avons posés en commençant : il nç défigure pas l'histoire, et il en montre le côté providentiel,

Il y a un chapitre que nous avons cité en grande pi^rtie et qui est intitulé : " Boisdon s'agite et Dieu le mène, "

Ce titre est parfaitement trouvé et absolument vrai. 0» se rçippelle cette nuit terrible où Bienvilie est garrotté et hâillonné, Marie-Louise enlevée, et l'explosiofi d'un baril de poudre imminente. Qn sç souvient que c'e^ grâ<}e à Bjpisdon, si le baril de poudre ^ été ainsi placé. Or Dieu le mène si bien cç pauvre Boisdon, qu'il Iç force à sauver lui-même les victimes qu'il a voulu perdre. Un boulet va le déloger de sa cjiçfeettè,

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une balle va le faire tomber précisément près du baril de poudre dont il est bien heureux de pouvoir éteindre la mèche.

Bien des romanciers auraient appelé ce fait un beau coup du hasard ; M. Marmette y voit Dieu, et il le dit. Il croit qu'il y a dans les batailles des boulets et des balles que la Providence dirige, et il a raison. C'est cette action divine que le romancier historique ne doit pas oublier de montrer dans les événements qu'il raconte.

Un autre chapitre a pour titre : ** Ze Dieu du Mal" C'est celui où Dent-de-Loup fait ses sortilèges et fabrique des balles empoisonnées. Ce n'est plus le rôle divin, mais l'action diabolique que M. Marmette a voulu montrer ici, et c'est ce dont je le félicite encore. Mais je regrette qu'il n'ait pas suffisamment affirmé et démontré l'influence et la puissance de Satan sur les choses de la nature, puisqu'il en avait l'occasion. C'est une vérité qu'on oublie trop, que la puissance physique, matérielle de Satan. Il est tbéologiquement vrai qu'il peut faire tout ce que ce chapitre raconte : soulever une tempête et prendre la forme d'un hibou ou autre bête, pour répondre aux invocations qu'on lui fait, etc. En montrant les relations intimes de la magie et de la jonglerie avec le satanisme, M. Marmette eût ajouté à son livre une page très-poétique et très-catholique.

J'ai dit en commençant que si cette œuvre littéraire n'est pas sans tache, elle se distingue par de brillantes qualités. Je veux justifier cette appréciation en terminant.

M. Marmette est né romancier. 11 manie très-bien la narration et le dialogue. Le dialogue donne de la vie au roman, et ranime l'intérêt qui languit. Il réussit généralement bien dans la description, quoiqu'il charge un peu trop ses couleurs.

M. Marmette est encore jeune, et il faut admettre qu'il y a de ci et de là dans son livre quelques jeunesses de style (qu'on me pardonne l'expression) que l'âge corrigera facilement.

Mais l'observation principale qu'il me permettra de lui faire, c'est qu'il abuse quelquefois du langage figuré. Les figures sont des ornements qui donnent au style le mouvement et la beauté. Mais il faut les employer avec mesure et discrétion. Elles doivent être la forme naturelle de la pensée et ne. pas accuser un effort de l'écrivain. Un exemple fera mieux saisir mon idée.

Voici le portrait que M . Marmette fait de Jean Boisdon : ** Ce qui frappait quand on envisageait notre homme, c'était, d'abord, une grande tache de vin d'un violet enflammé qui s'étendait en zigzag, comme les ailes d'une chauve-souris, du bout de son nez crochu jusqu'à son oreille gauche ; ensuite, le combat dont son nez et son menton semblaient se menacer continuellement, tant ils avançaient l'un vers l'autre avec jactance ; tandis que sa bouche, paraissant craindre de les voir en venir aux prises, se retirait prudemment en arrière, dans l'enfoncement produit par la proéminence ambitieuse de ses deux voisins. Puis sur ses joues bouffies et enluminées, indice qu'il daignait souvent boire à la soif éternelle de ses clients — les

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malins disaient que c'était afin de donner à sa joue droite le coloris dont la nature avait orné la gauche — apparaissaient ça et là quelques poils rares et roussâtrès, qui semblaient regarder avec dédain le curieux terrain sur lequel ils ne pouvaient se décider à croître ; sous son front bas se cachaient de petits -jeux gris toujours en mouvement et à Tair maraudeur. "

Il y a là évidemment abus de la périphrase et de l'hyperbole, pour un sujet qui ne mérite pas qu'on se donne tant de mal à le peindre. Gela ne convient pas plus que beaucoup de rubans et de fanfreluches sur une tête de femme vulgaire et sans beauté.

Ces légers défauts, que M. Marmette saura éviter à l'avenir, n'empêchent pas que son œuvre soit louable. Les caractères de ses personnages sont en général bien dessinés et se soutiennent. Boisdon et Bras-de-fer sont des types populaires que tout le monde connaît; et Dent-de-Loup est une ombre qui embellit beaucoup le tableau de la civilisation.

L'exemple de M. Marmette ne manquera pas d'être suivi, et j'engage les jeunes écrivains qu'une aptitude particulière pousse au roman, à choisir le genre historique. Notre histoire est un champ immense ouvert à leur imagination, et en tenant compte des préceptes que j'ai posés, ils pourront faire des œuvres utiles et agréables.

FIN DE LA seconde PARTIE.

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