IV
50 GAUSIRIES DVl LUNDI.
oQOQtrftr ees qualités et aes (iéftuts est ôcM^ qui a pour tUre : t/n ^uart d*heur€ de dévotion. Is poêle , fui alesi vanté d'être un païen de VAttique avec André Chéaier 0t ayec Vergniaux, qui a été trop souvent impi«^ irrévérent jusqu'à Finaulte, à un bon retour pourtant. Un joui* de tristesse %. un soir» il est entré (^ans réglise de Saint-Ëtienne-du-Mont. li n'y entrait que par désœuvrement d^abord» pour regarder et admirer comme d'au* très curieux les merveilles d'architecture élégante et fine qu'of* fre celte jolie église :
Et la N>Ugettr Au h'oflt Je FaTënerai mdï-nieme..., Dani le temple ah hasard j'Atentùratft met ii«g , Et j'efneuraiB Tautel «t je ne priaispos.
Maia insensiblement il se rappelle te tempd où , drins da pre^ miève enfance I il priait , et où i) s^^^ait même le prêtre à l'autel:
AatrefoiB p(^ur prier , iiieà lèvres enfahtiiiéà D'eUes-mêmM s'otivrsiiént atlt sylkibeB latines , Et j'allais aux grands Joara, blanc létita du obaur, Jtépaiidre devant Dieu ii|a eorbeUle et (pon eam* Mais depuis. ...>«••••>'•
fit il énumère toutes les immi^t^ed divers^d d'ëgafeitienls et de chutes , parmi ledquëllQS ii a eu la sîentie:
Gbtnbieîi de JeùntoS' cœurs çtnér le dbute rdngeà! Combien de Jeunes frenûr qU^l iitmnne dISDà \ Le doute aussi m'accable , béiaa! et j'y sncooiBbfi.: Mon âme Catiguée est. comme la colombe Sur le âqt du désert égarant son essor ; Et Tolivler sauveur ne fleurit pas encor...
Gfes mille souvenirs couraient dana ma mémoire, Bt je balbutiai : «-* « Seigneur, ftiites^moi oroirt ! » Quand soudain sur mon front passa ce teiit glacé Qui sur le front de Job autrefois a passé.
i.e vent d'hiver pleura sous le parvis sonore , Et soudain je sentis que je gardais encore Sans le fond de mon coeur, de moi-môme ignoré, Un peu de vieille fbi , parfum évaporé.
Sous cette impression intérieure, sous le rayon de cette fervçiir retrouvée , le poëte , agenouillé devant le tombeau de Racine (qui se trouve dans cette église) , i^it un vœu. Ce vœu, ce n^eat pas d'aller à Jérusalem en pèlerin , mais c'est d'y aller en idée et en poésie , c'est de retracer à sa manière , en une siiitip de
HÉ6ÉSIPPK HOABAU.-- PlfifttlB DUPONT. 51
ehaots , quelques-ans des sujets saints , à peu près , jMmagîne, eomme M. Victor de Laprade Fa pn fairp depuis dans ses Poëmes évangélicpies; fit réfléchissant aTee hamiiitié à i*étincelle qui peut jaillir sur les âmes de cette œuvre modestement accomplie, le poëte se rappelle et s'applique un ftibtiau charmant qne son ai¥eule inr^onne, dit-ii, lui a souvent raconté. ()r, ce febHatt, le voici : Un jour, Dieu permit, dans ses desseins, que rélément de vie, le fmi, se retirât tout à coup de Tair, et vint à manquer à la nature. Grand effroi soudain parmi les oiseaux. Tous s'effraient, se consternent ou s'effarent. Les vautours en deviennent plus méchants de terreur, et s'entre-battent de plus belle. Le rossignol se décourage, et, ayant chanté sa dernière chanson, il cache sa tête dans son nid. L'aigle lui-même, habitué à porter la foudre, ia laisse s'éteindre cette fois et fi*éobapper. Dans cette agonie universelle, il n'y eut qu'un seul oiseau, le plus petit, le plus humble de tous , le roitelet, qui ne se découragea poiflt, et qui voUigee tant et si bien, qu'il alla jusqu'au haut des cieux ressaisir l'étincelle pour la rap* porter au monde. Mais il fut consumé en la lui rehjdant.
On sent tout ce qu'une telle pièce a d'élevé, de poétique et de touchant; que lui nranque-t-il donc pour être un chef-d'œuvre ? Il lui manqué la pureté et le goât dans le style. Dès l'abord le poëte nous lâontre le curieux , l'amateur artiste, qui entre
Saint-Élienne regardant et admirant les sculptures et les* tableaux : '
Êpousseiâni de YdsM chaque peinture usée.
Ailleurs il parlera du livre des Évangiles :
Page d« yérité qp'à sa )igi|e ^fvniitrf
Le GolggU^a travblaot n^tt^q ^ b^ ppuMièra.
C'est ainsi que, daiis une autre pièce, représentant l'entrée du Tasse à Rome au milieu d'une pluie de couronnes et de fleurs, il dira :
Le pauvre fou sentit , dans la ville papale , fJaA ^ouokif de fipwrs ineiider aon front pâl».
Épousêeter^ sahher^ douche de fleurs , voilà le détestable style moderne, le style matériel , prétentietR et grossier, que certes on ne s'aviserait jamais d'aller ohercher si près du tombeau de Radne, ©t qui , fose le dire, n'aurait jamais dû enta-
cher non plus et charger le berceau de notre École romantique , telle du moins que je Tai toujours conçue. Oui , Ton pouvait se montrer plus voisin de la nature encore ,'de la réalité simple, modeste et sensible, que ne l'avaient été nos illustres poëtes classiques , sans tomber pour cela dans ce style lourde plaqué et technique , qui prévaut presque partout aujourd'hui. Hégésippe Moreau a eu le tort d'y trop sacrifier en commençant , et il n'a pas vécu assez pour s'en débarrasser et s'en affranchir.
On nous assure pourtant qu'il était tout à fait revenu, vers la fin, de l'illusion que lui avaient faite certains poëtes ou ri* meurs matériels et mécaniques, et plutôt robustes que réellement puissants.
Une de ses pièces irréprochables , et qu'on aime toujours à citer, est son Élégie à la Voulzie , jolie rivière ou ruisseau da pays où il était venu passer son enfance ,
Bluet 6c1o8 parmi les roses de Provins.
On n'aurait point parlé convenablement de Moreau, si Ton ne rappelait chaque fois à son sujet ces vers délicieux , où il a comme rafraîchi son talent et son âme :
S'il est un nom bien doux-, fait pour la poésie. Oh ! dites , n'est-ce pas le nom de la Youliie? La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles? Non ; Mais, avec un murmure aussi doux que son nom , Un tout petit ruisseau coulant visible à peine; Un géant altéré le boirait d'une haleine; »
Le nain verl Obéron , jouant au bord des flots , Sauterait par -dessus sans mouiller ses grelots. Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs do mûres , Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures. Enfant , j'ai bien souvent , à l'ombre des buissons, ^DaVis le langage humain traduit ces vagues sons; Pauvre écolier rêveur et qu'on disait sauvage, Quand j'émicltais mon pain à l'oiseau du rivage. L'onde semblait me dire : « Espère! aux mauvais joars. Dieu te rendra ton pain. » — Dieu me le doit toi^ours!
Et rappelant tous ses malheurs, ses pertes douloureuses , tous ses mécomptes et même ses colères , il ajoute dans un sentiment attendri et qu'on lui voudrait plus habituel :
Pourtant je te pardonne , ô ma Voulzie ! et même , Triste , j'ai tant besoin d'un confident qui m'aime,
HÉGÉSIPPB MORBAU. — PIERRE DUPONT. 53
Me parle avec douceur et me Irompe, qu'avant • De clore au jour mes yeux battus d'un si long vent, Je veux faire à tes bords un saint pèlerinage. Revoir tous les buissons si ehers à mon jeune âge , Dormir encore an bruit de tes roseaux chanteurs, Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.
Si Moreau a pardonné à la Voulzie, ces charmants vers font aussi qu'on pardonne beaucoup à Moreau. On jette un voile sur ses faiblesses et sur ses erreurs ; on voudrait abolir toute trace des quelques taches affligeantes de sa muse. Lui-même, dans une pièce ^ mon Ame , l'exhortant à s^envoler vers les cieuXf et à laisser ce corps qu'il a trop souillé, il lui dit :
Fui« , Ame blanche , un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !
Fuis sans treiTibler : veur d'une sainte amie ,
Quand du plaisir j'ai senti le besoin ,
De mes erreurs , toi , Colombe endormie , ^
Tu n*as été complice ni témoin. '
Me trouvant pas la manne qu'elle implore,
Ma faim mordit la poussière ( insensé ! ) ;
Mais toi, mon Ame, à Dieu, ton fiancé,
Tu peux demain te dire vierge encore!
On voit que Moreau renouvelle en un point la doctrine indulgente de certains mystiques, qui ne font point Fâme responsable et complice des absences et des distractions du corps. Je ne prétends pas donner cela pour de la théologie exacte, mais pour de la poésie charmante.
Les Contes en prose d*Hégésippe Moreau sont tout à fait purs et irréprochables; ils pourraient même se détacher du reste des Œuvres et se vendre en un fascicule à part pour se donner à lire aux jeunes personnes et aux enfants^ On y voit à nu le fond de son âme et de son imagination aux heures riantes et aux saisons heureuses. Tel il était auprès de sa sœur^ à seize ans, fivant d'avoir laissé introduire dans son âme rien d'amer ni d'insultant. Conter chez lut n'était pas une moindre vocation que de chanter :
Je préfère un conte en novembre Au doux murmure du printemps.
La pitié, le sentiment fraternel porté jusqu'au culte, la compassion féminine la plus exquise , respirent dans le Gui de
èi
GAtTSERlES DU LUNDI.
chêne. La faiblesse tendre qui a besoin d'appui, la souffrance et le martyre d'iin é^e délicat, 9e retrouvent mêl^ à de l'espièglerie et à de U luiinerie gracieuse dans la Souris èiariche ; c'est le plus joli conto de fées et le plus attendrissant ; c'est moins-naïf que Perrault, mais aussi aimable, aussi léger, et oela ne s^ peut lire ju9qti'è la 80 saos m)e li»rm« ùsm un sourire. Que dites-vous dp pett^ Fé^ de$ Pleura, la oonwlalric* 4^ affligé», qui VQlUga plutôt qu'elle» ae marciie sur la point» de» gazofis et deç fleurs ? « Elle avait adopté cette allure, de peur, disait^k à ceux qui $'en étonaai^nt^ de mouHier aeft brodequiqs dans la rp^, majs, en effet, parc0 qu'elle c^air gnait d'écraser ou de blesser par mégarde la cigale qui chante dans le sillon, et le lézard qui frétilla au soleil; car elle était si prodigue de soins et d'amour, la bonne fée I qu'elle en ré <• pandait sur les plus humbles créatures de Dieu. » Tel nous apparaît Moreau ayant la politique, avant la misère extrême, avant l'aigreur ; tel il se retrouva ^p^ doute 4 l'beure expirante et aux approches du grand moment qui élève les belles âmes et les paciOe. Oft devine, en lisant C/OS jolis récits et celui des Petits Souliers, et celui ïhême de Thérèse Sureau, à voir cette imagination, cette gaieté, cette invention de détail, comliieii il devait être charmant quand il osait être femilier, et qu'ii coB9efitait à être heureux.
J'ai tâché, eu le peignant, de dégager aa figure poétiqua et nattireUe des queatiotiB brûlantes et des déclamations de parti auxquelles on a tout fait pour le mêler. Je voudrajs faire aiom en disant quelques mots rapides sur M. Pierre Dupont, qui est un chantre à la fois poi^ulaire et de salons , socialiste pur se l'on eu croit quelques-uns d« ses vers, belliqueux même et violent â de certains jours, rural, agreste et pacifique, je le crois, quand il est dans sa meilleure et sa preraièrB nature. M. Pierre Dupont est né à Lyon If) 33 avril 1824, d'un père provinoii, d'une mère lyonnaise. Ses premiers vers furent consacrés î célébrer Provins, la Voulzie, les traces d'Hégésippe Moreau ; il y mêlait volontiers les souvenirs du Rhâne et de la Çaône, des vertes sautées où avait joué son enfance. Le sentiment de la famill ". et celui de la campagne furent de bonne heure développés en lui. 11 a une sœur et un frère que ses Poésies nous l^nt connaître ; une de ses phis joHes pièces est intitulée Ma ScRur, Par son' père et par éoîi gt^nd-^e, il tîeirt ï la dâssê
HÉGESIPPV «ORBAU. — PUSftRB DUPONT. 85
dâs attteatis, et il put en étudier les mœurs dans oe qu^elles OBt de ptQS honorable et de plus leborieux. Ayant perdu sa mère à I*àgè de quatre «fis, le jeune Pierre Dupont fin recueilli par son parrain et cousin , un vieux prêtre qol avait son près* bytère à La Roche-Taillée-sur-Saône. Il y ébaucha librement ses études, qu'il alla suivre et terminer au petit séminaire de Largentièrè. Mais ne remarquez-vous pas comme tous ces poètes plébéiens et populaires sont sortis d'une première éducation ecclésiastique? De retour à Lyon après ses études, il y fut placé dans une maison de banque ; les promenades rêveuses du soir, au bord du Rbône, ne le consolaient qu'à demi des dégoûts du jour et des ennuis du comptoir. Son grand-père, qui vivait à Saint-Brice,\)rès Provins, l'y attirait quelquefois. C'est là, c'est à Provins que, lors de sa conscription, il vit M. Lebnm, qui le reconnut poète, s'intéressa à lui, fit souscrire à ses vters par des personnes de la ville , et le dégagea par ce moyen du service militaire auquel il allait être assujetti. M. Lebrun, toujours à l'occasion du même volume de vers {les Deux Ânges^ 4844), le proposa et le fit agréer à l'Académie française pour le prix fondé par M, de Maillé-La-Tour-Landry. M. Dupont eut même alors dans les bureaux de l'Institut une petite place qui l'attacha quelque temps en qualité d'aide aux travaux du Dictionnaire. Les premiers vers de M. Dupont respirent à chaque page la reconnaissance que lui inspira un procédé si généreux et si soutenu de la part de son premier patron. Je me plais à remarquer et le bienfait et la reconnais» sance, pour faire sentir qu'ici encore, moins que jamais, il ne saurait y avoir lieu à toutes les déclamations par lesquelles on se plaît à accuser la société en masse au nom du talent méconnu. A un cerXain jour pourtant , M. Pierre Dupont sentit en lui le démon plus fort que la règle ; il brisa ou délia sa chaîne légère, je ne l'en blâme pas ; il voulut être tout à fait libre et indépendant, sans rester moins reconnaissant du passé. Ce^ pendant, avec une faculté d'expression vive, expansive et affectueuse, il tâtonnait, il se disposait à tenter le théâtre; il cherchait encore sa veine , lorsque li^ succès inespéré de la chanson des Bœufs ^ faite un jour au hasard, lui ouvrit toute ufle perspective.
J'»i deux grands bœuf^ dans mon étahie i iJéûx'gtoâs bœUfs blancs marqués de foux , etc.
Bien des jolies bouches se mirent à l'instant à répéter à pleine voix cette cantilène piquante et naïve (naïve à demi] du laboureur, et lui poète, il sentit qu'il n'avait plus qu'à continuer de chanter dans ce ton les choses de la campagne, un peu à l'usage des villes et des salons , et en se souvenant toutefois de ses origines. Il fît quelques autres de ses jolies mélodies rurales : la Mère Jeanne , ma Vigne, le Cochon, la yache blanche, que bientôt tout le monde répéta.
Ces sortes de chants sont, à proprement parler, le pendant et l'accompagnement du genre d'épopée rustique et d'idylle que M"^ Sand, au même moment, mettait à la mode par le Champiy la Ma re-au- Diable et la Petite Fadette, M"»« Sand raconte, décrit et peint; elle fait le drame. Pierre Dupont mène le chœur et remplit les intermèdes par ses chansons.
En môme temps (et notez-le bien), avant Février 4848, M. Pierre Dupont faisait aussi la Chanson du Pain, un jour que le pain était cher, et le Chant des Ouvriers, En ne voulant que les réjouir et les réconforter, il les exaltait en des refrains un peu vagues. Ce qu'on peut dire , c'est qu'il faisait cela spontanément alors, par un sentiment de sympathie pour ceux dont il avait observé de près les mœurs. On n'y entendait point trop malice encore.
Cependant la Révolution de F*évrier éclata et vint jeter quelque perturbation dans ces Chants, dont quelques-uns avaient ,très-peu à faire pour devenir brûlants et tout à fait excitants. Ici, nous le dirons avec franchise et avec l'estime que nous inspire sa nature foncièrement aimable et bienveillante, M. Pierre Dupont s'est laissé plus d'une fois entraîner. Organisation ouverte et mobile, il a réûéchi les échos d'alentour, et y a prêté sa voix. 11 a ouvert toutes ses voiles au vent populaire qui le prenait en poupe : il a suivi son succès et rie l'a pas dirigé. Dans son Recueil d'aujourd'hui , il y a une espèce de Cbant prophétique, intitulé : 4852, où résonnent bien des promesses magnitiques et creuses :
Voici la fin de la misère ,
Mangeurs de pain noir, buveurs d'eau!
Dire cela au peuple est mal, Taider à le chanter est pis encore. Ce n'est point ici une question de républicanisme, mais de bonne foi et de bon sens. Quoi \ pouvez-vous soutenir sérieu-
UBGESIPPE H0RBAU."P1ERRE DUPONT. 57
sèment que 4853, par cela seul qu'il remet tout en question, sera la fin de toutes les misères? Eh bien ! ce qu'on n'oserait pas dire et articuler en prose, il ne faut pas qu'on le chante.
Mais, en général, le caractère des Chants de M. Pierre Dupont est d'une meilleure nature , d'une nature plus conforme à celle même du poète et de l'homme , tel qu'il s'est peint à nous dans ses premiers vers. Le caractère propre de la Muse populaire, c'est qu'elle soit avant tout pacifique, consolante, aimante; que la Chanson de chaque métier, par exemple, en exprime la joie, l'orgueil même et la douce satisfaction ; qu'elle en accompagne et en soulage le labeur ; qu'elle -en marque les moments et les rende plus égayés et plus légers. Comment se fait-il , dit Horace dans sa première Satire , que personne ne soit content de son sort ni de son état, et qu'on porte toujours envie à celui du voisin ? L'effet de la Chanson de chaque métier doit être , au contraire , de faire que chacun , tandis qu'il la chante , se sente intérieurement fier, orgueilleux' même de son état, et le préfère décidément aux autres professions, sans mépris toutefois , sans insulte et sans amertume. C'est justice de rappeler qu'on trouve quelques-unes de ces intentions cordiales réalisées dans le Recueil d'un poète artisan , dans les Chansons de chaque métier^ par Charles Poney, de Toulon (1). M. Pierre Dupont aussi a bien coïnpris et vivement rendu cet esprit de joie, d'émulation et de sympathie, dans sa Chanson de la Soie^ dans celle du Tisserand et dans d'autres.
Au point de vue. littéraire, les chants de M. Pierre Dupont perdraient à se séparer de l'air, qui, d'ordinaire, est de son invention ou de son arrangement, et que, sans savoir beaucoup de musique, il trouve et il combine avec une facilité naturelle et un goût qui est un signe évident de vocation. Il faut l'entendre lui-même cjuand il chante : il commence avec une sorte de peine , avec une voix enrouée , un peu cassée , bientôt entraînante pourtant. Après la première demi-heure, il s'anime, il se déploie, il est dans la plénitude de ses moyens ; il jouit de son impression et en fait jouir les autres. Un sentiment sincère et^ fondamental respire à travers les combinai-
(1) J'indiquerai, entre autres, le chaut du Forgeron, dont M. Eugène Ortolan a fait la musique.
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90D8 méfnes et le petit jea de seène qui sont te fait de chaque artiste. La mélancolie rustique, Tin^uciance et la bonhomie pas trop accusées, cette façon de chanter comme siJ*on s'en revenait au milieu des champs, il sait tout <;ela sans feitite, et mieux qu'un chanteur de profession. Une fois qu'il tient son auditoire, il le prend, le fait à lui et s'y adapte. Il produit dans un moment donné tout son effet. Je voudrais que , sans nuire aux autres d^nditions du genre qu'il s'est créé, il s'acccmtumât è toujours soigner rigoureusement le siyicy seule qualité qui fasse vivre la poésie écrite et lui assure un lende» Euiin quand le son fugitif est envolé.
Pour donner une idée du tour aisé et gracieux qui est familier À M. Dupont, je ne -citerai que quelques vers de lui déjà anciens. Un jour, il était allé à la Place-Royale faire visite â M. flugp qu'il ne connaissait pas encore. Ne l'ayant pas renôon^, ii fit un tout de promenade dans la Place et écrivit au crayon tes v^rs suivant sul* sa carte, qu'il vint ireraettre Tinstant d'après :
Si lu voyais une anémone, Languistonté et prés de périr , 9*6 demander, eomme une aumône, Une gouUe d'eau pour fleurir i
Si tu voyais une hirondrïltt , Un jour d'^ver» tP ftupplier ^ À ta vHce l^attre de raije, demander place à ton foyer ;
L.'liironde1 le aurait sa retraite, L'anémone , ka goutté d^£au :
Four toi que ne suis-je , 6 Poète , Ou lliumble fleur ou lliumble oiseau!
Tou$ peux qui poi^oaiss^nt ^^ Pierre Qùpp^t me t^ futigoimt pomme i^n espri^ dpux, pô^tjqu^, «Mfpaç^t liaturpllement to bien, aimant aincèrpraent la natur^, )e$ chi^ffîpQ. « y eiiez-viEHi» voir les blé$ à Vaugjrard? 9 dj^iti-j| u^ j^uf ^ Ma d^ $09 m^H de Pari$. — Voir le$ bié$ yert^ ou purs 4tatt pouf lui vm ^t. et un plaisir. JU ^ 4it, dan^ ^ Çhçm4m 4^ f^fé^y ^Q Y (NN^i- \^dtXi\ tpule ]a^ doi^pefir dp sqp ^uj^ :
Bêlemenls et mugissements.
Là vous me (plaisez davantage »
lèà Âîrs dès pâtres^ sont cnarmàhts Dans la senteur du pâturage.