‹ Causeries du lundiChapitre 9 sur 49 · HÉCTÉSIPPE MOREAU. — PIERRE DUPONT · texte numérisé non relu

HÉCTÉSIPPE MOREAU. — PIERRE DUPONT

suffise de rappeler qu'Hégésippe Moreau , au moment même où il venait de trouver un éditeur pour ses vers , et où le Myosotis publié avec luxe (4838) et déjà loué dans les journaux allait lui faire une réputation , entrait sans ressource à Thospice de la Charité et y mourait le 20 décembre 4838, renouvelant l'exemple lamentable de Gilbert et faisant un pendant trop fidèle au drame émouvant de Chatterton , dont Timpression était encore toute vive sur la jeunesse. Il n'avait pas vingtneuf ans.

Si Ton considère aujourd'hui le talent et les poésies d'Hégésippe Moreau de sang-froid et sans autre préoccupation que celle de Tàrt et de la vérité , voici ce qu'on trouvera , ce me semble. Moreau est un poète ; il l'e^t par le cœur, par l'imagination , par le style : mais chez lui rien de tout cela , lorsqu'il mourut, n'était tout à fait achevé et accompli. Ces trois parties essentielles du poète n'étaient pas arrivées à une pleine et entière fusion. Il allait selon toute probabilité, s'il avait vécu, devenir un maître, mais il ne Tétait pas encore. Trois imitations chez lui sont fusibles et se fout sentir tour à tour : celle d'André Chénier dans les ïambes^ celle surtout de Barthélémy dans la satire, et celle de Béranger dans la chanson. Dans ce dernier genre pourtant , quoiqu'il rappelle Béranger, Moreau a un caractère à lui , bien naturel , bien franc et bien poétique ; il a du drame , de la gaieté, de l'espièglerie, un peu libertine parfois, mais si vive et si légère qu'on la lui passe. Qu'on relise le Joli Costume^ les Modistes hospitalières» Une des pièces sérieuses qui me semblent le plus propres à dé-

Bonnes de Provins qui ont le plus connu et le mieux aimé Moreau de son vivant, ont paru me savoir gré de ce sentiment à la lois de réserve et de sympathie. J'ai donc été un peu surpris ( si jamais ce qui est peu raisonnable pouvait surprendre) de lire dans la Feuille de Provins du 7 juin 1854 un article de M^«C. Angeberl dans iequel cette personne à principes et à sentiments nie reproche d'avoir fait tort à Moreau dans mon appréciation morale tout indulgente. Elle continue de vouloir Jlatre de Moreau Thomme d'une cause politique. Si M»* Angeberl tient plus à la vérité qu'à la fausse exaltation , elle peut aisément s'informer à son tour auprès des personnes de Provins qui nous ont le mieux initié à la connaissance de ce touchant mais trop faible caractère ; elle peut, par. exemple, demander à Mme Guérard communication des lettres de Moreau écrites en janvier 4834, et elle verra qu'il faut se résoudre, quand on a le sens juste et bienveillant, à ne voir dans le chantre de la Youlzie qu'un poète.

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