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MIRABEAU ET LE COMTE OE LA MARCK

Je veux une constilution libre, mais monarchique. Je ne veux point ébranler la monarchie... Vous éles lié avec MM. Necker et de Montmorin , vous devez savoir ce qu'ils veulent et s'ils ont un plan; si ce plan est raisonnsible, je le défendrai. » M. Malouet avait fait part de cette conversation à MM. Necker et de Montmorin ; mais il les avait trouvés tellement resserrés et timides, tellement en méfiance et en répugnance de traiter avec Mirabeau , qu'il avait dû renoncer à toute insistance , et l'ouverture en était restée là de ce côlé. Mirabeau , après ses premiers éclats de tribune, revenait à la. charge du côté de M. de La Marck. En agissant ainsi , il était sincère et tout à fait d'accord avec le fond de sa pensée politique. Six mois auparavant et lorsqu'il partait pour se faire élire en Provence, son père, le marquis, écrivait de lui au bailli (22 janvier 1789) : « Il dit hautement qu'il ne souffrira pas qu'on démonarchise la France, et en même temps il est l'ami des coryphées du Tiers. » La double pensée politique de Mirabeau, dès avant l'ouverture des États-Généraux, était tout entière dans ces deux mots, et l'on peut dire qu'il ne cessa d'en poursuivre l'accord et la mise en action depuis le premier jour de sa vie législative jusqu'à sa mort, avec toutes les secousses pourtant, les intermittences et les fréquents écarts qu'apportaient dans sa marche et dans sa conduite ses impétuosités d'humeur et de caractère , ses instincts d'orateur et de tribun , ses nécessités de tactique, et ses irritations personnelles. Mais ces écarts et, pour tout dire, ces échappées, par où il déjoue et rompt parfois sa ligne générale, se réduisent de beaucoup, aujourd'hui qu'on a la clef de tout, et qu'on peut, durant cette période dernière, le suivre presque jour par jour, et sur le théâtre, et derrière la scène.

Sur quelques mots plus positifs que Mirabeau dit à M. de La Marck , au sortir d'un dîner où il s'était exprimé avec modération : a Faites donc qu'au Château on me sache plus disposé pour eux que contre eux, » M. de La Marck se décida à quelques ouvertures précises. Mais il ne le fit point sans s'être auparavant convaincu que le soupçon de vénalité^ assez généralement répandu sur Mirabeau , était sans fondement. Non pas que, dans sa vie besoigneuse depuis sa sortie de Vincennes jusqu'à son entrée aux États-Généraux , Mirabeau , pour subvenir à ses besoins de tout genre, intellectuels et autres, n'ait

eu souvent recours à des expédients dont on aimerait mieux que la fortune Teût affranchi ; mais , en mainte circonstance notable, manquant de tout, lui homme de puissance et de travail, qui ne pouvait se passer à chaque instant de bien des instruments à son usage, lui qui était naturellement de grande et forte vie (comme disait son père], manquant même d'un écu , réduit à mettre jusqu'à ses habits habillés et ses dentelles en gage, il avait résisté à rien écrire qui ne fût dans sa ligne et dans sa visée politique, à prendre du moins les choses dans leur ensemble. M. de La Marck, après s'être bien assuré du fond de la situaCiou, et particulièrement que Mirabeau ne trempait en rien, comme ses ennemis l'en accusaient, dans le parti d'Orléans, ne trouvant en lui qu'un homme du plus haut talent et de la première capacité entravé par des embarras subalternes^ résolut de l'aider à en sortir et à reconquérir dignité , liberté d'action , indépendance : ce point gagné , le reste devait suivre immanquablement. Il commença par l'aider directement lui-même et en ami délicat. Puis il fit quelques tentatives auprès d'un des membres du ministère, M. de Cicé, archevêque de Bordeaux, alors garde des sceaux, pour voir si la bonne volonté de Mirabeau ne pourrait pas être mise à profit pour le bien de tous. Mais rien n'était à espérer de ce côté tant que M. Necker serait le maître. « Cependant, disait Mirabeau à M. de La Marck, quelle position m'est-il donc possible de prendre? Le Gouvernement me repousse, et je ne puis que me placer dans le parti de l'opposition, qui est révolutionnaire, ou risquer de perdre ma popularité, qui est ma force. Les armées sont en présence ; il faut négocier ou se battre ; le Gouvernement , qui ne fait ni l'un ni l'autre, joue un jeu très-dangereux. »

A quelque temps de là, M. de La.Marck fît dire un mot à la reine au sujet de ses liaisons déjà intimes et remarquées avec Mirabeau; il faisait pressentir discrètement quel était son espoir en les entretenant, et qu'il y avait peut-être à tirer parti d'un tel homme, dans l'intérêt même de la nionarchie. Peu de jours après, la reine répondit elle-même à M. de La Marck : « Je n'ai jamais douté de vos sentiments, et, quand j'ai su que vous étiez lié avec Mirabeau , j*ai bien pensé que c'était dans de bonnes intentions ; mais vous ne pourrez jamais rien sur lui ; et quant à ce que vous jugez nécessaire de la part des minis-

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