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HISTOIRE DES TRAVAUX ET DES IDÉES

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PAR M. FL0URBN8.

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Ceux qui , sans être des savants , veulent se lancer et s'orienter dans celte vaste lecture des OEuvres de Buffon , ne sauraient prendre un guide plus sûr, un indicateur plus précis et plus net que M. Flourens, qui a rendu un nouveau service à toutes les classes^de lecteurs par cet excellent écrit. L'article Buffon par Cuvier, qui se lit dans la Biographie universelle , ne saurait non plus s'omettre ; chaque mot y a sa mesure et son poids. A un point de vue diflTérent , et pour peu qu'on veuille apprécier l'importance des questions soulevées et encore agitées autour du grand nom de Buffon , il convient de mettre dans la balance l'Étude essentielle que lui a consacrée Geoffroy-Saint- Hilaire (Fragments biographiques) et ce qu'a dit aussi son fils et digne héritier , M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire , dans ses Considérations historiques sur la Zoologie, Quant au style, quant à l'écrivain et à l'homme, M. Villemain semble avoir épuisé le sujet dans une de ses plus belles leçons sur la

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Littérature du dix-huitième Siècle, Je proOterai rapidement et abondamment de tous ces secours dans le peu que je pourrai dire ici sur Buffon.

Buffon , le dernier disparu des quatre grands hommes du xviii" siècle, ferma pour ainsi dire ce siècle le jour de sa mort, \ 6 avril ] 788 . Né à Montbar, en Bourgogne, en septembre 4 707, il était de cinq ans plus âgé que Jean-Jacques Rousseau ; il avait treize ans de moins que Voltaire et dix-huit de moins que Montesquieu. Son père, M. Le Clerc, était conseiller au Parlement de Dijon , qui renfermait alors bien des hommes d^étude et d'érudition , maint personnage de bonne race et en qui la vieille sève n'avait pas tari. Buffon, d'ailleurs, disait tenir surtout de sa mère, dont il parlait avec tendresse et complaisance. 11 fit ses études au collège de Dijon , et marqua dès Fabord de grandes dispositions au travail et au plaisir. La nature lui avait donné tous les avantages , la taille , le port , la figure , la force, et une ardeur en tous sens que dominaient finalement la raison et la volonté. « Le corps d'un athlète et l'âme d'un sage; » c'est ainsi que le définissait plus tard Voltaire aux heures de justice et d'équité. Buffon pourtant ne devint ce philosophe et ce sage que par degrés. Sa jeunesse paraît avoir été assez violente et fougueuse : mais , quel qu'eût été l'emploi de sa soirée, il se faisait réveiller le matin à une heure dite pour se remettre à l'étude. La géométrie l'avait fort occupé dès le collège , et , au zèle dont il s'y appliquait , elle semblait presque sa vocation ; ou plutôt, dans sa curiosité élevée et étendue , il menait, dès sa jeunesse , toutes les connaissances de front : Il ne voulait pas qu'un autre pût entendre ce qu*il n'aurait pas entendu lui-même; il s'en serait senti humilié comme homme, et ce noble sentiment d'orgueil , soutenu d'une opiniâtre volonté et servi d'une admirable intelligence , le porta au sommet des sciences sublimes. La nature mit le comble à tous ces dons en lui , en les revêtant d'éloquence.

Jeune , il se lia avec le gouverneur d'un jeune seigneur anglais qui séjournait à Dijon, et cette liaison lui fit faire un voyage d'Italie , puis un autre voyage en Angleterre ; ce sont les seuls qu'il ait jamais faits. Cet homme, qui avait tant embrassé d'espaces et d'époques , et tant décrit de formes vivantes , pouvait dire : « f ai passé cinquante ans à mon bureau. » Buffon avait la vue basse : c'était sa seule infirmité. Il en développa

d'autant plus sa faculté de tout voir par les yeux de l'esprit , de tout se figurer par une contemplation attentive.

Cette première liaison du côté de l'Angleterre fut d'ailleurs très-utile à Buffon : elle le mit à même d'être informé de bonne heure de ce qui s'y était accompli de grand dans l'ordre des sciences. Il.entra sans hésiter dans la voie de Newton et dans celle des grands physiciens de .cette école. Les premiers écrits publiés de Buffon sont deux traductions de l'anglais. Il traduisit la Statique des Végétaux de Haies {\ 735), et la Méthode des Fluxions et des Suites infinies de Newton (4740). Dans la préface qu'il mit à cette dernière traduction , il s'exprime en homme tout à fait maître du sujet, et il expose d'une manière claire, supérieure et presque piquante, les querelles qui s'étaient élevées à propos de l'invention de ce calcul de rinfmi. Dans la préface qu'il mit en tête de sa traduction de Haies , il célèbre la méthode de l'expérience en physique et s'élève contre les systèmes , de manière à faire qu'on se demande si c'est bien lui qui va en construire- de si beaux :

« Le système de la nature dépend peut-être, dil-il, de plusieurs principes : ces principes nous sont inconnus, leur combinaison ne l'est pas moins. Comment ose-t-on se flatter de dévoiler ces mysières sans autre guide que son imag^i nation, et comment fait-on pour oublier que Teffet est le seul moyen de connaître la cause? C'est par des expériences fines, raisonnées et suivies, que Ton force la nature à découvrir son secret ; toutes les autres méthodes n'ont jamais réussi, et les vrais physiciens ne peuvent s'empêcher de regarder les anciens systèmes comme d'anciennes rêveries, et sont réduits à lire la plupart des nouveaux comme on lit les romans. Les recueils d'expériences et d'observations sont donc les seuls livres qui puissent augmenter nos connaissances. »

Ce premier Buffon , à la fois géomètre et homme d'expérience, ne promettait point encore ce que sera le second, généralisateur hardi et un peu prompt à subordonner le fait à l'idée. On sait la réponse qu'il fit un jour au chimiste Guyton de Morveau, qui voulait passer au creuset un corps, pour s'assurer d'un fait que Buffon déduisait de la théorie : « Le meilleur creuset, c'est l'esprit, » lui répondit Buffon. Parole bien hasardeuse quand il s'agit en effet de prononcer sur les œuvres de la nature ! •

Mais c'est qu'il y avait en Buffon un génie qui allait se dégager et qui allait demander satisfaction à son tour : le génie

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