PREMIÈRE PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE
Le premier devoir de l'homme envers son Créateur est donc la foi, c'est-à-dire Ja croyance en Dieu. Mais que de devoirs ressortent de cette croyance. N'est-il pas juste avant tout de Fadorer, car il est le Seigneur; de lui obéir, car il est le Dieu fort; de le craindre, car il est le Dieu jaloux; deFaimer, car il est le Dieu miséricordieux.
Au fond de tout est donc Dieu, et cela est bien simple, car s'il n'y avait pas de Dieu, où serait, je vous en prie, le fondement de la législation? en vertu de quel pouvoir Fbomme imposerait-il des lois primordiales à l'homme? Je Fignore, en vérité, car que tirerait-il de lui-même de souverainement vérilable? quel pouvoir invoquerait-il? Dieu seul parle en maître et trace des lois, car lui seul est toute vérité d'une part et toute puissance de l'autre. Jamais, non jamais code quelconque n'a eu celte dignité, celte logique : «Je suis le Seigneur ton Dieu. » Quel début, quel législateur que celui-là; quels droits il invoque.
Quelques hommes, vous le savez, se sont dits inspirés par la Divinité; mais qu'est-ce que leur langage en face de celui-ci. '
Que de choses dans ce premier commandement, Constance.
— D'abord, croire en Dieu? n'est-ce pas?
— Oui, sans doute.
— Quel est, ami, Fêlre assez misérable pour repousser la foi constante du genre humain en la Divinité.
— Bien peu» puisque toute la terre s'est, de tout temps, courbée devant son Créateur, et cependant, des esprits audacieux, des cœurs pervers se sont écriés : a 11 n'y a pas de Dieu. » Dans leur orgueil, ils repoussaient et repoussent encore cette croyance antique, car aujourd'hui, comme aux premiers jours, le superbe refuse de reconnaître un maître, et pour ne pas le servir il nie son existence. N'avez-vous jamais rencontré de ces prétendus génies supérieurs infalués de leur propre suffisance, déclarant avec insolence que tout relève de leur raison souveraine?
— Ouil
ff
— Eh bien ! si cette raison obéissant à elle seule, ne reconnaissant que sa propre puissance,* prétend découvrir Dieu et que sa faiblesse propre Parréte, elle nie Dieu plutôt que de reconnaître cette faiblesse.
Mais ce n'est pas tout, cette même raison acceptant Dieu ose, parfois, s'élancer jusqu'à lui, sonder ses abîmes et mesurer leur profondeur, elle ne recule pas devant les ténèbres qu'elle s'est faites à elle-même en s'éloignant de la Traie lumière, et alors, marchant au hasard, prenant les fantômes de la nuit profonde pour la vérité, elle accumule erreurs sur erreurs, et le Dieu qu'elle proclame, après ce travail impuissant,.affecte toutes les formes du délire humain, répond à toutes les passions du cœur, tombe à un tel degré d'absurdité que Tesprit s'étonne et ne comprend plus les aberrations par lesquelles la suprême grandeur, la perfection inGnie a été abaissée à cette petitesse, à cette hideuse personnification, à cette monstrueuse universalité.
La tradition primitive perdue, les fils des hommes, vous le savez, défigurèrent la Divinité à tel point qu'elle devint entre leurs mains un bœuf, un serpent, un morceau de marbre. Us sacrifièrent à Vénus impudique, à Mercure, aux hommes même ; ailleurs, elle se confond avec l'idée de la vie et de la mort, avec l'univers tout entier, et Dieu est tout.
— Quelle folie !
— Vous seriez donc bien étonnée si je vous disais que de nos jours il est des philosophes dont on vante la gravité, par lesquels le panthéisme indien revit dans toute son absurdité. Que vous êtes heureuse d'être dispensée de lire les philosophes... Dieu entre leurs mains devient une singulière chose.
Au Sinaï, en face de ce monde idolâtre, tandis qu'Israël se prosterne lui-môme aux pieds du veau d'or, Jéhovah, Dieu se révèle de nouveau à Moïse, inscrit ses titres sur la pierre, et les confie à la mémoire des hommes de génération en génération.
— N'oubliez-vous pas un peu votre point de départ ?
— Non, ce me semble.