‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 256 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. — DIX-NEUVIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DIX-NEUVIÈME SOIRÉE

la joie, les couleurs les plus sombres succèdent aux couleurs éclatantes ; les accents de la douleur et de la souffrance aux cantiques d'allégresse ; déjà la tristesse du lendemain a gagné le sanctuaire et les fidèles ; la oroix a reçu son voile funèbre, le glas des cloches apporte à nos cœurs des pensées sombres ; il semble que les lamentables voix de nos amis, de nos proches sortis de ce monde, se mêlent à celle de Tairain sacré, aux frémissements des grands pins, aux bruissements du vent dans les futaies dont les feuilles rares déjà tombent mortes et fanées. Cette soirée de la Toussaint est solennelle et lugubre. Le Ciel, presque toujours en harmonie avec la terre, se couvre de nuages épais, le soleil est sans rayons à son coucher ; la tempête gronde sur FOcéan.

Le lendemain, àPaube du jour, vous verrez tous les sentiers des landes et des bruyères couverts de longues files d'hom* mes et de femmes vêtus de deuil, s'ach^ninant vers FÉglise; ia cloche rompt seule le silence religieux des champs ; Toffice est triste, le recueillement profond ; un discours du recteur rappelle les cœurs aux souvenirs funèbres ; de fréquents sanglots répondent à la simplicité des paroles du pasteur ; la prière commencée devant l'autel s'achève sur les tombes; les petits enfants s'agenouillent avec les vieillards au pied des petites croix de bois marquant la place où repose un père, un fiils, Ohl... j'ai vu plus d'une jeune veuve allaiter son fils sur le gazon qui recouvre un mari que la mer avait englouti à la fleur de l'âge. Oui, chère amie, en ce jour l'Eglise de la terre est unie à T Eglise souffrante. Bien souvent mon esprit s'est arrêté sur cette pensée qu'en ce jour le ciel se peuplait d'un grand nombre d'âmes ; les trésors de la miséricorde ne sont-ils pas particulièrement ouverts à ces pauvres âmes par le saint sacrifice, les prières, et les bonnes œuvres des fidèles qui d'un bout du inonde à l'autre montent vers le trône du Très-Haut pour lui faire une sainte violence ; la milice céleste s'unit à la troupe des fidèles de la terre ; elle ofire ses palmes et ses couronnes, elle implore la souveraine miséricorde au nom de la croix triomphante ; la mère de douleurs, ce refuge constant des af-

Iligi's, unîl sa voix aux supplications des martyrs, des vierges, des justes, tandis que la victime sans tache renouvelle son holocauste?

Dans Tancienne loi on priait pour les morts ; ce fait est constant, et le livre des Macbabées nous fournit la preuve de ce pieux usage que nous retrouvons dans le catholicisme dès son origine. Un jour spécial n'a été consacré à la conunémoration des morts que dans le dixième siècle. Odilon, abbé de Cluny, prescrivit aux moines de son ordre d'offrir leurs bonnes œuvres le lendemain de la fête de tous les Saints, et surtout le saint sacrifice pour le soulagement des âmes du Purgatoire. De Cluny cette dévotion sa répandit dans toute la catholicité.

— Pour mol ce jour sera désormais, mon vieil ami, un jour de larmes et de deuil, mais aussi un jour d'espérance et de consolation ; oui, dans notre foi, la mort n'est pas un malheur sans consolation. Que Dieu soit béni et toujours béni.

M. de Kerkoff quitta Constance ; elle partit, comme elle Tavait annoncé, le 3 novembre. Où alla-t-elle? Nous Uignorons encore.

Des événements imprévus que nous redirons peut-être un jour, l'éloignèrent pour longtemps de ses amis; mais, la précieuse semence germant dans son âme, elle ne chercha plus le bonheur sur la terre, elle l'attendit des promesses du Sauveur.

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