TROISIÈME PARTIE. — DIX-NEUVIÈME SOIRÉE
Où doit obéissance à TEgUse en tout ce qui tient à Ja foi; il faut suivre les règles qu'elle prescrit ; c'est par elle que la doctrine doit être éprouvée, c est par son témoignage que les hérétiques sont confondus (1).
L'Eglise est infaillible parce que Dieu est et sera toujours avec elle, parce que, encore une fois, le Saint-Esprit l'inspire et la dirige, parce que nous avons les promesses formelles du Sauveur.
— Vous ne vous êtes pas servi de ce mot: et romaine ?
— Ce caractère ressort de l'union de l'Eglise avec son chef visible, notre Saint-Père le Pape, et de la suprématie que l'Eglise reconnaît à la chaire de saint Pierre, c'est-à-dire à son successeur le Souverain Pontife.
— Merci, ami, revenons, s'il vous plaît^ à notre point de départ, à la fête de tous les Saints.
— Nous n'en sommes pas bien loin, chère enfant.
Vous savez que l'Eglise honore d'une manière particulière les Saints.
— Oui.
— Eh bien ! chaque jour de l'année un saint est offert à la vénération des fidèles ; mais était-ce assez parmi cette multitude des seriéteurs de Dieu que ce petit nombre de jours con» sacrés à la rnémoire d'une fraction si faible de la milice céleste ? Non, certes. L'Eglise a pensé qu'il était bon de désigner un jour où tous seraient honorés et priés en masse. Ce jour est la fête de tous les Saints. Vous comprenez bien vite et bien facilement la convenance de cette institution, et vous vous préparerez par le jeûne de la veille à cette grande solennité. Dans le principe, au temps pascal, on célébrait une fête générale des Apôtres et une autre des saints Martyrs : la première était placée au l"""^ de mai, la seconde au 13 du même mois. L'origine de la fête dont je vous parle remonte presqu'à l'empereur Honorius ; après la conversion de Constantin , les . temples, comme les autels vides des dieux, s'écroulaient avecle
Cl)Klee, foc. cit., t. J, p. 90.
paganisme ; parfois, les empereurs les conservèrent et les affectèrent même au culte du vrai Dieu.
Quelques années avant la naissance du Sauveur^ Agrippa éleva à Rome un monument bien célèbre, qu'il consacra à tous les dieux, le Panthéon. Les idoles du monde s'étaient donné rendez-vous dans la ville éternelle, comme vous le savez. Tout devait être dieu à Rome, excepté Dieu lui-même. Hononus conserva le temple d' Agrippa , et en 607 Boniface IV résolut de le consacrer au culte de la croix. Il le plaça sous Tinvocation de la sainte Vierge et des Martyrs. Il y fit déposer, dit Baronius, la charge de vingt-huit chariots d'ossements des Martyrs; le 13 mai 609, on célébra la dédicace de ce temple régénéré, et il a reçu le nom de Notre-Dame de la Rotonde, à cause de sa forme.
— Mais je ne vois pas encore la similitude qu'il y a entre le 13 mai et le 1" novembre.
— Il n'y en a aucune. Louis le Débonnaire, sur les instances de Grégoire IV, établit cette fête en France, et, du consentement des Evêques, elle fut fixée au 1^ novembre.
— Quel rapprochement ! Le Panthéon devenant pour ainsi dire le tombeau des Martyrs I La fête de TEglise triomphante partant du Panthéon ! . . . •
— Si le 1*' novembre est consacré à honorer l'Eglise triomphante, comme vous le dites fort bien, le 2, le lendemain, vient la commémoration des. morts : TEglise n'a pas plus oublié ceux qui souffrent que ceux qui triomphent ; si die convie les fidèles de la terre à s'unir à VHosanna sans fin, elle leur demande aussitôt leurs suffrages et leur compassion pour nos frères qui gémissent dans le purgatoire ; le sang de l'Agneau a coulé pour remercier Dieu d'avoir couronné ses élus, le sang de l'Agneau coulera pour obtenir de sa miséri-* corde des élus nouveaux, arrachés aux peines si cruelles dues à leurs fautes. Voyez, dans les cérémonies du l^'' novembre, comme le catholicisme procède : les ornements de ses prêtres sont des ornements de triomphe, leurs chants sont des chants de gloire et de réjouissance ; tout à coup le* deuil a remplacé