‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 27 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — SIXIÈME SOIRÉE

mais un commencement et une préparation qui mènent à un complet développement. L'alliance nouvelle n'est donc autre chose que l'alliance ancienne dans son progrès, dans son pur idéal, dans sa dernière consommation.

Le christianisme est au judaïsme ce que le fruit est à la semence. Il est autre, mais il n est pas contraire.

Ainsi, la foi du chrétien admet, comme vous le savez, les deux Testaments, elle se fonde sur l'un et sur l'autre.

La loi de JMoïse reste notre loi dans ce qu'elle a de général, vous le savez encore, elle avait un but spécial; celle du Christ s^étend à tous les hommes,

Notre foi comprend ce que Dieu nous a ordonné de croire dans les diverses révélations.

— J'ai mal rendu ma pensée, la voici: que devons-nous croire?

—La croyance a toutes les vérités comprises dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, et celles qui nous ont été transmises par la tradition : telle est la foi exigée du chrétien.

— Je ne sais pas bien ce que l'on entend par la tradition .

— La tradition est la parole non écrite à proprement parler. « Jésus-Christ ayant fondé son Église sur la prédication, la pa- «( rôle non écrite a été la première règle du christianisme, et <c lorsque les écritures du Nouveau Testament y ont été jointes, ce cette parole n'a pas perdu pour cela son autorité, ce qui fait « que nous recevons avec une pareille vénération tout ce qui « a été enseigné parles apôtres, soil'par écrit, soit de vive voix, « selon que saint Paul l'a expressénfient déclaré. »

Pour rendre parfaitement claires ces paroles de Bossuet, je dois vous rappeler que N.-S. J.-C. n'a rien écrit; ses paroles, ses actes ont été recueillis par les apôtres et les disciples qui les ont publiés par écrit. Les évangiles, les actes des apôtres, lesépîtres, etc., etc., ont été de même publiés par écrit ou transmis de vive voix à leurs successeurs et conservés ainsi jusqu'à nous.

La tradition est donc cette parole non écrite. Elle sert

encore à expliquer le vrai sens des Écritures quand il y a doute.

La tradition n'est pas restée toujours orale . Elle fut de diverses manières fixée par récriture, surtout par les symboles de foi, comme le dit fort bien Alzog.

L'Eglise, de bonne heure, se vit obligée de se servir de la tradition; j^aurais une foule défaits à citera Tappui de cette allégation.

Si vous me demandez quels sont les successeurs des apôtres, je vous répondrai que ce sont les évêques, qui conservent la tradition apostolique. Remarquez que, comme Tobserve si bien Tauteur que je viens de citer: «Toutes les Églises fondées « par les apôtres dans F Asie-Mineure, la Grèce, l'Italie, s'ac- <c cordent aussi parfaitement dans leur doctrine, que si elles « demeuraient dans une même maison, que si elles n'avaient « qu'un cœur, qu'une âme. y>

El cette unité de doctrine ne s'arrête pas seulement à ces Églises, mais elle s'étend à toutes celles de la catholicité, et ce qui se passe à cet égard est la preuve la plus positive de Tins^ piration de l'Église catholique, apostolique et romaine par le Saint-Esprit, qui, suivant la promesse du Sauveur, ne l'abandonne jamais. Colonne et base de la vérité, selon le langage de l'Apôtre, l'Église est la seule règle infaillible de la vie religieuse, le seul préservatif contre les conceptions arbitraires, les imaginations désordonnées de l'esprit humain. L'union avec l'Église est la condition nécessaire du salut promis*par le christianisme. « Celui-là n'a pas Dieu pour père », dit saint Cyprien, « qui n'a pas l'Église pour mère. ^>

— Vous voilà bien fixée, ma chère Constance, sur ce que le chrétien doit croire.

— J'entends fort bien, mon ami, mais Dieu ne nous a pas seulement commandé de croire, il nous a ordonné aussi de l'adorer.

— Oui, sans doute, aussi avait-il tracé aux Israélites toutes les règles de l'adoration qu'il exigeait d'eux; le culte a dû nécessairement changer avec l'esprit de la loi. Je ne vous dirai pas toutes les règles du sacrifice ancien.

Page 1