PUEMIÈHE PARTIE. — SEPTIÈME SOIRÉE
Au sacrifice des victimes sanglantes a succédé un tout autre sacrifice, le sacrifice spirituel et réel.
Le culte nouveau, dont je vous entretiendrai plus tard, part du cœur; adressé à Tamour infini, l'amour est sou esgence, Tamour de Dieu pour Phomme et de Thomoie pour Dieu.
Je devrais peut-être vous exposer les raisons sur lesquelles repose le devoir de Tadoralion.
Tous les peuples ont
— Je vous dispense, mon vieil ami, de Fhistoire générale des religions; plus que personne, je reconnais ce devoir et je sais quMI entraine le culte et la prière ; ainsi trêve de citations.
Le Seigneur a parlé : (cUn seul Dieu tu adoreras et aimeras «parfaitement»; cela me suffit. Adorer Dieu sans l'aimer, cela ne se peut pas plus que de le connaître sans l'adorer : nous devons aimer.
— Oui, sans doute, et vous le savez mieux que moi. Aussi le christianisme a-t-il placé en tête des vertus la foi»
l'espérance et la charité.
11 est tard, rentrons ; denîain nous examinerons s'il est bon d'espérer.
SEPTIÈME SOIRÉE
Vous avez dit hier un mol delà facilité avec laquelle Thomme croit. J'ai réfléchi, et je déclare que vous avez bien plus raison que vous ne le pensez, mon vieil ami. Ainsi, que de femmes, que d'hommes qui, sans la moindre inquiétude, se confient aux extravagances de tous les systèmes de médecine! Je connais une foule de personnes qui croient bien plus aux somnambules qu'aux docteurs de la faculté. Que de remèdes secrets ; croiriez-vous que là où Ton croit le moins à la reli-
gioD« on croit beaucoup à certaines choses : on ne se mettrait pas en route le vendredit on craint treize conyives à la même table, et plus d'une fois dans mon enfance et ma jeunesse j'ai manjg;é à la petite table ou dans ma chambre pour éviter ce nombre treize. On regarde la journée comme mauvaise, si on a posé le pied gauche d^abord à terre en se levant. On considère le voisinage de telle personne comme heureux. On admet comme favorables telles ou telles places au jeu , et je vous assure que bien des hommes sont femmes en ce point. Les diseuses de bonne aventure ont un crédit immense; que de fois j*ai eu le désir de me faire dire la mienne!...
— Ne vous étonnez pas de cette disposition que vous signalez avez raison ; Thomme a besoin de merveilleux, et il est superstitieux quand il n*est pas croyant. Jamais la superstition n'a été poussée plus loin que par les Romains, quand ils eurent perdu toute croyance. La renaissance, époque où la foi était bien ébranlée chez nous, est aussi Tépoque par excellence des devins et des astrologues.
— Au fait, il faut que nous ayons foi en tout le monde, comment pourrions-nous vivre sans cela. Ainsi foi au médecin, au pharmacien, au cuisinier, à Thomme d'affaire, au savant, au machiniste de la locomotive, au cocher de la voiture, et sans foi nous ne ferions pas un pas, pas un acte de notre vie. Oui, vous avez raison, il n'est pas raisonnable de croire à tout, et de ne pas croire en Dieu. Gomme je suis heureuse de n'avoir point eu la folie de révoquer en doute sa loi sainte !
— Ma chère amie, vous avez toujours cru parce que vous êtes restée pure; encore une fois, votre cœur n'a pas eu besoin de l'incrédulité.
— Vous m'avez promis de me parler ce soir de l'espérance: vous savez si j'ai besoin d'espérer, moi, j'ai toujours adoniré cette fable des anciens qui laissait l'espérance au fond de la boîte d'où s'était échappé le bonheur.
— Ce mythe païen était sans nul doute un souvenir de la révélation primitive. Vous le savez, Dieu n'eut pas plutôt