DE LA GRÈCE VÉRITABLE
A i.''ooCA8ios mr pouie db wiluam hatoa&th , mTinn^ : TffB ORBBCS. (1)
(Gfvk, 17 août i8t7.)
Cest à Athènes, en 1 8 1 1 , un peu «nprès la publi« cation de V Itinéraire de M. de Chateaubriand, et qiiand Byron venait de recueiUir de si belles inspirations sur les rivages de cette Grèce, où il devait trouver plus tard une mort encore plus belle, que le jeime William Haygarth esquissa ce poème. Elégant et soigné dans la forme, mais froid et timide dans la conception, cet ouvrage, par sa disposition régulière et strictement géographique, a plutôt Tallure modeste d'un voyage que la marche libre et inspirée d'une œuvre d'imagination. Ce ne sont pas les éclairs brillants, les saillies poétiques, la lyrique mélodie et les sceptiques hardiesses de ChUde^-Harold ; c'est bien moins encore l'intérêt profond des scènes du Corsaire et du Giaour. Mais, si la partie musicale et passionnée du poème de
(4) Traduit en français par Mademoiselle Pauline Flaugei^es, Paris, 4827, 4 voLin-48.
3 LA GaàCE,
M. Haygarthest fort inférieure aux morceaux ana* logues de lord Byron , la partie pittoresque et des* criptive de cet ouvrage est souvent d'un grand mérite; et, grâce à la célébrité et à Fextréme beauté des lieux, elle offre un attrait fort puissant.
En effet, s'il peut jamais être poétique et judicieux de décrire sans aucun biit, comme ont fait l'abbé Delille et les écrivains de son école, c'est, je pense , à un voyageur et surtout à un voyageur en Grèce , que cette fantaisie peut être permise. Sans doute , il vaudrait mieux , comme l'auteur des Lusiades ou celui des Martyrs ^ répandre les descriptions dans un récit dont elles augmenle-* raient l'effet et le charme ; mais pourquoi le disci-* pie de Thomson ne contemplerait-il pas en paysa* giste et en philosophe ces ruines de cités célèbres , ces monts couronnés de neiges, ces fleuves bordés de lauriers , cette Grèce , es\ûn , dont l'aspect est empremt d'une telle beauté, que les formes dont elle a fourni le type sont encore aujourd'hui celles de la poésie même? L'ignorance ou l'oubli de cette nature grecque , qui a forcé , en quelque sorte y le sentiment poétique à se dégager de l'âme des mythologues , a été cause , dans notre Occid^it, que nous avons laissé dégénérer et se flétrir des formes et des fictions que nous avions empruntées à cette région privilégiée , sans conserver une idée asses^ nette de leur origine et de leur valeur. Un voyage y. avec M. Haygarth, sur les bords du Géphise et du
POiSME DB W, HATGARTH. 3
Ladon, au milieu des neiges de l'Olympe et du Pinde, aura le double avantage de nous plaire par la nouveauté et de nous satisfaire par l'explication des plus belles et des plus naturelles allégories antiques. Qui de nous, sur la foi de nos poètes, si improprement appelés classiques, ne se figure le Parnasse comme un rocher di£EiciIe à gravir, mais fleuri et paré, jusque sur son sommet, de lauriers, de myrtes, voire de lis et de rbses? Qui de nous a jamais pensé que sa double cime fût couverte de neiges, comme celle du Mont-Cenis ? Nous confondons pour l'ordinaire dans une même idée abstraite lePinde, le Parnasse et l'Hélicon. Nous regardons à-peu-près comme synonymes, et nous employons selon les besoins de la mesure ou de la rime, l'Hippocrène, le Permesse, la fontaine de Castalie, ou d'Aganîppe. Cette strophe de J*-fi. Rousseau , admirable d' harmonie ,
A la soarce d*Hippocrène
Homère ouvrant ses rameaux
finit par ces vers ,
Avec elles il partage
Le sceptre du Double Mont....
ce qui semble supposer que THippocrène coule près du Parnasse. Cette confusion d'objets , trop généralement admise pour devenir le sujet d'un Marne particulier, vient de ce que nos poètes ont adopté l'idée allégorique , sans s'embarrasser des