LA GRÈCE
réalités locales qui lui avaient donné naissance. Nous avons sous les yeux un Cours de mythologie, imprimé au commencement du siède , où les per* sonnes de notre âge ont pu apprendre, comme nous , dans leur enfance , cette étonnante défini*» tion du Parnasse : Le Parnasse , montagne fabu^ leusCy à laquelle on donne aussi le nom de Pinde et d^Hélicon. Nous aurions été fort mal venus au collège d'appliquer au Parnasse l'épi thète de nei-geux j viyoSoXoç, v(^<ç, que lui ont donnée tous les anciens poètes, et que lui ont restituée Haygarth y Chateaubriand etByron. On aurait regardé comme une bien froide inspiratrice une montagne hérissée d'étemels fKmas. Aussi était-ce sur l'Hélicon*^ qui offre un aspect beaucoup plus riant (i), que la mythologie avait placé la demeure des Muses. Le Pinde et le Permesse leur étaient seulement consacrés ; et certes ces lieux sauvages et sublimes méri* taient bien cet honneur. Qu'on ouvre le livre de M.Haygarth, et que Ton contemple les deux belles gravures qui représentent , l'une, l'escarpement du Pinde , son pic nuageux et les peupliers que l'orage a brisés sur sa pente ; T autre ^ le double sommet du Parnasse , projetant sur le sol où fut Delphes son ombre majestueuse (st) ; et qu'on nous dise
(4) Pansan. , lib. IX , cap. 27.
(3) Les gravures qui ornent Tédition anglaise ont été litbpgra-^ phiées avec beaucoup de talent par M. Â. Joly. Voy. le recueil intitulé : Vues de la Grèce moderne , Pans, \ 894 in-4 oblong.
POÈME DE W. HATGARTH. 5
tfl les muses d'Homère , de Pindare et d'Eschyle n'ont pas dû souvent errer sur ces cimes , et si ce n'était pas là que le dieu des Ters devait cacher la source de l'enthousiasme et de la terreur ?
Un écrivain célèbre a remarqué que nos anciens anachorètes ont su choisir par toute la terre y avec une admirable sagacité , les lieux de l'aspect le plus poétique, pour y élever leurs pieuses retraites, et qu'il n'y a pas d'ermite qui ne saisisse, aussi bien que Claude Lorrain ou Le Nôtre , le rocher où il doit placer sa grotte. Cet instinct à la fois religieux et pittoresque, cette harmonie de l'œil et de Vàme, ce rapport de la forme et de la pensée, se font remarquer à un tout aussi haut degré dans la beauté des sites qu'occupaient les temples du. pagansme. Le sol de la Grèce entière en fait foi.
Nous avons dit que le poème de M. Haygarth^ne lui avait pas coûté de grands frais de composition* C'est un simple tour^ moins la familiarité du.ton et le piquant des aventures personnelles. Entré en Grèce par l'Épire, il cherche les bords, de l'Ajohéron. Peu d'accord avec Strabon , Thucydide et Byron , il place le chemin des enfers au^^dessous des mornes rochers qui dominent le lac de Janina. Là, quelques cyprès , quelques noirs sapins balancent leurs funèbres rameaux; d'arides genévriers et des feuilles flétries jonchent cette terre désolée. Là , d'ailleurs , régnait le cruel Aly . Par son ordre , la îenne Phrosine a péri sous cette eau stagnante.
6 LA GaicB ,
Pour complaire à l'une des femmes de son fils Mouctar , il a ordonné que cette jeune fille et seize de ses plus belles compagnes fussent arrachées des bras de leurs mères , et ce goufire vraiment infernal les a englouties vivantes.
Après être allé respirer un air plus pur sur le Pinde , et avoir gravi ses flancs escarpés à Taide de rochers rompus et façonnés en échelons , le poète se laisse conduire par le cours du Pénée dans la vallée fameuse de Tempe, que TOlympe et TOssa om* bragent de leurs cimes gigantesques. Il ne quitte pas la Thessalie sans saluer cet immortel défilé des Thermopyles, ce sentier héroïque, resserré entre la mer et les flancs du Kissavo (Fancien mont Œta) , où de modernes enfants de la Grèce donnent aujourd'hui près des Trois cents.
En entrant dans la Phocide , Haygarth se dirige vers le Parnasse , devenu le Liakura. C'est ici le berceau commun de la poésie et de la religion. Jadis la métropole du paganisme , le temple de Delphes I s'élevait au<lessous de ces rochers , qui ne retentissent plus que des cris de l'aigle sauvage et qui ont oublié les chants cadencés des suppliants. A la place de cette cathédrale païenne, dont le trésor était plus riche que celui d'aucune de nos royales abbayes (i), vous ne verrez que l'humble village de Castri; et il vous fiiudra , comme Byron, hésiter
(1) Voy. Pausan. , lib. X , cap. 9, seqq