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l'unité : ils ont découvert un certain jour, en lisant une certaine églogue, que toutes ces appelle tions s'appliquent à une seule et même personne. Cela est possible; cependant ils auraient étéy> suivant moi, plus près de la vérité, s'ils avaient dit que la plupart de ces pièces ont été composées soit dans les derniers temps de son séjour à Ck>imbre, soit à son arrivée à Lisbonne, avant qu'il eût fait la rencontre de celle qui a été, depuis, l'occupation et la pensée unique de toute sa vie ; et même encore faut-il avouer que, pendant et après ce long et malheureuit attachement, il lui est arrivé de se jeter, comme nous le verrons, dans des distractions bien singulières. Lui - même, d'ailleurs , confesse de bonne grâce l'inconstance de ses premières liaisons : « Au temps, dit-il, ou j'avais l'habitude de vivre d'amour, je n'étais pas toujours attaché à la rame ; mais, tantôt libre et tantôt esclave, je changeais de flammes et je brûlais diversement (i). » Au reste, Camoens a tant aimé, il a si bien et si longtemps célébré celle qu'il préféra, que, s'il eût vécu au temps des cours d'amour, il n*aurait pu manquer d'être absous par elles.
On croit que ce fut un vendredi saint, et dans une église, comme Pétrarque, qu'il devint amoureux. Lope de Vega, qui ne nomme jamais Camoens que rexcellentj qui dédia à sa mémoire k
(4) Voy. le sonnet VII.
DE CAMOENS. 39 f
comédie Del marido mas firme y et qui, au dire de Faria e Souza, dont il était Tami, rafraîchissait souvent sa pensée par la lecture de ce grand poëte, appuie cette tradition , fondée sur les soixante-etdix-septième et cent-vingt-troisième sonnets de Camoens (i). Faria e Souza, en rapprochant cette pièce d'un passage de la septième cançao, a été jusqu'à vouloir prouver astronomiquement (a) que la première entrevue de Camoens et de sa maîtresse eut lieu le ii avril i54^9 ce qui supposerait un amour bien précoce , car notre poète était encore au collège. Plus tard, dans une note de Cintra^ Manoel de Faria e Souza se contente d'assurer que la rencontre eut lieu dans l'église dos Chagas (l'élise des plaies du Christ), à Lisbonne. Quant à moi, j'ai grand' peur que le sonnet lxxvii ne soit
(1) Lope de Vega a dit dans le L&aml de Apolo :
El culto celestial m celebrara ]>el nayor Vitmct an U iglesia fkia, Qnando por Laura Franco s« encendia, "Y LÎM por Natercia m inflamara.
Uso et Natercia sont les anagrammes impariaiteb de Luiz et de Catahna. — Lope de Vega, dans un éloge en prose Me Paria o Souza qu'il composa comme il u mourait^ et qoi est imprimé de- ^M le commentaire des ÏMsiades (édit. de 4 639), a dit que, comme Cunoew était le prince des poëtes, Faria e Sonza était le prince te commentateurs. U est permis de croire que, par cette hyperbole, ^)e de Vega quêtait de Faria nn commentaire pour lui-même.
()) No touro ifUrava, etc., cançâo vu.
aoa VIE
tout simplement une traduction des fameux vers de Pétrarque :
Era '1 giorno ch' al sol si scoloraro....
ce que je crois d'autant plus, que, parmi les sonnets de CamoenSy plusieurs ne sont que des tradiic^ tions du poète italien (i).
Il nous serait plus aisé dépeindre la maîtresse de notre poète que de dire son nom. Camoens a tracé bien des.portraits d'elle (p) , et il ne l'a jamais nommée. Pedro de Mariz nous apprend seulement qu'elle était dame du palais et qu'elle mourut fort Jeune. Fariae Souza s'est signalé dans la recherche de son nom. Les nombreuses variations de cet écrivain sur ce sujet attestent au moins sa bonne foi . Il pensa d'abord, d'après l'autorité de Joao Pinto Ribeiro^ un des précédents éditeurs des rimaSj que cette dame était Dona Catarina de Almeyda, parente de Camoens (3). Plus tard, il crut découvrir que ce fut Dona Catarina de Âtayde, fille de Dom Antonio de Atayde, favori de Dom Jean III (4), et cette opinion a prévalu. Ceux qui y ajoutent une foi entière
(4) Entre autres , les beaux sonnets xxxix et ci. — Le sonnet Gxxv est traduit de Gardlasso.
(2) Voyez, entre autres , les cancôes 4>«, 3«, 5* et 42", Tode ^, l'élégie ^ et les sonnets xxxv et cxxxvin. — La v^té nous oblige à confesser que plusieurs de ces portraits diffèrent notablement les uns des autres.
(3) Voy. LwiadaSy Vida del poeta , $ n.
(i) Voy. Rimas varias, Vida del poeta, § xiii.
BE CAMOKfTS. !1C)3
ne savent probablement pas que , dans les notes 7 et
9 de Cintt^a, Faria e Souza est venu à penser que ce
pourrait bien avoir été une certaine Isabely souvent
chantée par Camoens sous Fanagramme de Belisa.
On voit que ce mystère est impénétrable. Pour
moi , je trouve qu'il y a dans ce secret, si bien
gardé et qui défie toutes les recherches , quelque
chose de délicat et de pudique qu'il faut respecter.
Je n'imiterai donc point l'indiscrète curiosité de
mes devanciers ; je ne chercherai pas à percer le
mystère dont le poète a si convenablement, à mon
avis, voilé le nom de sa Beatrix; j'appellerai tout
simplement cette belle inconnue celle qiCU aima.
Les poésies de Camoens qui se rapportent à ces
premiers temps d'amour, sont pleines de passion
et de délire. En voici un échantillon :
SONNET n.
« Je suis en proie à un état indéfinissable \ je frissonne et je brûle en même temps; je pleure et ris au même instant, sans en savoir la cause. J'embrasse le monde entier, et je ne puis rien étreindre. Toutes mes facultés sont bouleversées : mon âme exhale on feu teiTible; des ruisseaux de larmes coulent de mes yeux. Tantôt j'espère , tantôt je me décourage ; quelquefois je tombe dans le délire, d'autres fois ma raison revient. Je suis sur la terre, et ma pensée traverse l'espace. En une heure je vis une année; en mill« années, je n'en puis trouver une qui me satisfasse. Si quelqu'un ipe demande pourquoi je suis ainsi, je répondrai que je l'ignore. Je soupçonne, cependant, Madame, que c'est pour vous avoir vuo(4).j^
(t) Faria e Souza attribue à ces promiors temps Télégie i\. Le sonnet cxxxii me parait de la même époque.
Une passion si vive et si ingénieuse à la fois duk être payée de retour. Dans plusieurs de ses poésies Camoens rappelle ses courtes espérances. Un de ses sonnets laisse même entrevoir qu'il reçut de sa maitresse un gage d'amour (i) ; mais le rang et la fortune élevaient entre les deux amants une barrière infranchissable. Les parents de sa maîtresse , puissants à la çpur , intervinrent , et un ordre d'exil l'obligea à quitter Lisbonne.
La date de ce premier malheur est incertaine ; mais elle ne peut qu'être fort rapprochée de 1 547. Le poète ^ dans le sonnet xxi v a peint les angoisses de cette cruelle séparation. Les vers suivants donnent à penser qu'il ne pleura pas seul cette disgrâce :