SONNET CCLIV
« J'ai vu daDS une grotte ténébreuse que la mer bat avec une fureur sauvage, la tète appuyée sur sa main , une nymphe cbaiv mante, mais soucieuse, également jolie et affligée. Des pleucs coulaient de ses yeux ; la mer apaisait sa fureur en voyant une chose si triste et si belle. Quelquefois elle promenait ses beaux yeux sur les horribles rochers, avec une douceur suffisante pour amollir leur dureté. D'une voix angélique elle disait: Hélas! pourquoi si souvent le bonheur manque-t-il là où se trouvent, avec tant d'abondance , tous les éléments du bonheur?
Dans sa troisième élégie (O Sulmonense Oi^idio desterrado)^ Camoens se représente suivant de ses tristes regards les barques qui sillonnent le Tage.
iS) Voy. le sonnet cvi^ un peu obscur.
DE CAMO£NS. 2Cf^
£t f comme ce fleuve , à la hauteur de Santarem , ne peut porter que des bateaux , on en a conclu qu'il fut exilé à Santarem. Cette induction est précipitée. Les vers du poëte peuvrat désigner une foule d'autres lieux du Ribatejo (i).
Pendant les deux années que dura son exil , il composa plusieurs morceaux où il déplore les peines de Fabsence (a). Il fit aussi alors deux pièces de théâtre mêlées de vers et de prose , El Rejr Seleuco et Fiiodemo et une toute en Vers, les Jm--
(0 Le Ribatejo est tout le pays que côtoie le Haut-Tage. — De Texil de Gamoens à Santarem, patrie de sa mère, on a conclu qu*il était né en cette ville : ses persécuteurs l'auraient ainsi renvoyé dans ses foyers ; mais, comme on voit, Texil du poëte à Santarem , base de ce raisonnement , n*est pas sufiBsamment prouvé.
(2) Entre autres, le sonnet ccxxiu et les élégies 4 5, 4 6, 47 et 4 8. Le sonnet et les élégies 47 et 4 8 sont écrits en espagnol. — Le choix de cette langue pour correspondre avec sa mattrease et le titre de noire que Gamoens donne à Boscan dans le sonnet gglxxxvi, prouvent l'estime que les gens instruits en Portugal faisaient de la littérature espagnole; mais il n'en était pas de même parmi les gens du peuple. Pour complaire à oeux-ci , les poètes comiques portugais, lorsqu'ils introduisaient un niais, un Maure , un magicien, le diable ou un fantôme sur la scène , les faisaient parler espagnol, quoique le reste de la pièce iïit en portugais. Gamoens s'est conforosé lui-même à cet usage dans ses Amphitryons, son Seleuco et son Filodetno, Yoy . le^Gomment. de Faria e Souza sur l'oct. 29 du VII*' chant des Lusiades, — Nous trouvons dans les œuvres de Gamoens vingt sonnets espagnols; ce sont les sonnets cm à clxvi , ccxiii à <^cxix, ccxxii à ccxxvi , ccLvi et cclx, auxquels il faut ajouter les sonnets ccLXxn, cclxxxiii, ccxcix qui sont suspects. — Gamoens a ^rits deux sonnets galiciens ; ce sont les ccxcx et ccxcxi ; ils font partie des trente-six sonnets ajoutés et qui sont moins authentiques.
agô VIE
fitriôes. Il écrivit même dès lors plusieurs chants des Lusiades (i) , ce poème auquel il rêvait depuis son enfance.
Il obtint en 1 549laliberté de revenir àLisbonne. Peut-être son éloignement avait-il cessé d^être nécessaire à la tranquillité de sa maîtresse ; nous le craignons , et nous pensons que c'est à cette époque qu'il faut rapporter plusieurs pièces où il se pkint de l'inconstance et dû manque de foi (a). Il avait alors vingt-cinq ans ; on se battait en Afriquei au Brésil et aux Indes : il résolut de s'embarquer pour Goa. Le re^stre de la mai;»on des Indes, quç nou3 avons, cité , porte , en i Sî5o , son nom parmi ceux des volontaires inscrits pour le départ. Cependant un reste d'espoir lui fit préférer de passer en Afrique , où con^aïa^dait Dom Pedro de Menezès , oncle de Dom Antonio de Noronha , jeune cavalier de grand mérite et son ami. On peut lire ses adieux au Tage dans son cent huitième sonnet {Braiidasaguas^do Tejo)^ et dans le cent cinquanter huitième (3).
(4) Camoens fait allusion à ce poëme commencé, dans les églogues IV et V qu'il composa à cette époque ou très-peu après.
(2) Voy. le sonnet lxxxvie, le plus parfait pour le style, suivant Faria e Souza,|et les églogues iv et v. — Dans cette dernière, que Ton croit adressée à Antonio de Noronha, il y a de très-jolis vers sur le passereau qui cherche et qui ne retrouve plus dans son nid sa compagne.
(3) Le sonnet cviii (Brandas agtAos) est une des pièces qui »
Dès cette première campagne j Camoens se conduisit en brave. Aussi a-t-il pu dire plus tard de lui-même, sans qu'on le taxât de forfanterie : « Ma a peau a le privilège de celle d'Achille , qui n'éa tait vulnérable que par le talon. Personne n'a vu ff les miens , et j'ai vu ceux de bien des gens (i). » On trouvera peut-être bizarre cette prétention d'être invulnérable , surtout quand on songe qu'il reçut dans ud combat naval un coup de feu qui lui fit perdre l'œil droit. Il a fait plusieurs fois allusion à cet accident , notamment dans des vers adressés à une dame qui le raillait à ce sujet. Il (ut atteint, dit-on , en combattant à côté de son père, Simon Vaz , capitaine du vaisseau sur lequel il servait comme volontaire. C'est la dernière fois que nous aurons à parler de Simon Vaz de Camoens : il €st probable qu'il mourut peu après ce combat , et que sa mort fut une des causes qui décidèrent notre poète à partir pour l'Inde.
Pendant son séjour en Afrique, la plume de Camoens fut aussi active que son épée. Il y composa la première ode, la seconde élégie {^quelle ^ue de amor descomedido) et les tristes et misanthropiques estancias sur le désordre du monde {Quempode ser no mundo tào quieto)^ où il dé-
lavent à la fois dans le lima de Diogo Bernardes et dans les œuvres de Camoens.
(M Première lettre écrite de riiide.