SONNET CXCIV
« ki, dans cette Babylone d*où découle tout le mal qui remplit le monde ; ici, où le pur amour est saus valeur, parce que sa mère,
(4) Espèce do tournoi mauresque où Ton combattait avec des ro~ !«eaux.
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plus puiaBante que loi profane tout; kâ où le mal se rafiBne, où le bien se corrompt, où la tyrannie peut plus que l'honneur; ici où la monarchie aveugle et égarée croit qu'un vain nom est un gagie de bonne foi ; ici, dans ce labyrinthe où la noblesse, la valeur et le savoir vont demandant l'aumône aux portes de la bassesse et de la cupidité ; ici dans cet obscur chaos de confusion , je remplis le cours de la nature ; vois si je t'oublierai , 6 Sîon 1 »
C'est dans cette disposition mélancolique qu'il composa ses redondUhas mémorables intitulées : Disparates na India (inconséquences ou folies des Européens dans rinde)« Il stigmatisa dans cette satire , avec une vertueuse indignation, la cupidité , les rapines, les moeurs dissolues et tous les vices dans lesquels se plongeaient ses concitoyens. Cette pièce, écrite avec la verve sévère qu'il déploie si souvent dans les iMsiades, est le digne pendant des stances sur le Désordre du monde. On admire, dans la misanthropique tristesse dont ces deux pièces sont empreintes, quelque chose de la pro* fonde amertume qui a dicté, de nos jours, les plus poétiques invectives de lord Byron ; mais il y a de plus, dans les vers de Camoens, une louable discrétion sur les personnes et un généreux pardon de toutes les injures souffertes, deux qualités qui n'étaient pas les vertus dominantes du dernier barde de l'Angleterre.
Quoiqu'il ne se trouvât pas, dans les Disparates^ un seul nom propre ni ime seule personnalité, Dom Francisco Barreto^ qui ne cherchait qu'un prétexte^
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voulut y voir une attaquas à son autorité. Camoens fut mis en prison, et comme plusieurs vaisseaux partirent, peu après, de Goa pour la Chine, le gouverneur le fit embarquer, avec ordre de rester aux Moluques; c'était jeter douze cents lieues de plus entre Camoeps et sa patrie.
Quelques vers du poète, insérés plus tard dans la paraphrase llu psaume i36 {super flumina Babylonis)j nous apprennent combien profondément il ressentit cette injustice : a Puisse, dit-il, le souvenir de cet exil demeurer sculpté sur le fer et sur ]a pierre ! » Ce vœu fut toute sa vengeance ; il ne nomma pas même son persécuteur. Il s'est pl&int encore de cet exil, et avec la même réserve , dans plusieurs passages des Lusiades (i). Les vaisseaux qui l'emmenèrent vers le sud mirent à la voile au commencement de i556.
On n'a que des notions peu précises sur ce que fit Camoens pendant les trois premières années de son exil. On croit qu'il fut déposé à Malacca, d'où il se rendit aux Moluques. Plusieurs de ses poésies les plus mélancoliques sont de cette époque, entre atitres, je crois, la première sextine (12), où il se
(4) Voy.ch. VII, oct. 79-82.
(2) Les lois métriques des sextnos sont très-compliquées et très-singulières. Ces sortes de pièces sont composées de six strophes de six vers chacune, plus un envoi en tercet. Les mots qui forment les rimes de la première strophe sont seuls admis à servir de rimes «ux cinq autres et au tercet. Ces mots ne peuvent se placer
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plaint de la fuite des anilées qui s'écoulent tandis qu'il est privé de la présence de sa maîtresse et de la vue de sa patrie, et Vaée sixième^ où il raconte la vision qu'il a eue de celle que , dans son amoar de plus en plus mystique, il compare à T^aure et k Beatrix ( i ) . Nous avons la preuve qu'il visita l'île de Temate, dont il a décrit le volcan , le climat et les habitants dans sa sixième cançâo. Nous croyons qu'il dut passer la majeure partie de ces trois années dans les îles de Timor ou de Tidor, qui étaient les lieux d'exil ordinaires des Portugais dans l'Inde. C'est à cette extrémité du monde que notre poète, livré au souvenir de toutes ses infortunes, écrivit, je crois, la belle cançâo XI, ou il raconta sa vie entière et toute l'odyssée de ses malheurs. Quoique
que dans l'ordre suivant. La rime du dernier vers de la première strophe devient la rime du premier vers de la deuxième. La rime du premier vers de la première strophe devient la rime du second vers de la deuxième ; la rime du deuxième vers de la première strophe devient la rime du quatrième vers de la deuxième ; la rime du troisième vers de la première strophe devient la rime du sixième vers de la deuxième ; la rime du quatrième vers de la première stropbe devient la rime du cinquième vers de la deuxième ; la rime du cinquième vers de la première strophe devient la rime du troisième vers de la seconde. Et de même pour les strophes suivantes. La ioi du tercet final est que les derniers mots des trois vers qui le composent soient ceux qui terminent les trois premiers vers de h sixième strophe.
(4 ) On peut voir une autre comparaison avec Laure dans le sonnet cm.
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trèfr4ongue, on me pardonnera, j'espère, de citer cette pièce en entier.
CANÇAO XI.
t Viens çà, discret dépositaire des plaintes qae j'exhale sans ecBBO, papier, sur qui je décharge mes obagrins. Disons les injustes IraTenes que, pendant tout le cours de ma vie, m'a suscitées le Destin contraire, inexorable, sourd aux larmes et à la prière. Jetons un peu d'eau sur un ardent foyer, et qu'à grand bnài s'élève une plainte plus forte que celles que toutes les mémoires se rappellent. Disons mes malheurs à Dieu , au monde, au genre humain et aux vents, à qui bien des fois déjà je les ai contés tout aussi vainement que je les conte à cette heure. Hais, comme je suis né pour les mécomptes, je ne doute pas que ce projet luinéme ne finisse par en être un. Impuissant à réussir, comme je le snis^ qu'on ne m'accuse pas si j'erre encore en ce point ; c'est une sorte de consolation de pouvoir parler et errer librement et sans reetvoir de blâme. Bien triste est le sort de celui qui se c(mtente de si peu!
« Je suis, depuis longtemps , désabusé de l'espérance de trouver un soulagement dans la plainte. Mais au malheureux qui souffre, force est de crier, si sa douleur est grande. Je crierai donc, quelque faible et knpuissant que soit le secours de la parole pour me soulager, car la douleur ne se calme pas toujours en criant. Qui me donnera, au moins, le pouvoir de répandre des larmes et des soupirs sans fin, égaux au mal qui habite en mon âme? Mais peuton jamais atteindre la mesure de la souffrance par des cris ou par des larmes? Je dirai, enfin, ce que m'enseignent la colère et la tristesse, et le souvenir de ces pénibles sentiments, autre douleur plus poignante et non moins réelle. Hommes désespérés , venez m'entendre! et loin, bien loin d'ici ceux qui vivent d'espérances, et qui livrent leur imagination crédule à de vains rêves 1 qu'ils s'éloignent, car l'Amour et la Fortune ont décidé qu'on ne pourra comprendre la douleur que dans la mesure où on l'a sentie.
« Quand je sortis de la sépulture maternelle , hôto récent du monde, incontinent de funestes étoiles m'asservirent et m'enlevèrent
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mon libre arbitre. En effet, j*ai mille fois connu dans ma vie la meu leure route, et, en dépit de moi-même, j'ai suivi la plus mauvais^ Dès qu'enfant j'ouvris doucement les yeux , la Destinée, pour pitf portionner mes tourments à mon âge, voulut qu'un petit dieu ave» gle me blessât. Les pleurs de mon enfance elle-même coulère pour des chagrins amoureux. Les vagissements de mon berceau sonnaient déjà comme des soupirs. Mon âge et mon destin étaî d'accord. Quand, d'aventure, on me berçait, si l'on me chantait tristes vers d'amour, aussitôt je m'endormais : tant mon nai était porté à la tristesse.
« Ma nourrice fut une bète féroce, car le destin n'a pas vouli qu'une femme reçût un tel nom de moi, et Une s'en fût pas trouvé. Ainsi je fus nourri, sans doute, afin que je suçasse le poison amoureux, que je devais boire dans un âge plus avancé, sans que, grâce à l'bi^itude, il me devint mortel. Dès lors, je vis l'image et l'apparence de cette créature féroce (4), si belle , si suave et si venimeuse, qui m'a allaité au sein de l'espérance. Je vis plus tard l'original, qui ne rend pas seulement excusables, mais triomidiantes et glorieuses les fautes où m'a Jeté ma frénésie. Elle avait, comme il me sembla, une forme humaine; mais elle resplendissait' d'an éclat divin. Sa taille et sa démarche étaient si charmantes, qu'à sa vue tout mal se changeait en bien. En elle , ombre et lumière, tout excédait le pouvoir de la nature.
a Quelle sorte de tourments l'Amour a-t-il jamais inventée qu'il n'ait, je ne dis pas essayée, mais épuisée sur moi? D'abord, k$ implacables rigueurs , qui découragent, détournent de leur but et font rougir sous le dédain les désirs brûlants, dans lesquels la pensée puise sa force ; puis, des ombres fantastiques, introduites par de téméraires espérances. Tantôt c'étaient des faveurs imaginaires et chimériques, folles illusions que disperse et met en fuite la douleur des mépris reçus, cette douleur qui brise l'aUe de l'imagination; tantôt c'était le supplice de conjecturer et de tenir mes conjectures pour certaines, puis, tout aussitôt, d'avoir l'humiliation de medé-
(4) a Aquellahumana fera tâo formosa. » Gamoens parait afleo tionncr cette expression. Son ode IV« commence par ce vers:
' M Formosa ft-ra Iiumana. »
DE CAMOENS. Sl^
'lire ; c'était d'attribuer à tout ce que je voyais un autre sens que lo sens véritable; c'était, enfin, de chercher des raisons à toutes jhoses , tandis que je n'étais environné que de choses sans raison.
« J'ignore comment la flamme de ses regards savait dérober les cœurs qui, par les yeux, s'élançaient subtilement vers elle; peu-àpeu elle attirait le mien d'une manière invincible , conmie le soleil ardent pompe insensiblement la moiteur d'une voile humide. Un visage pur et transparent, pour qui les noms^ beau et de char-* mant ne sont qu'un insu£Bsant éloge, un doux et attrayant regard qui ravissait les âmes , telles ont été les herbes magiques que le ciel m'a fait boire, et qui , pendant de longues années, m'ont tenu transformé en un autre être , et rendu si content de ma métamorphose , que je trouvais dans mes illusions un remède à mes diagrins. Je plaçais un bandeau devant mes yeux pour me cacher mon infortune, qui croissait comme un enfant élevé par les soins d'un maître, pour lequel il grandit.
« Qui peut peindre ce qu'il y a de tristesse à vivre, comme moi, absent et mécontent de tout ce que je voyais ; à être si loin du lieu où j'étais; à parler sans savoir ce que je disais; à marcher sans voir ma route ; à soupirer même sans m'apercevoir que je soupirais? Et, quand j'étais tourmenté par cette douleur sortie des eaux du Tartare, et que j'éprouvais ce mal, le plus douloureux de tous , et qui, cependant, a changé souvent mes âpres colères en de douces afflictions, alors , tantôt emporté par l'excès de la souffrance, je voulais et ne voulais pas cesser d'aimer et porter ailleurs, par vengeance, mes désirs désespérés, qui depuis longtemps ne Ipouvaient plus changer ; tantôt je me replongeais dans le regret du passé, tourment pur, doux et mélancolique, qui transformait ma douleur en tristes larmes d'amour.
« Je ne cherchais d'excuses que pour moi seul; car le doux amour ne me permettait pas d'apercevoir la moindre faute dans l'objet aimé, et si tendrement aimé 1 C'étaient là tous les remèdes qu'inventait la crainte de la douleur, qui enseignait â ma vie à se nourrir d'illusions. Ainsi s'écoula une partie de mon existence, durant laquelle, si j'ai goûté quelques courtes satisfactions, imparfaites, timides, honteuses, ce n'a été pour moi que la semence d'un long et amer chagrin. Ce cours non interrompu de souffrances, ces
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pas toujours vainement fourvoyés , ont fini par éteindre en mol le goût ardent et si profondément enraciné des pensées amoureuses dont s'est nourrie ma tendre nature, qui, par une longue habitude des rigueurs qui surpassent les forces humaines, s'est enfin convertie en un goût constant pour la tristesse.
« Ainsi, je diangeai ma vie; je changeai , non : ce ftit le Destin cruel qui la changea dans sa colère; car mioi, malgré mes saaîfrances, je ne Tauraj^ pas changée. G*est lui qui me força d'abandonner ma patrie^ ce nid tant aimé (4), et me fit traverser les vastes mers qui, plus d'une fois, ont menacé mes jours. Tantôt j'eus à subir les plus rares efiéts de la colère de Mars, qui voulut tout d'abord que mes yeux vissent et ressentisMnt les coups les plus cruels. On peut voir, en effet , imprimées sur mon écu les traces du feu ennemi (%), Tantôt j'errais, pèlerin vagabond, au milieu de peuples de langues, de coutumes, decieux et de caractères divers, et cela pour te suivre d'un pas diligent. Fortune inconstante, qui consumes nos années en nous. présentant des espérances qui, de loin, brillent comme^des diamants, etjqui, tombées de tes mains, ne sont plus qu'un verre fragile.
a La pitié des hommes me manqua. Je vis, au premier péril, mes amis se tourner contre moi. Au second, je ne trouvai plus de terre où poser mon pied. On me refusa l'air pour respirer. Enfin, le temps et le monde me manquèrent. Quel mystère inoompr^ensible! naître pour vivre, et m'apercevoir que je| manquais, pour vivre, de tout ce que le monde possède à cette fin 1 Ne pouvoir pas même me débarrasser de cette vie, que j'ai si souvent risquée! 11 n'y a pas de détresse, pas de dangers, pas de tristes événements, pas d'injustices commises par ceux que l'ordre confus du monde et d'anciens abus élèvent au-nlessus des autres, que je n^aie soufferts, attaché à la fidèle colonne de ma souff^rance, ce pilori que l'implacable persécution du malheur a mille fois brisé et relevé de son bras puissant.
(4) « 0 patrie ninho amado. » Bstpreesions favorites de Gamoens» qu'il a répétées dans les Im^Mu, et dans le sofinet cLXvni, que nous citerons plus loin.
(2) Allusion à la blessure qui lui fit perdre un œil.
« Je ne raconte pas ces mau]}: comme ie mateiol , après une violente tempête, raconte ses périls dans un port joyeux. Aujourd'hui même, la Fortune houleuse me soumet à de si grandes misères, que je crains de hasarder un seul pas. Je ne cherche plus à détouroer les disgrâces qui m'arrivent; je ne prétends plus au bien qui me manque. Pour moi, toute Fhabileté humaine ^st impuissante ; c'est d'une force souveraine , c'est de la Providence divine que je dépends. Cette pensée, bien claire pour moi, m'offîre souvent une consolation dans mes malheurs ; mais quand, vaincu par la fragilité humaine , je jette un regard sur le coufs du temps (1), et n'en rapporte que le souvenir des années si tristement écoulées , alors l'eau que je bois et le pain que je mange se changent en larmes amères, et je ne puis càimoç ma douleur qu'en laissant ma fantaisie se créer de chimériques peintures de joie.
c S'il était possible que le temps , comme la mémoire, retournât en arrière, et repassant sur les vestiges 'du premier âge, me ramenât près des fleurs que j'ai vues dans ma jeunesse ! S'il était possible qu'un jonr le souvenir de m^ mélancolie présenta dpvtnt mon plus doux contentement! S'il se pouvait que je retrouvasse la joyeuse et suave conversation de mon amie , qui ouvrit à la fois mon intelligence et mon cœur! que je revisse la campagne , nos promenades , ses signes d'intelligence , ses regards, sa beauté de neige et de rose, sa gr^, sa dou^ur, son exquise politesse, et cette amitié sincère qui détournait toute idée basse, toute intention nnpore et terrestre, amitié telle que je n'en vis plus depuis lorsî... Ohl vains souvenirs I où emportez-vous ce feible cœur, dont je ne pois encore dompter les vains désirs?
< Rien de plus, Gan^âo; rieq de plus! car je pourrais parler ^ÙQsi mille ans sans m'en apercevoir ; et si, par hasard , on t'ac- <!Q8e d'être longue et fastidieuse , réponds que l'eau de la mer ne psut tenir dans un vase étroit. Je ne chante pas de feintes galan-
(4) Je lis :
Ot olho* no que corre , e nâo aifM|iÇ« ,
et non,
Os olhoê na qno corre, € nAo alcançii,
qui offre un mauvais sens.
3ao VIE
teries , dans un vain désir de louange; j'expose des choses vraies. et qui me sont arrivées. Plût à Dieu que ce fussent d^ fables et des songes l »
Gamoens a plusieurs fois insisté sur la réalité de ses poésies amoureuses. Voici la fin de son premier sonnet destiné à servir de préface au recueil de ses Rimas, que quelques - uns ont appelées : Tristes en matière iT amour :
a ...0 vous, queramoiu* soumet à des volontés changeantes, quand vous lirez dans ce livre peu étendu des événements a' divers, sachez que ce sont de pures vérités et non des fiaibles. Sarvant que vous connaîtrez l'amour, vous aurez Tintelligence de mes vers (4). »
C'est dans cette pénible situation de cœur, à trois mille lieues de son pays, que Camoens reçut la seule nouvelle qui put aggraver ses peines : celle quil aimait n'existait plus.
Nous pouvons juger de la violence et de la durée de sa douleur par le nombre des poésies dans les* quelles il a déploré cette perte. Six de ses sonnets (a), une églogue (3) et deux de ses sextines (4) ont immortalisé ses regrets. Toutes ces pièces sont empreintes de la douleur la plus vive, de l'abattement le plus profond. Voici un de ces sonnets, dont
(4) Voy., sur le même sujet, le sonnet glxxxii.
(2) Les sonnets, xix, xxix, xcii, glxxiv, clxxxvi, ccxxx.
(3) La quinzième.
(4) La troisième et la quatrième.
DE CAMOENSk 3^1
presque tout le mérite consiste malheureusement dans une ravissante mélodie, qu'aucune traduction ne saurait rendre.
SONNET xn.
c 0 mon âme charmante (4), qui as pris si tôt congé de cette triste vie, repose là-haut dans le ciel éternellement, et que je vive, iDoi, sor cette terre , toujours triste 1 Si là*haut, dans la demeure céleste où tu es montée, il est permis de se souvenir de notre monde, n'oublie pas Tamour ardent que tu as vu briller si pur dans mesyeox ; et, si tu crois que le chagrin qui m'est resté. du malheur sans remède de t'avoir perdue mérite de toi quelque retour, demande à Dieu , qui a abrégé tes années , qu'il m'enlève d'ici pour te revoir, aussi vite qu'il t'a enlevée. »
Dom José Maria de Souza, celui des biographes deCamoens qui a le plus attentivement étudié cette partie de l'histoire de notre poète, pense qu'il n'apprit la mort de sa maîtresse que longtemps après avoir quitté les Moluques, et seulement en 1 564 (^)- Voici nos raisons pour la placer ici.
Nous ne savons avec certitude que deux choses sur la maîtresse de Camoens : elle était dame du palais, et mourut jeune. Cette dernière circonstance a fait penser à plusieurs biographes qu'elle était morte avant le départ du poète pour Goa. Je ne puis admettre cette supposition, conti*edite par plu-
(4) Les traités de versification portugaise blâment très-ridiculement réquivoque de Aima minha et mcuninha.
(i) Voyez une lettre adressée par Dom Joze Maria de Souza à M. John Adamson. (Memoirs ofihe Ufe of jLuw de Camoens , t. I , p.%.)
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sîenra pièces évidemment composées dans l'Inde, et qai sont toutes pleines d'elle. On doit, pourao corder les vers du poète avec la tradition , n'éloigner la mort de cette jeune femme que le moins possible de l'arrivée de Camoens dans l'Inde. La dernière pièce qui lui soit adressée est la cançào sixième, écrite à Ternate, et à qui on peut assigner la date de i557. Nous croyons donc que la maîtresse de Camoens mourut vers 1 555 ; il fallut bien deux ans pour que ce malheur allât trouver notre poète k Texirémîté du monde.
Il est permis de présumer que ce fut alors qu'atteint d'une nialadie désespérée, il reçut dans un hôpital les soins qu'on accorde à l'indigence. Il ne revint à la vie ^ comme il nous l'apprend , que par un miracle égal à celui qui prolongea les jours du roi Éeèciiias (i).
Dans sa résignation douloureuse à ses malheofs passés, et dans l'attente de nouvelles peines, Camoens écrivit le sonnet suivant aux Moluques.
SONNET XGII.
« Que pouirai-je donc demander encore an monde, lorsque dans l'objet où j^ai placé un si grand amour, je n*ai vu que les rigueun, rindifiMrenœ et enfin tei mort, que rien ne peut surpasser? Pideqw je ne suis pas encore rassasié de la vie, puisque je sais déjà qu'me ^nde douleur ne tue pas » s'il existe une chose qui cause de plos grandes angoisses, je la verrai ; car je puis tout voir. La mort, pour mon ma^ur, m'a d^à mis en sûreté contre tous les maux. J'ai d^i
Il ail iiii I I II
(4) Voy. iMsiadas, cant. VII«, oit. 80.
perdQ 00 qui m'a eoseigoé à perdre |a crainte. Je n'ai vu dans la vie que la manque d'aïqoiir ; je n'ai vu dans la mort que la grande douleur qui m*e6t restée. Il semble que pour cela seul je sois né. »
Ces pressentirpenta, qui annonçaient à Camo^ns d'autres infortunes, ne furent pas trompés. Cependaoty pour quelque temps, sa position s'améliora. FniDcisço Barreto fut remplacé, le 3 septembre i558, par un prince du sang royal , Don^ CpQstantino de Bragança, frère de Dom Theodosio, qui avait montré à Lisbonne de F estime pour le talent de Camoens. Ce vice-roi se hâta de réparer les torts du dernier gouverneur, et nomma Camoens curateur des successions vacantes à Maoao. M. Franeisco Alexandre Lobo, apologiste trop indulgent des ennemis de notre poète , veut qu'il ait dû cette &veur à Barreto ; mais cette supposition est contredite par tous les témoignages. Qarreto n'était que gouverneur, et ceux des historiens qui rapportant pe fait sans nommer Dom Constantino, attribuât unanimement pet acte de justice au vice-roi.
Camoens se rei^dit à son poste à Macao en 1 559. Cette jolie ville, den^i-portùgaise et demi-chinoise, ne Ésiisait que de naître. Notre poète put jouir pendant dix-huit mois, dans ce séjour, d'un de ces intervalles de tranquillité et d'aisance qui ont été si rares dans sa vie. C'est là, dit-on, qu'il acheva en partie ses Lusiades.
Il vécut, toutefois, très-retiré dans cette ville,
tput occupé de son poème et du souvenir de sa mai-
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tresse. Lui-même Ta dit dans un charmant sonnet : « Aimer, c^est marcher solitaire au milieu du monde (i). »
On montre encore aujourd'hui à Macao une grotte qui a conservé le nom de Camoens. Suivant une tradition reçue dans la ville, il se retirait souvent dans cet endroit solitaire pour travailler à son poëme et se livrer à ses pensées :
SOFTNET eu.
« Tout le monde me juge un homme perdu, en me voyant si profondément livré à mes soucis, marcher toujours séparé des hommes et négligeant toutes relations humaines; mais moi qui ai connu le monde et qui ai été presque écrasé par lui, je tiens pour bas, grossier et abusé celui dont Tâme ne grandit pas sous un mal tel que le mien. Qu'il retourne afi&rontor la terre, la mer et les vents; qu'il cherche honneurs et richesses sous d'autres climats, domptant le fer, le feu, le froid et le chaud! Moi, tout à Tamour, je me contente de tenir sculpté pour l'éternité votre charmant visage an fond de mon cœur. »
Ce lieu , que les gens du pays nomment aussi la Grotte de Patanéy est situé à peu de distance de la ville. Plusieurs voyageurs, notamment Eyles Irwin (2), et plus récemment M. Bienzi (3), en ont
(4) Sonnet Lxxu.
(2) Voy. sir William Ouseley's OrienUil collections, vol. I, p. 426. — Lord Macartney , Voyage à la Chine, trad. française, 2« édit., t. IV, p. 479. — Huttner, t. V® du voyage précédent. — EUis, Voyage en Chine, trad. fr., t. II, p. 274. — De Guignes, Voyagea Péking,t.III,p.484.
(3) Ce voyageur eut, en 4828, l'idée de consacrer ce lieu poétique par un monument. On a rendu comptedansla Revue des Deuay
DE GAMOBN8. 3aS
donné des descriptions et des dessins. La grottei proprement dite, occupe la partie inférieure d'un roc élevé, qui est aujourd'hui enclavé dans un .vaste jardin. Ou pénètre dans ce réduit par une haute et large ouverture pratiquée entre deux montants de pierre, sur lesquels s'appuie transversalement un bloc énorme de granit. Une ouverture cintrée, beaucoup plus haute et plus étroite que la première^ est pratiquée d'un des côtés du roc, et permet de monter au sommet. De cette espèce de belvédère naturel, la vue s'étend au loin sur la mer et les iles voisines. Ne semble-t-il pas que ce soit là précisément cet antre isolé, cette grotte déserte que Camoens, dans un accès de mélancolie farouche, appelait si ardemment par ces beaux vers?
SONNET GLXXXI.
< Où trouverai-je un lieu tellement écarté , tellement à Tabri de toupies souilles du Sort , qu'il ne soit point fréquenté , je ne dis pas par les hommes , mais par les bétes féroces \ quelques taillis effrdyants et sombres , une forêt solitaire, triste, obscure , sans claire
Mondes (n* de novembre 4 831 , ^'^ i^dit.), de cet hommage payé à la mémoire de Camoens. Malheureusement, d'après les termes mêmes liurécii, on ne peut guère louer que le bon vouloir. Il parait que M. Rienzi a, dans les meilleures intentions du monde, rendu presque méconnaissable la grotte du poète : « Il a fait, dit-il, creuser une niche de plus de six pieds de haut sur cinq de large, à l'endroit même où venait s'asseoir Camoens rêvant à son poëme. » Le granit fut ^Ué par le ciseau et le monument aurait été complet, si le maître du jardin (grâces lui soient rendues !) n'avait arrêté le zèle monu-uienial du trop impétueux admirateur de Camoens.
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fontaine, sans agréable verdure ; enfin an lien oonforme à mes soucis ^ afin que là, dans les entrailles des rochers, à la fois vivant et mort, enseveli et vivant , je puisse me plaindre sans mesure et sans contrainte! Là , du moins , puisque ma peine est sans remède, je ùe serai pas triste dans des jours gais , et des journées entiètade tristesse me rendront content. »
Le vice-roi Dom Constantino ne se contenta pas d'avoir placé Camoens à Macao. En i S6o , il le rappela k Goa , où notre poëte espérait rapportai^ là petite fortune qu'il avait amassée dans sa place, ou 9 comme il est plus probable , dans une heureuse spéculation commerciale; mais un nouveau malheur Vattendait en route. Sur les cotes de la Cochinchine , dans la baie de Camboge, son vaisseau toucha sur un écûeil et fut mis en pièces. Grâce au calme de la mer, Camoens parvint à gagner, sur une planche brisée, les bords du fleuve Mécom, ne sauvant de ce naufrage que ses Lusiades. Je lis, mais "dans un seul auteur (i), qu'il eut un compagnon de salut : c'était cet esclave de ïava qui le servit si âdèlement jusqu'à la mort. Ce renseignement est pour moi d'un grand prix. J'aime à voir commencer par cette communauté de périls Taffection si touchante du Javanais et de son maître; j'aime à penser qu'ils se durent mutuellement la vie, et que c'est peut-être aux efforts de ce pauvre serviteur inconnu que l'Europe est redevable de la conservation dès Zë^ta^^. Nicér<m, ou ]^ntot
(4 ) Nicéron (Mémoires , t. XXXYII] , répété par lord^Crangford.
Tauteur portugais de l'article infiéré dans ses Mémoires, nomme Jean cet esclave auquel Pedro de Mariz, ManoeldeFaria eSouza(i) et la commune renommée ont attribué le nom d^Jtnionio, désormais impérissable. Le souvenir de cet événement a inspiré à Gamoens de mélancoliques actions de grâces dans le diaèrne chant des Lusiades.
««TAVJB CXKVUI.
« Fleuve secourablel Un jour tes rives j>aisibles recueilleront d'un triste et lamentable naufrage des chants déjà mouillés de Tonde amère , seul débris échappé aux écueils, aux tempêtes , aux dangers sans nombre et à toutes les misères qui accableront cet exilé dont la lyre harmonieuse aura plus de renommée que de bonheur.»
Les deux naufragés furent reçus avec hospitalité par les familles chinoises établies au bord du fleuve Mécom. U parait que ce fut sur cette rive étrangère que Camoens composa ses Redondilhas merveilleuses, selon l'expression de Lope de Vega(a), belle et touchante paraphrase du psaume 1 36, Super ftumina RaJbjlouis (3) . Dans cette pièce il passe en revue sa vie et ses malheurs : Il suspend sa flûte aux saules et dit adieu au chant. C'est dans cette glose poétique que se trouve un long et gracieux morceau sur le pouvoir de la musique , qui n'a
(1) JUma< oortc», t. III. p. 479.
C2) Prologue du poëme de Samir-Isidùre.
(3) D a composé sur le même texte les sonnots ccxxxvii ,
GGXXXVIIl , CCXXXIX et CGLXXXII.
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de comparable que les vers de Shakspeare dans le cinquième acte An Marchand de Fenise. Voici une de ces charmantes strophes :
. « On me demandait pourquoi je renonçais au chant et à la musique que je pratiquais à Sion ; car le chant aide toujours à faire oublier quelques peines passées, n chante ^ celui qui chemine gatment dans le chemin pénible ; efifrayé de l'obscurité du bois épais et de la nuit , Thomme craintif chasse la peur en chantant. Le prisonnier chante doucement en frappant sa chaîne pesante ; il chante le joyeux moissonneur; et le journalier qui travaille, s'il vient à chanter , sent moins le poids de sa tâche. »
Camoens , à peine remis et séché de son naufrage , se confia de nouveau à la mer : il passa d'abord à Malaca, où Ton trouvait pour Goa des occasions fréquentes; enfin il arriva dans cette ville en i56i.
Il s'acquitta généreusement de ce qu'il devait au vice-roi , en lui adresant les fameuses stances : Comonos vossos hombros (i), imitées de l'épître d'Horace à Auguste : Quando sustineas — dans lesquelles il célèbre surtout la conquête récente de la ville de Damao. Notre poète, en louant l'administration de Dom Constantino, ne fiit sans doute pas fâché dé pouvoir régler honnêtement ses comptes avec celle de Barreto. Cependant, quoique le blâme du prédécesseur résonne toujours agréablement aux oreilles de celui qui lui
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succède, Camoens eut la généreuse délicatesse de ne pas prononcer le nom de Tanden gouverneur. C'est dans ce temps de demi-prospérité que Camoens donna l'agréable festin poétique dont le menu nous a été conservé dans ses œuvres. Il invita plusieurs amis, dont nous savons les noms : Dom Francisco d' Almeyda, Dom Yasco de Âtayde, Heitor da Sylveira, surnommé Draco, Jean Lopes Leitâo (i) et Francisco de Mello. Il les reçut dans une salle disposée avec élégance, et les fit asseoir devant une table bien servie ; puis quand on vint à découvrir les plats, chaque convive, au lieu de mets, trouva une stance à son adresse. Nous avons toutes ces petites pièces de vers avec les réponses impromptu qui y furent faites.
Il ne faut pas s'étonner de trouver dans un écrivain aussi mélancolique et aussi malheureux que Camoens, de pareilles traces d'enjouement. Ces contrastés sont très-naturels. On peut citer du même poète plusieurs morceaux empreints d'une naïve gaieté, l'épisode de Yelloso, par exemple, dans les Lusiades. Les traits bouffons abondent dans les trois comédies qu'il nous a laissées : il a même pris quelquefois les peines amoureuses du côté comique. Nous avons de lui deux sonnets espagnols, qui ne diffèrent que par quelques variantes (le gglx"" et le Gcxcix^), sur une larme qu'une dame un peu rail- Ci) Celui à qui Camoens a adressé le sonnet cxxxrv.
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leuse lui avait envoyée entre deux assiettes. De tek badinages prouvent que Gamoens était loin d'être naturellement ou systématiquement mélancolique. Son àme, au contraire, était ouverte à la gaieté , comme à toutes les impressions vives y et s'il se montre plus ordinairement triste, c'est que le Sort l'a voulu ainsi.
Le 17 septembre de cette année (i 56 1)^ le viceroi Dom Constantino fut. rappelé et eut pour successeur Dom Francisco Oontinho, comte do R&dondo. La politique de ce nouveau vice-roi rendît quelque influence aux partisans de l'ancien gouverneur, Francisco Barreto. Les ennemis de Gamoens se réveillèrent. Ne sachant comment l'attaquer, on l'accusa de malversation dans l'exercice de sa charge à Macao. On l 'emprisonna; maïs l'examen de sa conduite ne pouvait qu'apporter la preuve éclatante de sa probité. Elle fut reconnue. Alors une des créatures de Barreto , SCguel Rodrigues , surnommé , soit à cause de son avarice, soit à cause de sa dureté, Fios seccos (fils secs ) , le fit retenir en prison , suivant Pedro de Mariz , pour une ancienne dette de aoo creuaades. Faiia e Souza , qui a écrit son comnoentaire en espagnol , ne parle même que de quelques maravedis. Nous trouvons dans Diogo do Couto un renseignement qui explique la mauvaise humeur de ce Fios Seccos. Cet homme avait eu , sous l'administration de Barreto, le commandement de dix
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vaisseaux de gueiTe, et il avait perdu cet avantage à l'avéoement du nouveau vtoe-rai ( i ).
Gamoens prit cette mesquine persécuticm du coté plaisant : il adressa au comte do Redondo un plaœt comique, où il jouait k chaque vers sur le so*briquet de Fios Seccos : c'est, je crois, la seule épigramme nominale qui soit échappée à Camoens. 11 terminait ces Tn^pos ou couplets, en priant le vice^roi, qui était prêt à s'embarfoer pour une expédition, de vouloir bien le désenUfarguer^ afin qu'il pût prendre part à la campagne. Cette* plaismterie^it son effet. Il recouvra sa liberté.
On a dit que Camoens ne recourut que cette seule fois à la bourse des grands. Je crois que, dans oetle occasion aiéme, il s'adressa beaucoup plus à Tautorité qu'à la bourse du vice^oi. Ce qui a causé peut-être la méprise de Dom José Maria de Souza, c'est qu'une autre requête en vers, écrite et pré* Mitée à Dom Francisco par Heitor da Sylveira, a été insérée dans les œuvres de Camoens. Ce placet s'adressait effectivement à la bourse de Coutinho. Gamoens apposa au bas, comme apostille amicale, les vers suivants :
c De doctes livres nous apprennent quela colère du grand Achille doniiA la mort & l'Hector troyen. Voflà maintenafDt que la fahn va tuer notre Hector Insitanieti. H court risque d'être accablé par son adversaire , si votre main secourable ne s'interpoee et ne met les combattants hors de lice. »
(0 Ihc. m, liv. VII, cap. 4.
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Il nous reste une autre preuve du noble emploi que Camoens faisait de son crédit. Cest une ode où il recommande à la bienveillance de Dom Francisco un grand naturaliste maltraité par la fortune, le médecin Garcia da Orta^ auteur d'un ouvrage très-estimé sur les plantes de l'Inde. N'est-il pas touchant de voir Camoens, si souvent exposé à la pauvreté, solliciter des grâces pour autrui , lui dont la muse pleine de fierté ne demanda jamais rien pour luimême? En comparant le texte de cette ode imprimé à Goa en 1 563, avec celui que nous lisons dans ses Rimas, on peut juger, par le nombre des variantes, du soin que Camoens apportait à perfectionner ses moindres écrits. On a une autre preuve de ce soin : le sonnet adressé en 1 672 à Manoel Barata, auteur de Yyàrt de V écriture et imprimé d'abord dans ce livre, se retrouve dans les œuvres de Camoens avec de notables corrections.
Depuis son retour de la Chine jusqu'à son départ de l'Inde, Camoens, tous les étés, s'embarquait régulièrement sur les flottes de l'État et revenait hiverner à Goa, se reposant, en faisant des vers, de la fatigue de ses expéditions maritimes. C'est probablement dans une de ces comtes qu'il séjourna quelque temps à Damâo, où il adressa sa treizième élégie à la jeune et belle Dona Maria da Figueira, qui habitait cette ville avec son père, mestre Melchior^ et qui était, à ce qu'il semble, née dans Tlnde. Quelques critiques attribuent an
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séjour de Gamoens à Damâo, où ia population indienne était assez nombreuse , et à sa résidence à Goa, où il dut être fort mêlé aux Canarins, quelques expressions de ses poésies qui semblent prises aux Gymnosophistes et aux Brahmanes de Tlnde^ telles, par exemple 9 que la distinction qu'il fait en plusieurs endroits du monde visible et du monde in' telUgible où Von jouit de la joie et du bonheur par* fait ( i). On peut rapporter aussi à cette époque ses dernières amours. Il est probable que ce (ut dans ce temps de calme qu'il s éprit d'une passion, que ses biographes n'ont pas assez remarquée, pour une belle habitante de Goa. Au sujet de cette surprise de l'amour, il composa le sonnet suivant :