SONNET XXX
« L'amoureux et doux petit oiseau , qui arrange ses plumes avec son petit bec , gazouille des vers irréguliers , joyeux et vils sur un rameau rustique (2). Le cruel chasseur, qui se détourne du chemin à pas silencieux et lents , ajuste sa flèche d'un œil prompt et change Faimable nid en un tombeau. Ainsi le cœur qui était libre, quoique de loin prédisposé , a été frappé quand il craignait le moins de l'être. En effet , l'aveugle archer , pour me surprendre , m'attendait caché dans vos beaux yeux. »
(4 ) Voyez entre autres , les Redondilhcis , sur le psaume 4 36.
(9) Camoens a employé plusieurs fois cette gracieuse image du petit oiseau (passarinho). Dans la cançào douzième , il met la musique sans art des simples petits oiseaux que l'on entend avec délice dans les bois touffus , au-dessous de la douce voix de sa maîtresse ; et dans la cançâo seizième , il compare ses désirs qui s'enflamment aux passereaux qui s'excitent entre eux au chant.
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La nouvelle paa&ion de Camoens paraît avoir été partagée; mais son bonheur fut de courte durée; sa maîtresse se trouva presque aussitôt obligée de s'embarquer pour l'Europe. Notre poète a exprimé ses regrets dans les deux sonnets suivants :
SONNBT GLXVin.
a Hélas I amie craelle, pouvex-vous quitter ainsi votrs terre natale? Hélas 1 qui vous exile du nid aimé, gloire des yeux et bonheur de la pensée? Vous allez tenter le mouvement de la fortune et affronter les vents cruels, voir des cavernes d'oodes, des montagnes de flots soulevées par un vent , puis par un autre vent 1 Mais puisque vous partez sans partir , que le ciel vous départe tant de bonheur , qu'il surpasse celui que vous espérez 1 Soyez seulement bien assurée de cette vérité , c'est que vous causez plus de regrets par votre départ, que vous n'emportez de désir d^airiver. »
SONNET un.
a Nise venait de se séparer de Montano; mais , tout en partit, elle était demeurée au fond de son âme ; car le berger gardait-oonstamment dans sa mémoire les traits de sa maltresse et all^eait un peu sa peine par cette illusion. Au bord d'une plage de l'Océan indien , il s'appuyait sur un bâton recourbé et allongeait ses regards sur les eaux, qui compatissaient peu â sa perte ; Puisque, malgré ma douleur et mes regrets , disait-il , celle que j'adore 9 voulu me quitter, je vous prends à témoin , ciel et étoâes I St vous, ondes, si vous êtes capables de pitié , emportez aussi les pleure que je répands , puisque vous emportez la cause qui me les fait verser. »
J'ai dit que Tamour de Camoens fut partagé; le sonnet suivant en est la preuve :
SONNET XGIX.
« Le rayon de cristal qui précède l'aurore aux milles teintes se répandait sur le monde , quand Nise , bergère délicate , partait du
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lieu OÙ elle laissait sa vie. Soulevant ses yeux baignés de larmes , dont rédat obscurcissait le soleil j s'en prenant à elle, à la destinée , au temps ; la vue 6xée sur le ciel , elle disait : Lève-toi . soleil serein , lève-toi pur et brillant l resplendis, aurore blanche et empourprée , qui égaies toute âme soufflnante 1 Mais quant à la mienne , sadie que , dorénavant , jamais dans cette vie tu ne la verras satisfaite , et que tu ne rencontreras nulle part une bergère aussi afifligée que moi. »
Cette cruelle séparation fut suivie d'une affreuse catastrophe. La jeune femme périt dans la traversée par un naufrage. Camoens a exhalé sa douleur dans les vers suivants :
SONIfJET CUCXIIl.
« Le ciel , la terre , les vents étaient endormis; les ondes qui s'étendent sur le sable , les poissons que le sommeil engourdit au sein de la mer, reposaient dans le silence de la nuit. Le pécheur Aonio , couché près d'un endroit où l'eau se ridait sous la brise , prononce en pleurant le nom chéri qui ne peut plus être que prononcé : Ondes , disait-il, avant que l'amour me tue, rendez-moi ma nymphe, que vous avez faite sitôt sujette à la mort. Personne ne lui répond. La mer bat au loin la grève ; le bocage s'émeut doucement ; le vent emporte la voix qu'il jette aux vagues. »
SOimBT XXIII.
c Chère ennemie, dans les mains de laquelle la fortune avait placé mon bonheur, il t'a manqué une sépulture sur la terre , pour qu'il me manquât à moi , une consolation. Ëtemellement les eaux posséderont ton incompréhensible beauté; mais tant que ma vie durera , Ui vivras dans mon âme ; et puissent mes vers grossiers avoir assez de durée pour te promettre une longue histoire de cet amour si pur et si vrai ! Tu seras toiyours célébrée dans mes chants,
et tant qu'il restera de la mémoire au monde , mes écrits seront ton inscription funéraire (4 ). »
Enfin, on ne peut guère douter qu'après avoir perdu cette seconde maîtresse, notre poète, vieillissant comme Anacréon , ne se soit abandonné pour une belle esclave indienne, nommée Barbara, à un amour qui paraît avoir été plus sensuel que passionné. Dans une ode érudite (la dixième), il accumule tous les exemples qui peuvent excuser sa faiblesse ; il cite Salomon, Àristote, et surtout le vaillant Achille , qui aima une captive troyenne. Cette ode, un peu pédante, ne vaut pas les Endechas que lui inspira ce dernier attachement, qui calmait son âme et où il croyait trouver la fin de tous ses maux :
ENDECHÂS