CAL'SERIES IIISTOIIIQL'ES
montrent implacables, que les villes prises deviennent des tojïiheaux! Leur Dieu est le dieu jaloux ! sa loi ne peut se concilier avec aucune autre loi ! pour elle, la question est celle d'Hamlet : Être ou ne pas être.
La patrie est ainsi toujours identifiée avec la religion ; celle-ci est la véritable frontière des Juifs. Pour les empêcher de se confondre avec les autres peuples par les intérêts positifs, il ne fallait pas moins que cet intérêt divin.
Les rois eux-mêmes, malgré leurs infidélités, conservent cette tradition nationale jusqu'au jour où la nation périt. On se rappelle David dansant et chantant devant l'arche. Dans une autre occasion où les Philistins occupaient le pays, il dit en riant qu'il voudrait boire de l'eau de la citerne de Bethléem. Pour en puiser, il fallait traverser l'armée ennemie ; trois de ses officiers le tentent et lui rapportent l'eau qu'il avait désirée ; mais David les remercie en s'écriant :
— Je ne boirai pas une eau achetée avec le sang de mes frères I
Et il l'offrit à Dieu ! Il voulut que le dévouement des soldats fût, non pas pour lui, mais pour la patrie, confondue dans le Seigneur.
Aussi, écoutez comment il le remercie après cette vie-
ET LÎTTÉEAIBES TA
toire remportée' sur les Philistins, où. selon 1 ener^que expression du livre de Samuel, sa mnin i'cit fasMedc tuer jusguà demeurer attachée à la garde de .'on épéef
CAynQVE. DE DA',TD
L'Éternel est mon rocher, ma forteresse et mon libérateur... ; il est mon bouclier et la force de mon salut ; il est ma haute retraite, il est mon asile...
Les liens du sépulcre m'avaient emironnê, les filets de la mort m'avaient surpris... J'ai crié vers l'Étemel; il a entendu ma voix... Il a baissé les deux, il est descendu sur les nuées... H a étendu antour de loi les ténèbres comme une tente... Il a tiré ses flèches, il a écarté mes ennemis...
L'Étemel m'a rendu selon ma justice et ma pureté^ car j'ai suivi sa voie et je n'ai pas commis d'infidélité contre mon Dieu... J'ai eu devant les yeux tous ses ordres et je ne me suis détourné d'aucune de ses lois...
Éternel, lu es bon avec C". ^: : ai *^\ L^i'H : in es juste avec celui qui vil dans l'int-j^./.^... Tj sauves le peiiple affligé et tu abaisses les yeux des ? :' :': s.
Tu es ma lampe, ô Éternel, et reras mes té-
nèbres.
Avec loi, je me jetterai sur toute une troupe et, avec mon Dieu, je franchirai la muraille... Le Dieu fort est ma force, il a aplani li route devant moi ; il a rendu mes pieds aussi prompts que ceux de la biche... Il a
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tellement dressé mes mains au combat, qu'elles ont pu rompre un arc d'airain...
J'ai poursuivi mes ennemis et je les ai exterminés... Ils regardaient çà et là, mais il n'y avait point de libérateur... ; et je les ai brisés comme la poussière de la terre ; je les ai foulés aux pieds comme la boue des chemins !...
L'Éternel est vivant et mon rocher est béni...
Yoilà le vrai chant national des Juifs ! et ce chant, vous venez de l'entendre, il n'a qu'un inspirateur, qu'un but : le Dieu créateur et rémunérateur.
Cette citation nous fait entrer de plain-pied dans la forme littéraire des Hébreux, et, dès le premier pas, nous sentons que c'est là un monde à part. Mais nous n'avons encore indiqué qu'un coin de cet immense poëme dont le peuple de Dieu est le héros.
Le littérateur qui pénètre dans l'Ancien Testament ressemble à ces premiers navigateurs qui abordaient des régions inconnues. Leurs yeux demeuraient d'abord éblouis des végétations luxuriantes, des grands fleuves, des horizons noyés de lumière ! puis insensiblement ils s'y accoutumaient, et les caractères distinctifs de ce nouveau monde finissaient par les frapper. Il en est de même pour la littérature des Hébreux. On a dit poéti-
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quement que le génie de chaque peuple était une lyre montée de cordes différentes et plus ou moins nombreuses ; en continuant l'image, on pourrait déclarer que la lyre hébraïque a quatre cordes qui lui sont propres :-ce sont les quatre traits particuliers du caractère de la race passée au caractère de la littérature, les quatre sources spéciales auxquelles l'inspiration puise à la fois ou tour à tour.
La première de ces sources est le pittoresque !
On sent que ce peuple a vécu dans les pâturages de la Mésopotamie ou au fond des rustiques vallons de la Judée, en communication constante avec la nature. Les formes extérieures sont devenues les symboles ordinaires deses idées; les cèdres et l'hysope, les étoiles et les nuées paraissent des mots obligés de son dictionnaire ; il ne les emploie pas comme des figures, mais comme des expressions habituelles. L'image n'est pas juxta-poséc à l'idée, ainsi que nous le verrons dans les autres littératures, sous forme de comparaison ; elle traduit directement l'idée elle-même. En parlant d'un homme inique, un poète grec pourrait comparer à un puits la profondeur de son injustice ; le prophète juif l'appellera directement puits d'iniquité, et il ne croira pas avoir fait une image, il croira lui avoir donné son nom.
Ailleurs, quand Dieu parle de la manière dont il retint et gouverna les eaux élancées du sein de l'abîme au moment de la création, l'hébreu lui fait dire avec une énergie splendidement imagée :
Qui prit soin de la mer lorsqu'elle sortit du sein où elle avait été retenue ; lorsque je la couvris d'une nuée comme d'un vêtement, et que je l'environnai de vapeurs obscures comme de langes et de bandelettes; lorsque je lui donnai mes ordres et que je lui opposai des barrières en disant : « Tu n'iras pas plus loin ? »
C'est ce même Seigneur que le prophète nous montre revêtu de lumière j^our manteau, et qui avertit les oppresseurs par ces mots :
Malheur à vous qui bâtissez vos maisons avec le sang du peuple ! la pierre criera contre vous du milieu de la muraille et les charpentes rendront témoignage.
Job dit aussi, en parlant du temps où sa richesse lui permettait de secourir ses frères :
L'équité de mes jugements était mon diadème... J'étais l'œil de l'aveugle et le pied du boiteux ; je brisais les dents de l'injustice et je lui arrachais sa proie.
Vous le voyez, l'expression est toujours une figure
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qui peint aux yeux la pensée, qui lui communique uno couleur et un contour.
Il résulte de l'habitude de ces formes hardies je ne sais quel relief splendide qui donne à la littérature des Juifs un éclat que l'on chercherait vainement ailleurs. Le génie de l'Orient lui-même, tel qu'il s'est révélé dans les Vcdas et dans le grand poëme persan de Firdousij n'a rien de ce pittoresque puissant. 11 étouffe presque toujours l'idée sous mille comparaisons entassées au hasard, tandis que le génie hébreu la sculpte, pour ainsi dire, en une image vivante.
Nous insistons sur ce point avec intention. On a tant répété que la littérature juive procédait de l'inspiration orientale, qu'il est bon de constater que c'est là une confusion ou une erreur. Même pour la forme, l'Ancien Testament ne procèdejque de lui-même, et le souffle ferme et sain qui le traverse n'a rien de commun avec les brises affadies de l'Inde ou de la Perse. Nous vous en ferons juger par une courte comparaison de deux fragments empruntés au livre des Juges et au grand poëme deFirdousi (le livre des7?o/6).Il s'agit, dans le premier, d'une expédition d'Abimélech, dans le second, d'une bataille livrée par Féridoux à ses oncles révoltés.
Voici d'abord le récit biblique :
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Abimélech se leva de nuit avec tout le peuple armé qui l'avait suivi, et ils se placèrent en embuscade près de Sichem, après s'être partagés en quatre bandes.
Alors Gahal, fils de Hebed, étant sorti de la ville, s'arrêta près de la porte, et Abimélech se leva avec tout le peuple armé.
Et Gahal, les ayant aperçus, dit à Zébul : « Voici une troupe qui descend des hautes cimes ; » mais Zébul lui répondit : « Prends-tu l'ombre des montagnes pour des hommes? »
Et Gahal parja encore et dit : « Voici une troupe qui arrive par la plaine et une autre qui suit le chemin des CJiénes aux devins. »
Zébul lui répondit : « Eh bien , as-tu peur ? Tu répétais hier encore : « Qui est cet Abimélech, que nous » nous montrions ses serviteurs ? » Voici ceux que tu as méprisés ; sors maintenant pour les combattre. »
Gahal sortit, conduisant les chefs de Sichem, et il combattit Abimélech.
Mais Abimélech le mit en fuite, le poursuivit, et plusieurs des siens tombèrent morts jusque sur le seuil de la porte.
Le jour suivant, Abimélech vint attaquer la ville elle-même ; il la prit, tua les habitants, fit tout abattre et sema du sel sur les ruines.
Et tous les chefs de la tour de Sichem se retirèrent alors dans un lieu fortifié qui était le temple du dieu Berith.
Mais Abimélech gravit la montagne de Tsalmon, suivi
(lu peuple armé ; il prit une hache, coupa une hranche d'arbre, la mit sur son épaule et dit : « Que tout le monde fasse comme moi. »
Chacun coupa donc une hranche et suivit Ahimélech jusqu'au fort, autour duquel tout le bois fut entassé. On y mit le feu, et les gens de Sichem y périrent. Ils étaient là mille environ.
Et, de là, Abimélech s'en alla à Tebetz, qu'il assiéga et qu'il prit.
Or, il y avait au milieu de la ville une forte tour où s'enfuissent les hommes, les femmes elles chefs du pays. Ils fermèrent la porte et montèrent sur la plate-forme pour se défendre.
Alors Abimélech vint attaquer la tour et voulut encore y mettre le feu.
Mais, une femme ayant lancé une pierre de meule, il eut la tête fracassée.
Et, ayant appelé sur-le-champ le jeune homme qui portait ses armes, il lui dit: «ïireton épée |et tue-moi, de peur qu'on ne dise : «Il est mort de la main d'une « femme I » Le jeune homme le perça donc de son épée et il mourut.
Et, ceux d'Israël , le voyant mort, s'en retournèrent chacun à son logis.
Ainsi Dieu fit retourner la méchanceté d'Abimélech sur lui-même, après avoir retourné la méchanceté des hommes de Sichem sur leur propre tète.
N'êtes-vous point frappés de la grande tournure de tout ce récit? Quelle sobriété et cependant que de cou-
leur! Quelle énergie dans chaque coup de pinceau. Comme on voit ce farouche Abimélech qui ne se donne même point la peine d'expliquer ses projets au peuple armé, mais qui lui dit : « Faites comme moi ! » Quel trait que ce dernier mot à l'enfant qui porte ses armes : « Frappe-moi, de peur qu'on ne dise : « Il est mort de )) la main d'une femme ! » Et comme la conclusion établit bien l'inflexible justice de Dieu, qui punit le méchant par le méchant.
Non, nous le répétons, ce n'est point là de l'orientalisme ! L'orientalisme, vous allez en avoir un échantillon, et nous l'empruntons au chef-d'œuvre du genre, à l'épopée de Firdousi^ le plus sage, le plus sobre et le plus simple des grands poètes persans.
Nous suivons la traduction de M. Mohl, qui passe, parmi les orientalistes, pour un chef-d'œuvre de fidélité.
Lorsque les ténèbres eurent remplacé le jour, Minoutcher envoya son avant-garde sur la montagne et dans la plaine. Raren le Brave marchait devant l'armée avec Serv, le roi de lemen, homme de bon conseil. Sa voix s'éleva devant l'armée : « 0 braves, ô lions du roi, sachez que ceci est un combat contre Ahriman, qui, dans son cœur, est l'ennemi du Créateur... Aussitôt que poindra la clarté du jour, vous ceindrez vos reins de héros^ vous saisirez vos massues et vos épées de Kaboul ;
chacun prendra son rang : aucun ne devancera de son pied les autres. »
Les chefs de l'armée, les grands pleins de courage, se rangèrent devant le roi au cœur de lion et lui dirent : « Nous sommes des esclaves et ne vivons que pour le roi ; ce qu'il nous ordonnera, nous le ferons sans hésiter ; nous convertirons avec nos épées la terre en un fleuve de sang. » Puis ils retournèrent vers leurs tentes, tous méditant des moyens de vengeance.
Lorsque la lumière commença à rayonner du côté du levant et à déchirer les ténèbres de la nuit, Minouicher s'élança du centre de l'armée, portant une cuirasse, une épée et un casque dellom. Toute l'armée poussa un cri ; ils levèrent leurs lances vers les nuages, la tête pleine de colère et les sourcils froncés; ils roulèrent sous leurs pas la surface de la terre comme un tapis. Le roi plaça avec art la gauche et la droite, le centre et les ailes de l'armée. La terre ressemblait à un vaisseau sur la mer, dont on dirait qu'il va sombrer. Le roi fit sonner les trompettes sur le dos des éléphants de guerre. La terre tremblait comme les vagues du Nil. Devant les éléphants se trouvaient les timballiers, bruyants et furieux comme des lions qui s'élancent ; tu aurais dit que c'était un banquet, tant y résonnaient les clairons elles trompettes. Les armées s'élancèrent comme des montagnes et s'avancèrent des deux côtés par pelotons. La plaine devint comme une mer de sang. Tu aurais dit que la surface de la terre était couverte de tulipes. Les pieds des éléphants de guerre s'enfonçaient dans le sang et paraissent comme des colonnes de corail...