‹ Causeries historiques et littéraires (volume 2)Chapitre 6 sur 44 · GO CAUSERIES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

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Le courage me manque pour continuer... N'en est-ce point assez et n'avez-vous pu déjà apprécier ce monument du génie oriental ? Faut-il l'avouer, ce qui nous frappe surtout dans cette poésie sans flamme , c'est l'exagération des idées, l'incohérence des détails, l'inappropriation des images aux situations qu'elles doivent traduire. Quelle imagination que de comparer le champ de bataille ensanglanté à une^e^owse émailléede tulipes! L'étrange idée, après avoir montré la terre tremblant au bruit des trompettes de guerre, que d'ajouter : Tu aurais dit que c'était un banquet ! Tout cela peut être de l'orientalisme ; mais alors plus que jamais nous répétons que le génie hébreu n'a rien à démêler avec le génie oriental.

Et la différence ne vient pas de ce que l'un est orné et l'autre simple, mais de ce que l'un marche au hasard, entremêlant tous les détails et toutes les figures avec une prolixité barbare, tandis que l'autre choisit et se borne. La Bible est, par instants, plus riche en métaphores que Firdousi lui-même ; mais la splendeur vient à sa place. Tout s'harmonise avec le sujet, tandis que la muse orientale passe sans cesse de l'enflure à la trivialité. Tout à l'heure son langage avait l'emphase du dithyrambe, maintenant il a la vulgarité d'une causerie de

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voisinage ; elle avait commencé par voiler, sous les comparaisons, les détails les plus nécessaires, et maintenant elle vous donnera en termes techniques les détails les plus intimes.

En voici un exemple, pris cette fois dans le Kouroucjlou. C'est le portrait du coursier arabe.

^ Yif et pétulant, vois si ses naseaux se gonflent et se dégonflent alternativement ; si ses jambes déliées sont semblables aux jambes de la gazelle prête ù prendre sa course. Ses hanches doivent ressembler à celles du chamois. Sa bouche sensible cède à la plus légère impulsion de la bride, comme la bouche d'un jeune chameau. Lorsqu'il mange, ses dents broient le grain et le front craque comme la meule qui tourne et il l'avale comme un loup affamé. Son dos doit te rappeler exactement celui d'un lièvre. Sa crinière est douce et soyeuse, son cou élevé se dresse comme celui d'un paon. L'époque la plus convenable pour le monter est entre la quatrième et la cinquième année. Sa tète est nette et petite comme la tète du grand serpent tchah - maur ; ses yeux sont saillants comme deux pommes; ses dents semblent autant de diamants... Ses membres sont délicatement contournés et offrent une forme plutôt arrondie qu'allongée... Son ventre et ses côtes doivent remplir exactement la sangle.

Opposez à ce tableau celui de la Bible :

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Est-ce vous (dit Dieu à Job) qui avez donné au cheval la force et le courage ? qui l'avez rendu terrible par un hennissement semblable au tonnerre ? Le rendrezvous inquiet et le ferez-vous bondir comme une sauterelle? Le voilà qui creuse du pied la terre, il est plein de confiance dans sa vigueur, il va au-devant des hommes armés. Il se rit de la peur, la vuedesépées ne peut le faire reculer. Incapable de se contenir, il frappe le sol et l'enfonce. Les premiers signaux de la trompette ne peuvent l'apaiser, et, quand le dernier signal est donné, il dit : « Allons !» Il a flairé d'avance le combat ; on dirait qu'il entend les ordres des chefs et qu'il écoute le bruit confus des armées !

Est-il besoin de faire remarquer où est la vérité, or. est surtout le pittoresque, que nous avions indiqué comme le premier caractère de la poésie hébraïque et dont nous venons de vous donner^ coup sur coup, tant de preuves.

Le second cachet de cette poésie est la naïveté. Son charme n'est pas évidemment le résultat d'un art appris, c'est le reflet de la vie même des Hébreux.

Cette vie, il ne faut pas l'oublier, a, dès l'origine, quelque chose d'agreste qui ne s'altère que vers la décadence, sous Salomon. Patriarcale en Mésoptamie, elle reste champêtre en Judée. Les villes n'étaient que

des bourgades ; les arts y avaient fait peu de progrès. Nous voyons dans le livre des Chroniques (§11, vers 7) qu'au moment de bâtir le temple, Salomon fut forcé de demander à Hiram, roi de Tyr, dos ouvriers qui sussent travailler les métaux et teindre les étoffes. Le peuple entier se composait de laboureurs et de bergers. De là cette simplicité naïve que Ton trouve revêtue de tant de charme dans les épisodes du Sacrifice d/ Abraham, de Ruth et ISocmi, de Rébecca à la fontaine.

Nous nous ari'èterons à ce dernier parce qu'il nous fournira plus tard l'occasion d'une comparaison intéressante avec un épisode de l'Odyssée , celui de Nausicaa.

Nous sommes au pays de Chanaan, Abraham a enterré sa femme Sara dans la caverne de Macpéla ; il a marqué près d'elle sa place ; il se sent devenu vieux

et il veut assurer sa postérité. Voici le récit de la Genèse (chap. 24) :

Abraham dit au plus ancien des ser\iteurs de sa maison, qui avait le gouvernement de tout ce qui lui appartenait : « Mets, je te prie, ta main sur ma cuisse.

» Et jure-moi par l'Éternel, le Dieu des cieux et le Dieu de la terre, que tu ne prendras point de femme

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pour mon fils parmi les filles du pays chananéen où J'habite;

» Mais tu t'en iras en mon pays et vers mon parentage et tu y prendras une femme pour mon fils Isaac. »

Le serviteur se mit en chemin après avoir pris dix chameaux d'entre ceux de son maître (car tout le bien d'Abraham était en son pouvoir) , et il partit et il alla en Mésopotamie, en la ville de Nacor.

Il fit reposer les chameaux sur leurs genoux hors de la ville, près d'un puits d'eau, sur le soir, à l'heure où sortaient les jeunes filles qui allaient à la source.

Et il dit : « 0 Éternel ! Dieu d'Abraham, mon maître, fais que j'aie une heureuse rencontre aujourd'hui et sois favorable à mon seigneur.

» Voici : Je suis près de cette fontaine et les filles des habitants de la ville sortiront pour puiser de l'eau.

» Fais donc que la jeune fille à laquelle je dirai : « Baisse un peu le vase que tu portes afin que je me » désaltère, » et qui me répondra : «Bois, et je donnerai » ensuite à boire à tes chameaux, » soit celle que tu as destinée à ton serviteur Isaac. Je connaîtrai par là que tu es favorable à mon seigneur. »

Avant qu'il eût achevé, voici qu'il vit sortir de la ville, avec sa cruche sur l'épaule, Rébecca, fille de Béthuel, lequel était né de Milca, la femme de Nacor, frère d'Abraham.

La jeune fille était d'une grande beauté et encore vierge. Elle descendit à la fontaine, remplit sa cruche et elle remontait de puiser de l'eau.

Alors le serviteur courut ù sa rencontre et lui dit : « Donne-moi, je te prie, à boire. »

Elle lui répondit : «Bois, mon seigneur; » et, ôtant sa cruche de dessus son épaule, elle la prit en main pour le faire boire; et, après qu'elle eiit achevé, elle dit : » « J'en veux puiser aussi pour tes chameaux jusqu'à ce qu'ils soient désaltérés. »

Elle vida promptement sa cruche dans l'abreuvoir, courut au puits et tira de l'eau pour tous les chameaux.

Le serviteur s'étonnait de la voir faire, mais ne disait rien ; car il voulait savoir si l'Éternel avait fait prospérer son voyage.

Quand les chameaux eurent cessé de boire, il prit une bague d'or qui pesait un ôcmi-sicle et deux bracelets de mains pesant dix 5ïc/e5^ et il les donna à la jeune vierge.

Puis il lui demanda : « De qui es-tu fille, je te prie? Y a-t-il dans la maison de ton père ujie place suffisante pour loger un étranger ? o

Elle lui répondit : « Je suis fille de Béthuel , né de Milca, la femme de Nacor.

» Il y a chez mon père de la paille, du fourrage et de la place pour un étranger. »

Le serviteur, se prosterna devant l'Éternel. 11 dit : « Béni soit l'Éternel, le Dieu d'Abraham, mon maître, qui a toujours été miséricordieux pour mon seigneur et , ne l'a jamais trompé.

» Je m'étais mis en chemin, et l'Éternel m'a conduit la maison des frères de mon maître. »

La jeune fille, qui était retournée à la maison de I. à.

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sa mère, rapporta les paroles qu'elle avait enlendues. Or, elle avait un frère nommé Laban, qui accourut vers l'étranger près de la fontaine.

Et il lui dit : «Entre, béni de l'Éternel! Pourquoi te tiens-tu dehors? J'ai préparé la maison pour toi et un lieu pour tes chameaux. »

Le serviteur le suivit. On déchargea les chameaux et on leur donna de la paille et du fourrage ; on apporta aussi de l'eau pour laver les pieds de l'envoyé d'Abraham et de tous ceux qui étaient avec lui.

Puis on lui présenta à manger. Mais il dit : « Je ne mangerai pas que je n'aie parlé. » Laban répliqua :

Parle. »

Il dit : « Je suis le serviteur d'Abraham. L'Éternel a comblé de bénédictions mon seigneur, et il est devenu puissant, car il lui a donné de grands troupeaux do brebis et de bœufs, de l'argent, de l'or, des serviteurs, des servantes, des ânes et des chameaux.

» Et Sara, femme de mon seigneur, lui a enfanté dans sa vieillesse un fils auquel il a donné tout ce qu'il a.

» Et il m'a envoyé pour choisir une épouse à son fils dans sa parenté. »

Ayant ainsi parlé, le serviteur raconta comment Rébecca était celle que l'Éternel avait désignée.

Alors Laban et Béthuel répondirent : « Cette affaire a été conduite par l'Éternel ; nous ne pouvons plus rien dire.

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» Rébecca est entre tes mains, prends-la et remmène; qu'elle soit la femme da fils de ton seigneur comme l'Éternel l'a dit. »

Le serviteur tira donc de ses bagages des bagues d'or, d'argent, et des habits qu'il donna à Rébecca. Il fit aussi des présents de choix à son frère et à sa mère.

Ils mangèrent et burent, lui et ses compagnons, et dormirent cette nuit chez Béthuel; mais, quand ils furent levés, au point du jour, le serviteur dit : « Renvoyez-moi à mon seigneur. »

Le frère et la mère répondirent : « Que la fille demeure avec nous au moins dix jours, et, après, elle s'en ira. yy

Il leur dit : « Ne me retardez point , puisque l'Éternel a fait prospérer mon voyage ; renvoyez-moi que je retourne à mon seigneur. »

Alors ils reprirent : « Appelons la jeune fille et sachons d'elle ce qu'elle veut. »

Ils appelèrent donc Rébecca et lui dirent: a Veux-tu aller avec cet homme? » Et elle répondit : « J'irai 1 »

Ainsi ils laissèrent partir Rébecca leur sœur , en compagnie de sa nourrice, avec le serviteur d'Araham.

Et ils la bénirent en lui disant : « Tu es notre sœur I puissent mille et mille générations naître de toi et que ta postérité commande à la porte de ses ennemis. »

Rébecca et ses servantes se levèrent ; elles montèrent sur les chameaux, suivirent le serviteur et se mirent en route.

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