‹ Causeries historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 41 sur 41 · HOMME ET PRÊTRE · texte numérisé non relu

HOMME ET PRÊTRE

Le pasteur s'élança vers eux les bras étendus <

— Bas les armes, frères I cria-t*il avec une auloiilé exaltée.

Et, reconnaissant tout à coup le comte et le f<arestier :

— Vous I reprit-il stupéfait'; vous, Tépée à la main I Ah I c'est Dieu qui m'envoie.

11 saisit les deux fers, les leur arracha, et, les jetant au loin, retint dans ses mains leurs deux mains désarmées.

— Est-ce bien vrai ? reprit-il en les entraînant à quelques pas; vous, major, et vous, Raphaël?... Btol-

LE >A9tBtJR ^'hommes 241

heopeaxî mais vous ne vaye?. donc pas où vous êtes? Des tombes sous vos pieds et la croix au-dessus de vos têtes I

— Eh bien, allons ailleurs I interrompit Stankar, dont la colère n'avait fait que grandir.

— Vous trouverez Dieu partout ! reprit le pasteur. Major, revenez à vous I Quelle est la cause de cette querelle ? d'où peut venir une pareille fureur ? Répondez, major, je veux le savoir.

Stankar baissa la tête avec embarras. Raphaël, au contraire, sourit.

— Pourquoi hésiter, monsieur? demanda-t-il les yeux fixés sur le forestier ; vos insultes et vos menaces m'ont fcHTcé à ce combat ; prouvez que vous étiez dans votre droit ; Rudolphe nous écoute ; justifiez devant lui votre provocation.

. Le major regarda de Leuthold ; tant d'audace dépassait tout ce qu*il avait pu prévoir.

— Cet homme est un démon, balbutia-t*il. Et, comme Rudolphe cherchait à Tentraîner :

-- Laisse-moi, reprit-il en lui échappant ; tous les anges du ciel me prieraient pour cet infâme, que je serais sourd. Il faut que Tun de nous meure.

9i3 lig 9ASTKU& d'90]4M99

^ Ab ( je n^ vous quiUe. pas, dit le pastem* en 1^ ^vaQt. ià ift'attaçhe. à vos pas^ ^^ior v je vo^ suivra partout, je me jetterai devant votre arme. Je vqq3 gf^rdeiTi^i CQOwe ua assassin.

Stankar, blessé, trBS^aiUlt.

r^ :{'^ Q^Wfes k qui tq partes, ^M^^ dit-iL

-^ J[e parle au nomi de pi^tk ^t çpmme sqd mii^stipe, r^,plû}ua Ru4Qlpbe ^yec une u^ess^ f^cmveram^ ; ç^ titre remporte sur tous le^ autres^ e( c'est à vpus d'^ coûter ^vec respect. Que celui cp^i ^, pffeqs!^ Tsti^tre s'élève jusqu'au repentir, et que celui qui a ét^ 9.£Sd(isé l^jsse ^ojpjiber le pardon de spn âme» ^^tpbaël*,. major... pr^^z^YOU^ tou$ deu^ stp^ ma pûiitjripeL^., le cour d*u(i pr^^r^ est çQm0i§ le ciel, ouvert è^ 1;qusI Qu^ ces m^ ^nefpies $e t^pdieût Tudô yerç Tautr^.

Il avait pris la main du comte, quj. ^ lai^ a^lifV et appuya m bf^ft 3wr Tépa^ule d^ pastwr : ^ c^tQ we, Stankar ne fut plus m^itre de lui.

— Judas I s'éç|ia4-il, le baiser après l^ trabi^Qn.

Ce cri ^<^ lui étail^ point échappé, qu'il eût youta le retQKiir ; mais il était trop tard; BudQ^b<» av^t tressailli et l^cba la main du comte.

— U trabûm? répéta^rt-fil subitsmeat iUttBua&

LL l>ÂSTEUll D*ROMMfeS îfiS

GrâhdDfeu! îorg se sèrait-îl trotopé tout àlli'eutô... JEt, regardant Raphaël i

— fcl'est la mêttie taille que Frédéric, contînua-t-il , le mêtne costume... Ohl s'il se pouvait I Màjoîr... je veux tout savoir, i\ le faut;

— Hus bas, interrompit Stankar ; on vient... Deux formes blanches se dessinaient, en effet, danà

l'ombre et s'avançaient rapidement; c'étaieht Linâet madame Dalchid, qui avaient voulu rejoindre Rudolphe après la prédication, et qui, entendant des voix hautes et itTitées, accouraient inquiètes. Au moment où elles atteignirent la ligne de lumière qui éclairait une partie du sentier, MûUer les reconnut.

— Ah î je saurai donc enfin la vérité ! s'écrià-t-iU Et, courant à leur Rencontre, il saisit Liha t>àr teé

faîâins et la traîna devsiht Raphaël et. te forestier.

A la vue de ces visages pâles, de ces soldats, de ceà èltTnéë encorte ililés, Id jeune femme fut prise d'une Sorte de vertige ; elle comprit que tout était découvert et tomba à genoux en demandant grâce. Mûllët* reculai les cheveux dressés.

— Ainsi , dit4I, fe'étàît pour lui l çét hbttime.. . était Hotï amaiit I

244 LK PASTEUH d'-ACMMBS

Lina ne répondit rien, mais tomba affaissée sor eUe« même, les bras en avant el la tête flottante.

Le comte avait fait un pas en arrière, et Stankar se couvrait le visage de ses deux poings fermés. Il y eut une pause. Mùller, égaré, regardait autour de lui comme s'il n'eût pu croire à la réalité de ce qu'il voyait et de ce qu'il sentait.

— C'est vrai, bégaya- 1- il enfin, vrai... 0 mon cœur!.., bris8-toi... ^.

Et, apercevant Lina courbée à ses pieds :

— Elle ose rester là I reprit-il d'un accent plus élevé. Dîtes donc que tout cela est faux, madame... Prouvez-moi qu'on a menti... défendez-vous, enfin!... Mais non, vous tremblez... vous êtes pâlel... Et tu n'as pas peur que je t'écrase sous mes pieds I

•—Tuez-moi, tuez-moi, Rudolphe! murmura lina mourante.

— Laisse cette malheureuse, interrompit Stankar, qui s'était jeté devant la jeune femme ; ce n'est pas elle que tu dois punir !

MùUer se redressa.

-^ Ah! vous avez raison, s'écria-t-il. Je m'explique tout, maintenant. Dans ce duel, c'était mon hc^meor

que vous vouliez venger; mais me voilà î 5 moi une arme!

n se précipita sur le sabre relevé par un des soldats.

-^ Uéfends-toi î cria-t-il en marchant droit vers le comte, qui était demeuré immobile.

Le forestier et madame Dalchid s'élancèrent au-devant de lui.

— Laissez I cria Mûller, dont la fureur et le désespoir étaient devenus du délire. Qu'il s'arme I qu'il se défende I

— Je ne croiserai point le fer contre vous, Rudolphe, dit Raphaël d'un ton ferme.

— Tu refuses ? cria le pasteur Tœil égaré et les lèvres tremblantes. Misérable I mais tu ne voisjdonc pas que , si tu refuses de te défendre, je te tuerai !... Raphaël, n'entends-tu pas des voix qui t'appellent du fond de ces tombes ? L'heure du châtiment est venue.

Il avait échappé au major et à Dorothée et s'était élancé vers de Leuthôld. Celui-ci recula par un mouvement involontaire jusqu'aux degrés de la grande croix, contre lesquels il s^arrêta à demi renversé. Rudolphe,

fou de colère, levait son arme pour le frapper, lorsque

2^6 LB FA6TBUR D'HOUMBS

Jorg apparut tout à coup derrière le càlv&iré de granît, et, étendant la main en avant :

— Rudolphe, dit-il d'une voix forte, c'est sur cette croix que le Christ a pardonné à ses bourreaux.

Le pasteur releva les yeux, aperçut la douce ima^ge du crucifié, dont le pâle visagfe, éclairé par la lune, se penchait vers lui, et recula en laissant tomber son arme.

Slankar le releva vivement.

— Partez, monsieur, dit-il tout bas à Raphaël ; nous nous reverrons.

— Je Inespéré, dit de Leuthold, qui s'enveloppa dans son manteau et disparut avec les deux soldats.

Dorothée avait également emmené à l'écart Lina ; Millier s'était agenouillé sur les degrés de la croix et s'efforçait de répéter une prière.

Pendant quelques instants, on n'enteiKlit que son accent entrecoupé et les gémissements de Lina ; itiais tout à coup un chœur de voix éloignées s'éleva dans la

nuit, faisant ent^dre une des hymnes de triomphe des ahsvériens. A travers l'obscurité silencieuse et les mormures de cette double douleur, les voix unies chantaient :

LE MBtÊUft D'tteilMBS ikl

Voici que, sortant de ses yoiles, De l'avenir s^étend Tazur.

Frères, dans chaque cœur obscur, Vdil le lever âeè étoiles.

— Entends-tu ces chants, dit Kaufraan en se pen- ^ chant vers Rudolphe ; ce sont les disciples conquis par

ta parole qui célèbrent Tavénement de la bonne nouvelle I Et les voix plus distinctes reprirent :

Voie! réchellô qu'en rétant Jacob vit briller dans les flammes; Les degrés sont le dévouement ; Les anges qui montent, nos âmes.

— Ils ont quitté le temple, dit lé pasteiir, qui avait frènïarqué que les chahts s'approchaient.

— Oui, répondit Jorg ; ils te savent ici et viennent te demander encore des consolations et des èncourageliiéiits.

— A moi I répéta Rudolphe , des encouragements... des consolations?... Ohl c'est une raillerie !

— Que'dis-tu?

— le dis que vous aViez raison, mon père, (^uànd

248 LE PASTEUR d'HOMBIËB

VOUS vouliez arracher mon àme à ce funeste amour! Mais je vengerai mes douleurs, Kaufman Tentoura de ses bras.

— Tais-toi, Jean I s'écria-t-il ; tais-toi, mon fils!... as-tu oublié que le prêtre ne peut ni frapper ni maudire?

— Faites alors qu'il ne puisse souffrir, interrompit MùUer avec emportement ; ai-je perdu le droit d'être homme ? Quand on m'enlève tout, quand je sens ma tête qui se perd de désespoir et de rage, vous, qu'on n'a pas frappé, vous descendez de votre piédestal comme la statue du Commandeur, vous mettez votre main de marbre sur mon cœur, et vous me dites : « Tais-toi I » Ah! dites donc aussi à mon sang de ne pas brûler mes veines, à mon cœur de ne pas se briser !... Si vous me défendez la plainte, commencez donc par m'ôter la douleur.

— Plus bas, malheureux ! dit Jorg, qui entendait déjà le bruit des pas de la foule ; songes-tu que Ton pourrait t'entendre? Ne montre pas à nos frères ta faiblesse; reviens à toi, pense que ceux que tu as appelés à la lumière sont là... ils approchent... écoute...

Le chœur venait, en effet, de s'élever de nouveau.

|.B,PA3TBUE d'hommes 249

Voici que vers Tarche, au retour, La colombe des découvertes A rapporté les lM*anches vertes»

Et la colombe, c'est Tamour!

Ces voix fermes et graves à'élevant au milieu des té- * nèbres pénétrèrent au fond du désespoir de Mùller ; il releva la tête et prêta Foreille. Kaufman profita de ce mouvement.

— Écoute ces hymnes qui t'enseignent Tespoir, dit-il à demi-voix. Rudolphe, délourne les yeux de la terre ; rappelle-toi ce que tu es...

— Oui, reprit le pasteur avec un effort suprême, et en se pressant contre la croix, je suis prêtre!... je suis prêtre!... 0 mon Dieu I rendez-moi un instant de calme, de raison. Mais ma tête n*est que trouble et douleur... que ponrrais-je leur dire?

— Recueille-toi ; écoute ce que Dieu dit dans ton cœur, et répète-le tout haut sans crainte. As-tu oublié combien de fois tes inspirations t'ont soutenu ? Du courage, Rudolphe! et surtout prends garde que la lueur des étoiles ne laisse voir tes larmes.

Les ahsvériens étaient entrés dans le sentier bordé

264 hÈ PàSTBUl D'HOMMfti

par les niches de pierre ; ils approchaient lentement , et, après une pause, ils avaient repris :

Marchons yers la terre promise; Marchons^ car c'est en nous que Dieu A mis la colonne de feu Et la baguette de Moïse,

Mûller, toujours à genoux, était demeuré immobile; il s*efforçait en vain de redevenir maître de son esprit égaré ; tous les souvenirs tourbillonnaient en lui comme les images d'un rêve.

La foule des disciples s'était arrêtée à quelques pas et avait fait silence. Il y eut un long moment d'attente. Enfin, Jeati le Précurseur se leva chancelant. Son visage pâle se dessinait dans Tobscurité comme celui d'un fantôme. Il passa plusieurs fois la main sur son front comme s'il eût voulu rappeler sa mémoire éperdue; enfln ses lèvres, obéissant aux préoccupations de sa doulenr, murmurèrent les versets de la femme coupable.

« Les scribe et les pharisiens lui dirent î

D — Maître, cette fôtnme à été surprise fcothmettànt l'adultère. Or, Moïse nous a commandé dtns âa le» d''

tu VAftTEUft B^SOMlir&S 251

iap^^ cieUes qm (^ eommis cecriflÉiQ. Mais, toi, gii^ii dis-tu?

ft Alofs, Jésus, s'étani penché, écrivait avec son doigt sm k terre.

B Et, comme ils continuaient à Tinterroger, il leur dit:

» — Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre.

» Alors, étant condamnés par leur propre conscience, ils sortirent un à un.

» Et Jésus, ne voyant plus personne que la femme, lui dit :

» — Puisqu'ils ne t'ont pas condamnée, je ne te condanme pas non plus. »

Ici, le prêtre s'arrêta... Cette citation, qui n'avait été qu'une- sorte de monologue de ses propres agitations, sembla les accroître ; il promena autour de lui des regards éperdus.

— Le Christ ne Fa point condamnée, murmura-t-il sans voir ceux qui Técoutaient. La femme était coupable^ et elle se leva pardonnée...

Mais, à ce mot, ses regards rencontrèrent le visage

S52 LE PASTBUR D*HOMMKS

éploré de Lina, qui s'était redressée dans Tombre ; il jeta un cri.

— Pardonner, répéta-t-il, quand elle a lâchement trompé celui qui avait mis en elle toute sa confiance, celui qui en avait fait sa joie I... qui Taimait plus que Dieul... Non!... non! jamais I

— Rudolphe, que dis-tu? interrompit Jorg épouvanté.

— Çoint de miséricorde ! cria Mùller, et qu'elle soit maudite!... maudite I...

Il ne put en dire davantage ; les forces lui manquèrent; il chancela tout à coup, et, glissant le long des degrés, demeura évanoui au pied de la croix.

Le pasteur d'hommbs S5S

GONGIiUSlON

La Duit venait de finir ; le soleil étincelait sur l'allée de tilieuis et à travers les clématites dépouillées de leurs fleurs ; . mais tout était encore silencieux aux Sennhutten.

Cependant nul ne s'était endormi: des lumières avaient brillé jusqu'au jour dans toutes les chambres. Rudolphe, enfermé, avait refusé de voir le major et Kaufman lui-même ; mais il avait écrit plusieurs lettres portées à leur adresse par Andréas.

Wilhelmine venait de descendre au salon et se tenait appuyée à la fenêtre, les yet^x gonflés de larmes. Instruite d'une partie de ce qui s'était passé, elle avait deviné le reste; mais, impuissant^ à rien empêcher, elle attendait, le cœur plein d'angoisses, gomme le spectii-

25ft '• MSTfcirfc ©'««lÉiiM'

leur épouvanté, qui. du haut de la falaise, regarde le naufrage qu'il ne peut prévenir.

Elle était là depuis longtemps déjà, quand te brœt d'une porte la fit retourner ; elle se trouva en face de

Lina.

i : Le changement opéré dans cette seule nuit était aussi

terrible qu'effrayant. Les yeux creusés de la jeune femme marquaient comme deux taches sombres son visage livide, et une légère teinte argentée avait blanchi ses cheveux à demi épars. Elle s'était d'abord arrétée sur le seuil ; mais, voyant que Wilhelmine était seule, elle courut à elle et arrêta le cri de surprise qri

allait lui échapper.

— Taisez-vous, dit elle d'un accent bas et haletot.

Mon oncle vient de sortirt U jeune fille répondit àlfirmativemenu

— Et Rudolphe est toujours enfermé î

— Toujours.

EUes'approcha de la porte qui conduisait à tadlWDr

bre du pasteur.

.- Eh bien, j'attendrai, reprit^Ue , feUût4i««rJk

un jour eatier, j'attendj ai l Wilhelmine voulut parler. - -^--

ti8 #AatBOA d'hoiiiiss 355

— H te &ut! reprit Um; Je ne veux point qu'il parte !.., car il veut partir ! Voyez» il m'a écrit.. Regardez^ là) ces mots qui m'ont £ait froid jusqu'au cosur !

Elle tendait à Wilhelmine une lettre froissée et mouillée de larmes, en lui montrant les dernières lignes, que la jeune ûUe lut à demi-voix»

< Adieu, lina ! aujourd'hui même, je quitte

Mûodeo pour toujours ; puisse celui que vous m'avez préféré se montrer digne de votre amour! »

— Mop amour !.,• répéta-t-elle en pleurant; ainsi, il ne croit pas même à mes remords ! Âh! ce supplice me jDMdquait ! mais il ne peut partir ; ce n'est point à lui de quitter son pays, ses amis... Je veux lui parler.

— Prenez garde, objecta Wilhelmine inquiète.

— £t que puis* je craindre ? interrompit Lina ; sa colère ? Je l'accepte d'avance ; je m'y soumets. Je ne viens pas poinr me défendre, mais pour le forcer à rester. Il faut que je lui parle, vous dis-jel

Et, voyant que la jeune fille allait tenter de nouvelles

— > Écoute, ajouta-t-elle en prenant ses mains et les pressant convulsivement contre sa poitrine, quand les

autres m'abandonnaient, tu as essayé de me consoler, toi ; tu as pleuré avec moi ; tu m'aimes un peu.

— Aliî pouvez-vous en douter I s'écria la jeune fiHe, qui l'entoura de ses bras.

— Oui, reprit vivement Lina. Eh bien, alors, tu ne m'empêcheras pas de parler à Rudolphe... Tu veilleras à ce qu'on ne puisse nous interrompre... Ne me refuse pas cela, toi ; c'est la première prière que je t'adresse... et ce sera la dernière !

— Parlez-lui donc, dit Wilhelmine vaincue par cette supplication.

— Ah ! merci, merci ! reprit Lina en la baisant au front; tu comprends ceux qui souffrent!

Et, s'arrêtant subitement, elle s^écria :

— On a marché dans la galerie... C'est loi... le voici! Dieu I qu'il est pâle!... Va-t'en, Wilhelmine, va-t'en !

Elle poussait la jeune fille, et, quand elle l'eut fait sortir, elle referma doucement la porte.

Mûller venait d'entrer par un autre côté;'mâls il marchait la tête basse et n'aperçut point Lina, îiàmobile contre le mur. La douleur avait exercé sur ses traits moins de ravages que sur ceux de cette'demière. Sau

ht PASTEua d'hommes 257

la pâleur et. un tremblement des lèvres, il paraissait presque tranquille ; mais, lorsqu'en se détournant, il reconnut Lina, tout son visage se décomposa, et il s'appuya brusquement au dossier d'un fauteuil qui se trouvait près de lui.

La jeune femme tomba à genoux. Le pasteur se Lut quelques instants, affermit ^a voix et dit : •

— Que voulez- vous?

— Je vous attendais I répondit Lina.

Il lui fit signe de se relever, et, comme elle ne paraissait point comprendre :

— Relevez-vous, dit-il avec impatience; relevezvous, madame, je le veux !

Lina obéit précipitamment.

— Oui, monsieur, balbutia-t-elle, me voilà debout, puisque vous l'exigez ; mais, du moins, écoutez moi, Rudolphe I

Il recula d'un pas et ses yeux étincelèrent.

— Rudolphe ! répéta-t-il avec une surprise indignée, ne m'appelez plus de ce nom, madame L c'était celui que vous doimiezà un homjte heureux, aimé !... Cet homme n'existe plus ! nous ne sommes maintenant Tun pour l'autre que des étrangers.

S58 LE PASTBVft D^toOlfMiâ

— Eh bien^ soit ! reprit Lina ftf«o ttoe rti^^tioa éplorëe ; maid, si je n'ai plos le droit de m*ûài9BS&r à répoux, s'ir me repolisse, j*en appelle au prêtre fJ*. ft écoute le condamné près de moi^r sur l'éebaftkod, 8 M peut refuser de m*entendre I Ce n'est plus la fooime qui- prie, monsieur, c'est la coupable.

Le pasteur fit un efiTort et répliqua :

— Ou'avcz-vous à me dire?

Lina jeta un regard craintif en se rapprochant imperceptiblement.

— Vous m'avez écrit, reprit-elle d'un ton {dltoCif, une lettre bien cruelle. Ah I je ne vous en fjm point un reproche... j'ai tout mérité !... mais je venais... j'espérais... Oh! ne me regardez pas ainsi, monsieur... votre regard glace les paroles sur mes lèvres.

— Que voulez-vous enfin, madame?

Una fondit en larmes.,

— Je veux que vous ne restiez pas enseveli dans ce froid désespoir, s'éoria-WelIe. Suis-je même loixitbéeaiidessous de votre colère? Me méprisez*vous aasez poor n'avoir rien à me dirç? Radoipbe, oh I màudissezHniH, foulez-moi sous vos pieds, pourvu qu)» je me sente souffrir pour vous et que j'entende votre voix I

tu PASTEUR d'hommes 3^9

MûlteF tâourit amèrement.

— Je cQBiptreQds, dii^il : vous espérez^ sans doute, ^ç n^c^ tndigoâtiQB pourra s'épuiser dans d^ vaines 919)^dt(]^j^0QS,i et qi^'apr^ avoir répandu . (ointes les ^ttdî^um^s de mop cceur^ j'accepter^ joçia bp^te avec résignatiop.

— Ah ! ne le croyez pas I

— Pourquoi vouloir alors réveiller la douleyur et la colère que je m'efforce de contenir? Vous venez les braver ! Savez-vous, madame, qu'il y a des instants où ma tête se perd, où je vous hais ?

— Monsieur ! bégaya Lina effrayée.

— Mais vous avez donc oublié que j'ai mis dans mon amour tout ce qui fait vivre, continua Rudolphe impétueusement ; qu'en le perdant, je n'ai même plus le courage nécessaire à la mission que j'avais entreprise? Non, pour tenir ces grands drapeaux autour desquels la foule se rassemble, il faut un cœur vivant, une vohmVè ferme, et, moi, je n'ai plus de volonté ; moi, mon ccmt est mort l

— Ainsi, j'ai tué votre génie en même temps que votre bonheur l dit Lina brisée.

— Et cependant vous osez venir interroger mon dé-

260 LE PASTEUR d'HOMMES

^^espoirI reprit Millier; vous espérez vous juslifler! Le jeune femme Tinterrompit d'un geste.

-*- Non, dit^eHe, oh ! non, monsieur ; et la prwvci c'est qu'après avoir reçu votre lettre, je suis venue pour vous dire que ce n'était point à vous de partir, mais à moi qui suis seule coupable, et pour qui l'exil sera DKuns une peine qu'un soulagement.

— Se peut-il I

Elle le regarda douloureusement»

— Pensez-vous donc, reprit-elle, que je puisse rester ici,' au milieu des souvenirs du passé ^i€i, où tout me rappelle une époque où je vous ai du tant de bonheur !

Rudolphe la regarda. Ce mot de bonheur, prononcé par Lina, lui causa comme une secousse intérieure, et, malgré lui, des larmes montèrent à ses paupières.

— Est-il vrai l reprit-il ; du bonheur par moi ? Et cependant vous m'avez trompé, moi si confiant... moi qui vous aimais tant... moi qui, maintenant encore...

Il s'arrêta* Lina avait pu à peine retenir un cri, et, les mains jointes, elle murmura :

— Achevez, Rudolphe !... que voullez-vous dire?...

— Rien, répliqua le pasteur devenu maître de son

LE PASTEUh d'hommes 261

émotion ; rien, madame ! Je consens à tout : partez ; moi, je resterai.

Il baissa la tête. Il y eut un silence. Enfin il reprît :

— Est-ce là tout ce que vous aviez à me demander ?

— Oui, dît Lina' accablée. Puissiez - vous regarder comme un rêve pénible les deux anpées qui viennent de s'écouler I Retranchez-les de votre existence, monsieur; oubliez que j'ai vécu. Seulement, avant que je parte pour ne plus vous revoir.. • ne tournerez-vous point vers moi un regard de compassion?... Ahl dites-moi du moins que^ absente, vous cesserez de me maudire..,

Ella s'était approchée , elle touchait presque MûUer, qui entendait sa respiration oppressée ; il ne se détourna pas; il ne laissa pas un seul muscle de son visage se détendre ; mais il dit à voix basse :

— Je ne vous maudirai, pas.

— Et, à l'heure de la mort, ajouta Lina suffoquée, me pardonnerez-vous ?

— A- cette heure de séparation... qui est aussi une mort, répliqua Rudolphe avec la même impassibilité douloureuse, je vous pardonne !

Lina ne le remercia point ; mais elle saisit la main qu'il avait laissée retomber et la couvrit de baisers; il céda d'abord ; puis, faisant un effort pour la retirer i

-^ As^ez U. imirmurft't41 d'un adCént étooffé | je De puis voas écoatea* plus longtemps... L'heâl^^aM viaâue.

— Qudie heure, Rudolpèe^ et que voatefr-vous dire ?

— AMéùy madame...

11 montf&it à la jeime femme la pente de son appar-

ment ; elle hésita une tnionte ; mais, voyant le ^mnt de Mûller s'assombrir, elle céda et sortit.

Resté seul^ le pasteur étenfit tes bras vers la porte par laquelle il l'avait vue disparaître, et, répétant le mot d'adieu, il se laissa tomber sur un ftuteuil, la tète appuyée sur ses jgenoux.

Une voix qui prononçait son nom Tarracha à cet abattement Il se redressa et aperçut Raphaël de LenthoU, qu* Andréa j venait de faire entrer.

A la vue du comte, les traits de Millier se ranimèrent; il se leva vivement et fit «gne à Andréas de sortir.

— Enfin, vous voilà, monaeur, dit-il en revenant vivement vers Raphaël.

• — Votre lettre ne m*a été remise qu'à l'instant, répliqua celui-ci; je me suis aussitôt rendu à votre invitation. ^ ■'^' Rudolf^ alla fermer deux portes donnant mr Tap-

partemeât de Lina et sur le jardini De Leutkoië le re* gardit.

LB rASTKDR D^HOUliBS 963

•^ Od ràt pu venir nous troi^Uer^ fii^^abserver le paeteur ; maintenaat, je parlerai sans u^p^.-^ ^- Je prévois vos reproches^ Mûller, reprit Raphaël

sérieusement ; mais, avant tout, je dois déckrer...

^ Pas UQ mot, interrompit Rudolphe; il y a des plaiDdtesqui rapetissent I... je n'en fais pas.; de9 eQ^lîcations qui déshoQorent..« jç n'en veux point

Raphaël fitun^este de surprise.

•— Cette résignation yous étpme, reprit le pasteur ; je la coaçois* Au premier instant, hjùer, tout a disparu pour moi dans un nuage de colère ; je n'avais qu'un besoin, qu'une pensée, me venger I Cette nuit encore, je Tai passée dans des tortures que je ne vous souhaiterais pas, monsieur, k vquç qui mVe;^ fait. tant de mal Mais epfin ]^ r^e^on ip'a mis en possession de mom^me» j'ai compris que ma souffrance nq ^vait pas âtre la mesure de la faute.., j'ai pensé qu9 le coup dont vous seriez frappé 9ttaindrpit Un^,., et j'^îme encore mieux son bonheur que tout le reste. Jq ne vous ai donc pas fitit venir, monsieur de Leuthold* pour une provocation, mais pour une demande.

— Je ne vous annprends pas, dit Raphpiêl.

Mâller lui montra an aiéget £t tous deux s'asaûrent.

Il y avait dans le calme de ces débats quelque chose

de solennel et presque de terrible ; c'était comme la morne tranquillité qui précède Touragan. Rudolphe reprit :

— Si vous aviez rencontré dans le monde lina maîtresse de sa main, monsieur, lui auriez-vous donné votre nom?

— Pourquoi cette question ? bégaya Raphaël embarrassé.

— Répondez sans crainte, reprit MùUer. Vous Tauriez fait sans aucun doute , puisque vous Taimez^ puisqu'elle vous aime.- vous le feriez encore si elle était libre.

— Libre I répéta le comte.

— ' Mais, dans ce cas, monsieur, continua le pasteur gravement, songez bien à la tâche qui vous serait imposée I Elle n'aurait plus que vou» au monde pour lui faire l'avenir et la consoler du passé; son booheur pourrait seul vous absoudre devant Dieu... et devant moi ! SI vous lui donniez la paix et la joie, oui, moimême, je sens que je vous pardonnerais !

— Que dites-vous ! s'écria de Leuthold ; vous pour? riez...?

7- C'est moi qui vous interrogé, monsieiu*, fit objgerver *Rudolphe ; veuilles inè répondre. Il faut que

LE PASTEUR D*nOMMBS • 265

VOUS puissiez devenir le prolecteur légitime de la femme que vous avez perdue. ^

— Et, pour cela , vous voulez mourir ! s'écria le comte en se levant.

— Ne craignez rien, dit Rudolphe, ce sera sans bruit, sans éclat; on ne vous accusera point de cette

mort...

— Et vous avez cru que j'accepterais une pareille

condition ?

— J'ai cru... quêta n'avais pas le choix, Raphaël, dit Millier en se levant à son tour. 11 faut que l'un de nous deux meure, tu le sais ! Si c^est toi, qui réparem le crime? que devient Lina, que tu as déshonorée... Lina, qui t^aime? Elle et moi, nous n'en resterons pas moins séparés pour toujours ! Si c'est moi, au contraire, toift est bien. Lina peut encore être heureuse... Et ne dites pas que cette pensée vous épouvante, monsieur de Leuthold ; je ne vous croirais pas ! Vous avez, sans hésitation, brisé ma joie, flétri mon honneur et vous, seriez pris d'une pitié généreuse, quand il s'agit de ma vie?... Ahl vous raillez, monsieur l 'promettez ce que je vous demande.

— Jamais I s'écria Raphaël ; je ne puis consentir à un pareil sacrifice.,.

. MûUm* 1% regifda en &ce. •

— Tu mens I s*écria-t-il avec éclat ; ta ne feux p^int faire de promesse parce que tu as peur d'un lien qui t'enlèverait ta coupable liberté. Il te faut cette femoie pour maîtresse, non pour épouse, et tu veux pouvoir la rejeter quand le dégoût viendra I Ah! je vois clair dans ton àme I

— Nous ne pouvons nous entendre, dit le cprate, qui reprit son chapeau pour sortir.

— NoDl s'écridv Rodolphe; car, lorsque j'ftçç^ple l'injure en silence , lors^e je consens à eopurir pour

Qu'elle soit heureuse... à moijrir sans être y^ngé!... tu recules^ toi, devant la réparation de ton crii^^ei infâme ! Ah ! puisque ta vie ne peut être utile à celle que tu as perdue, je reprends mes droits ; tu me rendras ra^n, Raphaël !

'^ Soit, dit celui-ci avec impatience , je serai à vos ordres.

— Sur-le-champ I reprit Mûller, dans le jardin, sous oette fenêtre.

De Leuthold tressaillit.

•^ Y songez-vous, dit-41, îd ? C'est ioxposaible 1 choisissez un lieu de rendez-vous, et, dans une boqztt..«

i t- P AS TE Vt D* fi 0 M MES f 67

Rudolphe prit la main du conite, Tatâra à Wi, et, le regardant en face : ■

— Une heure î dit-il d'un ton sapcadé; tfeais, toi, si habile â étudier les approches du dernier Instant, tu ne vois donc pas que je ne pais attendre?

~ En effet , dit Raphaël, qui fut effrayé de Taltératîon de ses traits,., vous semblez vous soutenir à peine...

*— Tu n'as donc pas compris tout à l'heure, reprit le pasteur, dont une sueur froide inondait te visage, que, quand je te proposais ce sacrifice qui te pernœttait de réparer ta faute. .. il était déjà accompli !

— Comment ?

— Lina ne pouvait être libre que par ma mort..

— Et vous vous êtes empoisonné? cria de Leuthold. MûUer fit un geste d'af&rmation sinistre ; Raphaël

voulut s'élancer au dehors pour appeler du secours ; mais il lut arrêté par un cri horrible poussé derrière lui.

Restée dans la galerie, Lina avait tout entendu, et secouait la porte refermée, en appelant Rudolphe d'ine voix égarée.

Celai-d entraîna le comte vers Tentréç qui donnait sur le jardin.

268 LR PASTEUR d'hOMMES

■^ Derrière l'orangerie, dit-il rapidement; dans un instant, je vous rejoins avec mes armes.

De Leulhold voulut répondre; mais il ne lui en laissa pas le temps, et, le poussant vers le jardin, il voalut courir lui-même vers le corridor qui conduisait à son appartement.

Dans ce moment, la porte de la galerie céda, et Lina se précipita sur son passage.

Les cheveux de la jeune femme , déroulés par suite des efforts qu'elle venait de faire, tombaient épars sur ses épaules ; ses mains étaient sanglantes, ses yeux hagards. Elle courut à Rudolphe, les bras en avant, ne pouvant faire entendre que des cris inarticulés, et se jeta sur sa poitrine. Ébranlé par le choc, celui-ci tomba sur le canapé qui se trouvait derrière lui. Lina se laissa glisser à ses pieds et embrassa ses genoux.

— C'est faux... n'est-ce pas ? bégaya-t-elle ; j'ai mal entendu?...

— Laissez-moi, murmura Rudolphe, qui fit un effort pour se relever.

^ais elle le retint dans ses bras , contre son cœur, sous ses étreintes.

— Non^ non, repirt-elle folle de douleur; tu ne sortiras pas... je m'attache à tes pas... Dis que tout ce

LE PA^ÏKUR û'hOMMBS 269

que j'ai entendu était un rêve... Tu ne peux pas croire que je vivrai sans toi... Sans toi, Rudolpheî... Mais je t'aime toujours.

Ce cri avait été poussé avec un tel élan, qu'il alla frapper au cœur du mourant.

— Vous ! dit-il, après m'a voir oublié...

— Non, interrompit Lina éperdue. Quand cet homme est venu vers moi avec des paroles inconnues et enîvrantes, il m*a troublée, il a profité de ce trouble pour me forcer à Técouter... puis il a employé la surprise, la violence!...

— Que dis-tu ?

— J'ai été associée à sa faute sans l'avoir voulu ; on m'a crue complice qiiand je n'étais que victime !

— Se peut-il, Lina?

-^ Mais ne le savais-tu pas?... Mon oncle a dû tout éclaircir... Cet homme lui-même n'osera nier...

— Ah 1 je te crois ! je te crois 1 cria MûUer, qui s'était penché vers la jeune femme et qui l'avait enveloppée dans ses bras.

Elle se dégagea avec un cri de folle joie.

— Mais alors tu ne mourras pas ! dit-elle en le regardant.

270 LE PASTEOR d'hOIMI^S

Rudo^he ajpypup la tê(e de I9 : jeune femme sur sa poitrine.

— Presse-toi sur mon coeur, Lina, dit-il d'un accent qui devenait plus confus.

— Tu vivras pour me pardonner» répéta-t-elle.

— Je te pardonne !

— Pour m'aimer encore.

— Je t'aime I

Elle se redressa d'un l^on 1, prit la tête de Mûller à deux mains, le regarda fixement, poussa un cri et s'élança vers la porte d'entrée en appelant au secours.

Wilhelmine accourut.

— Il se meurt! un médecin, balbutia Lina.

— Le comte était là , répondit Wilhelmine.

— Qu'il vienne! cria Lina égarée.

— Il est mort, dit Stankar, qui parut sur le seuil, des pistolets à la main.

Les deux femmes reculèrent.

— Mais j'ai frappé trop tard, reprit le forestier : en mourant, il m'a but appris... Rudolphe ! qu'avez-voos fait, malheureux ?

— Ce que j'ai cru nécessaire, répondit MûUer, dont les yeux se couvraient déjà d'un voile. Point de repro-

LE t^ASTBUR D*HOMliES 271

ches, major : tout devait finir ainsi. Pour accomplir la mission de pasteur d'hommes, il faut n'aimer personne à part, afin que notre cœur reste à tous... Je n'étais point né pour ces grands isolements ; on a Voulu faire de Werther un Moïse, et te bùisàon de feu l'a dévoré... La foi m'avait donné un sceptre d'or pour conduire les hommes^ l'amour iiie Ta ravi pour y substituer un sceptre de roseau ! ne vous étonnez donc pas, amis» s*il s'est brisé entre mes mains et si ses débris m'ont percé le cœur!...

Ici, son accent faiblit; il étendit les mains pour attirer Lina plus près de lui, murmura encore, pendant quelques instants, des paroles d'amour « de consolation; puis "sa Voix toujours plus faible finit par s'éteMdï'é,

La jeune femme se redressa folle d'épouvante. Un sourire épanouissait encore les lèvres de Hudolphe, mais ses yeux étaient fermés pour toujours.

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TABLE

Piges.

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