‹ Causeries historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 8 sur 41 · III · texte numérisé non relu

III

II s*appliqua d'abord avec une grande ardeur à l'étude de la littérature grecque, qui formait alors la base de l'instruction classique. H s'exerça même longtemps à écrire dans la langue de Démosthène, puis à composer des vers latins dont Juvénal a dit trop de mal et Voltaire trop de bien*

Après une campagne contre les Marses faite sous les ordres de Sylla, il revint à Rome poursuivre les leçons du philosophe académicien Philon et de Molon le rhéteur. — Ces études persévérantes continuèrent jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Ce fut alors seulement que Cicéron se hasarda à plaider quelques causes civiles sur lesquelles nous ne savons rien. Enfin, enhardi et confiant en ses forces, il osa prendre la lourde charge d'une cause criminelle ; il accepta la défense de Roscius.

Le père de ce Roscius avait été assassiné pendant les proscriptions de Sylla par deux de ses parents qui s'étaient emparés de ses biens. Craignant que le fils ne les réclamât, ils l'accusèrent du crime qu'ils avaient euxmêmes commis. — Un afiranchi de Sylla, Chrysogon, soutenait leur accusation.

La défense de Roscius présentait donc, outre les diffi cultes de la cause, im véritable péril. On plaidait contre

le favori du dictateur, qui pouvait d'un mot réduire le défenseur à un silence éternel. Aussi tous les avocats avaient-ils refusé Roscius. Cicéron , dont on a soupçoDné le courage, fut le seul qui osa entreprendre cette tâche difficile.

Son plaidoyer n'est pas seulement un modèle oratoire, mais un grand exemple de l'adresse et de l'esprit de conduite qu'un homme public doit apporter dans les affaires. Pour sauver Roscius de l'accusation de parricide, il ne suffisait pas de prouver son innocence et la scélératesse de ses accusateurs ; il fallait encore ne pas éveiller le ressentiment de Sylla, obtenir en quelque sorte sa neutralité et l'amener à souffrir que la justice eût son cours.

Lorsqu'on lit le plaidoyer de Cicéron, on est sur-lechamp frappé de l'habileté avec laquelle il côtoie le péril sans y tomber. Tout en attaquant Chrysogon, il a soin de supposer que Sylla ignore le crime, qu'il ne peut ni le connaître, ni le défendre ; il met enfin le dictateur si ouvertement hors de cause, qu'il le force, en quelque sorte, à y rester.

Toutes les qxfalités et tous les défauts de Cicéron se trouvent déjà dans cette harangue. — L'abondance y touche parfois à la profusion ; le goût de l'ornement lit-

léraire se fait trop sentir et l'orateur lui-même y a noté, plus tard, quelques fautes contre le goût; mais à côté de ces imperfections, que d'éclat I quelles ressources! comme la grande période latine se déroule déjà avec puissance et douceur I Ce qu'avait fait Socrate pour le mécanisme de la phrase grecque, Cicéron vient de le faire pour celui de la phrase romaine.

Cependant, bien des choses manquaient encore à son éducation oratoire. Il avait la voix forte, mais sans souplesse ; elle s'élevait outre mesure et donnait à sa véhémence quelque chose de forcé ; il ne savait point varier son accent, et sa poitrine toujours faible se refusait à une longue plaidoirie. Il partit en conséquence pour la Grèce où il espérait compléter ses études et fortifier sa santé.

Antiochus l'Ascalonite l'initia à la nouvelle école académique, et il prit tant de goût pour les études philosophiques, qu'il songea un instant à se fixer à Athènes pour s'y livrer tout entier. La mort de Syllaet les sollicitations de ses amis, qui le pressaient d'entrer dans les afiaires publiques, le détournèrent de ce projet. Cependant, avant de retourner à Rome, il voulut compléter son instruction littéraire en visitant les écoles de Rhodes et de l'Asie Mineure.

Nous avons déjà vu Démosthene suivre, longtemps après ses premiers triomphes , les écoles d'Athènes, nous retrouvons chez Cicéron la même persistance d'étude et la même foi dans les avantages qu'il doit en re-i tirer. Quand on compare ces fortes éducations poursuivies jusqu'à l'âge mur, à nos éducations hâtives et brusquement interrompues , on comprend plus facilement la supériorité des hommes publics de l'antiquité. — Ils avaient senti que l'intelligence du citoyen destiné aux affaires politiques ne pouvait rester étrangère à aucune des branches de l'activité humaine; qu'elle devait aborder les plus hautes régions de la philosophie, de la science et de l'art, non pour en connaître tous les détails, mais pour en saisir les ensembles; ils pensaient enfin que plus on élève l'esprit par l'étude, plus il élargissait son horizon, et que, pour apprendre à bien voir il ne fallait pas s'exercer seulement à regarder à ses pieds.

Cette avidité de culture intellectuelle s'est fait, du reste, sentir à toutes les époques de forte vitalité. Lors de la renaissance, les savants, les artistes de tout âge et de tout pays accouraient à l'université de Paris et venaient s'asseoir sur les bancs de l'école pour apprendre mieux ce qu'ils avaient enseigné toute leur vie ; en

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lement à retenir les noms des plus considérables, mais encore à savoir leur demeure à la lôlle ou à la campagne, à connaître leurs voisins, leurs amis; de sorte qu'il n'allait nulle part en Italie sans pouvoir Dommer ceux de ses concitoyens qui y habitaient et montrer même leurs terres ou leurs maisons. x>

A cette époque la fortune de Gicéron était encore très-modique, ce qui ne le rendait ni moins désintéressé, ni moins incorruptible.il put le prouver dans une cause plus éclatante que toutes celles qu'il avait jusqu'alors plaidées.

n s'agissait de Verres. — Nommé au gouvernement de la Sicile, il l'avait désolée par ses rapines et ses cruautés. Malheusement l'aristocratie romaine regardait comme un de ses privilèges le droit de s'enrichir dans le gouvernement des provinces. Attaquer chez Verres un pareil abus, c'était donc l'attaquer tout entière. Aussi ne négligea-t-on rien pour traîner TafiTaire jusqu'à Tannée suivante, où les amis de l'accusé devaient arrivera la préture et au consulat. Mais Gicéron déjoua toutes ces intrigues. Il avait demandé trois mois et djBmi pour aller recueillir les preuves dont il avait besoin contre Verres ; grâce à sa diligence, il termina tout en cinquante jours !

Chargé par les Siciliens de venger la Sicile, il revint à Rome, assigna l'accusé , et voyant que les préteurs voulaient traîner Taffaire jusqu'au dernier jour des audiences, afin que la journée ne sufiît pas aux plaidoiries et que la cause ne pût être jugée, il déclara qu'il se contenterait de faire entendre les témoins. Leurs dépositions furent si unanimes et si accablantes, que Verres n'osa pas attendre l'arrêt. Il profita de la loi romaine qui exemptait du jugement tout citoyen qui se condamnait lui-même à l'exil.

Des sept harangues préparées par Cicéron contre l'ancien proconsul de la Sicile, deux seulement furent prononcées ; mais les cinq autres nous sont restées. Celle qui raconte les supplices infligés par Verres a toujours été regardée comme un chef-d'œuvre. Jamais orateur n'a porté plus loin le pathétique et l'élévation. Ce n'est plus ici la brièveté impétueuse deDemosthène, sa logique passionnée, son ironie sanglante ; mais, en revanche, nous trouverons une forme mieux étudiée, des grâces d'ornement, et, par-dessus tout, une sensibilité communicative complètement inconnue de l'orateur athénien. L'éloquence de Cicéron est comme une source intarissable qui coule d'un flot toujours également

limpide. Dans nos temps modernes un seul homme m. 3

nous paraît avoir été aussi naturellement orateur, c'est Lamartine. — Ceux qui l'ont entendu au gouvernement provisoire, toujours l'esprit présent, toujours la parole prête , trouvant réponse à tous les interlocuteurs, improvisant vingt discours par journée pendant près de trois mois, sans fatigue , sans répétitions, sans défaillance dans l'inspiration , ceux-là seuls peuvent comprendre les inestimables ressources de cet heureux génie. — Malheureusement les longues études ont manqué à ces dons merveilleux. Enivré par l'harmonie de sa parole et laissant flotter les principes sur une mer d'images splendides, l'orateur français a rarement trouvé l'accent ferme et clair qui est la première condition du tribun. Ses plus brillantes improvisations laissent toujours après elles l'esprit incertain et la conscience comme étourdie. Là où l'on attend une accusation sévère, un avertissement énergique, une règle enfin qui puisse conduire, vous ne trouvez trop souvent qu'une abondance mélodieuse et caressante ; le3 plus vi£s élans vont se perdre dans je ne sais quel épanouissement poétique ; — vous avez entendu gronder l'éloquence, vous attendez une de ces tempêtes que savaient soulever Démosthène ou même Mirabeau, et tout se termine par une pluie de fleurs I

Le génie de Cicéron, qui eût pu tendre aux mêmes abîmes, y échappa, grâce à la forte gymnastique intellectuelle que nous vous avons signalée. — 11 en sortit comme Achille était sorti du Styx, fortifié , invincible I Jamais il ne le prouva mieux que dans ses harangues contre Verres. Dans celle que nous avons déjà indiquée surtout (la harangue sur les supplices) ^le patriotisme lui fournit parfois des mouvements dont la véhémence pathétique va au sublime. Tel est le passage où il accuse Verres d'avoir fait battre de verges un citoyen romain.

Vous savez que ce titre était alors une sauvegarde dans le monde entier. Y porter atteinte c'était toucher i la république elle-même. Celle-ci avait souvent entrepris des guerres lointaines pour venger l'outrage fait à son plus obscur citoyen. Là était sa dignité et une partie de sa force. Un grand capitaine a dit plus tard que partout où flottait le drapeau français, c'était la France 1 Le peuple-roi était allé plus loin : partout où se trouvait un Romain, c'était Rome tout entière! Que l'on juge, d'après cela, de l'effet produit par la révélation de Cicéron.

Après le récit de plusieurs cruautés de Verres, il y arrive et semble s'épouvanter lui-même de ce qu'il va dénoncer.

Et maintenant, Romains, que dirai-je de Gavius, de la ville municipale de Cosano? Où trouverai-je assez de paroles, assez de voix, assez de douleur? — Ma sensibilité n'est pas épuisée, mais je crains que mes expressions n'y^ répondent plus.

Moi-même, la première fois qu'on me parla de ce forfait, je crus ne pouvoir le faire entrer dans mon accusation. Je le savais réel, mais je sentais qu'il n'était pas vraisemblable. — Enfin, cédant aux pleurs de tous les citoyens romains qui font le commerce en Sicile, appuyé du témoignage de toute la ville de Rhége et de celui de plusieurs chevaliers qui, par hasard, étaient alors à Messine, j 'ai exposé le fait dans mon premier plaidoyer, et de manière à porter la vérité jusqu'à l'évidence ; mais que puis-je faire aujourd'hui? Il y a déjà longtemps que je vous entretiens des cruautés de Verres l — Je n'avais point prévu, je l'avoue, les efforts qu'il me faudrait pour soutenir votre attention et ne pas vous fatiguer des mêmes horreurs. — Il ne me reste plus qu'un moyen, c'est de vous raconter simplement la chose ; — elle est telle qu'il suffit de la faire connaître.

Ce Gavius, jeté comme tant d'autres dans les prisons souterraines de Syracuse, bâties par Denys le tyran, trouva, je ne sais comment, le moyen de s'échapper de ce gouffre, et vint à Messine. — Là, près des murs de Rhége et des côtes d'Italie, sorti des ténèbres de la mort, il se sentait renaître en revoyant le jour pur de la liberté, n était comme ranimé par ce voisinage bienfaisant qui lui rappelait Rome et les lois I —Il parla tout haut dans

Messine, se plaignit qu'un citoyen romain eût été jeté dans les fers. — Il allait, disait-il, droit à Rome ; il voulait demander justice contre Verres. Le malheureux ignorait que parler ainsi à Messine c'était comme s'il eût parlé dans le palais même du préteur.

Je vous l'ai dit et vous le savez, Romains, Verres avait choisi les habitants de cette ville pour complices de tous ses crimes, receleurs de ses vols, associés de son infamie I — Gavius est donc conduit devant les magistrats de Messine, et, par malheur, Verres y vint lui-même ce jour-là. — On l'informe qu'mi citoyen romain se plaint d'avoir été plongé dans les cachots de Syracuse, ^qu'au moment où il mettait le pied sur un navire en proférant des menaces contre le préteur, il avait été arrêté et qu'on le gardait afin que celui-ci décidât de son sort.

Verres les remercie de leur zèle et de leur fidélité ; il arrive furieux à la place publique ; ses yeux étincelaient et son visage respirait la cruauté. La foule était dans l'attente de ce qu'il allait faire. Tout à coup il ordonne qu'on saisisse Gavius, qu'on le dépouille, qu'on l'attache au poteau et que les licteurs préparent les instruments du supplice! — Le malheureux s'écrie qu'il est citoyen romain^ qu'il a servi avec Prétius, chevalier romain, en ce moment à Palerme, et qui rendra témoignage à la vérité I — Verres répond qu'il a reçu des informations, que Gavius est un espion envoyé en Sicile par les esclaves fugitifs, restes de l'armée de Spartacusl -— imputation absurde, dont il n'existait pas le moindre vestige. — Il ordonne aux hcteurs de l'entourer et de le frapper I

Oui, sur la place publique de Messine, on battait de verges un citoyen romain ! et lui, sous les coups et au milieu des douleurs du supplice, il ne faisait entendre, au lieu de cris et de gémissements, que ces seuls mots : — Je suis citoyen romain ! U i^ehsdli qu'ils devaient suflBre pour écarter de lui les tortures et les bourreaux : mais, bien loin d'arrêter la main des licteurs, pendant qu'il répétait en vain le nom de Rome, une croix, une croix infâme, l'instrument de la mort des esclaves, était dressée pour ce malheureux, qui n'avait jamais supposé qu'il y eût dans l'univers une puissance dont il pût craindre un pareil traitement.

— 0 doux nom de la liberté ! ô droits augustes de nos ancêtres, ô loi Porcia, loi Sempronia, puissance tribunitienne si amèrement regrettée, et qui vient enfin de nous être rendue I est-ce ainsi qu'on vous respecte? Avez-vous donc été établie pour que, dans une province de l'empire, dans une ville alliée, un citoyen romain fût livré aux verges des licteurs par le magistrat même qui ne tient que du peuple romain ses licteurs et ses faisceaux... — Que dirai-je des flammes et des fers rougis dont on se servait pour le torturer? — Et Verres restait insensible à ses plaintes, insensible aux larmes de tout ce qu'il y avait à Messine de citoyens présents à cet affreux spectacle.

Toi, Verres, toi, tu as osé attacher à un gibet celui qui se disait citoyen romain I — Le premier jour, je n'ai pas voulu me livrer à ma trop juste indignation; j'ai craint celle du peuple qui m'écoutait; j'ai craint le soulèvement qui s'aiinonçait de toutes parts; je me suis

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contenu, de peur que la fureur publique ne dérobât cet homme à la vengeance des lois, et j'ai applaudi à la pradence du préteur Glabrion, lorsqu'il fit sortir les témoins que l'on venait d'entendre ; mais aujourd'hui. Verres, que tout le monde sait l'état de la cause et quelle en doit être l'issue, je m'en tiens à ton propre aveul

— cet aveu est ta sentence de mort.

Vous vous en souvenez, Romains, au moment de l'accusation. Verres, effrayé des cris qui retentissaient autour de lui, se leva tout à coup et dit que Gavius n'avait prétendu être citoyen romain que pour retarder son supplice ; mais qu'en réalité ce Gavius était un espion !

— n né m'en faut pas davantage. — J'abandonne tout le reste ; je ne te demande pas sur quoi tu fondes cette accusation, je récuse mes propres témoins! — Mais tu le dis toi-même, tu l'avances, il criait : — Je suis citoyen romain/ Eh bien, réponds-moi, misérable ! si tu te trouvais chez quelque nation barbare, aux extrémités du monde, prêt à être conduit au supplice, tu dirais, n'est-ce pas : — Je suis citoyen romain! — Et s'il est vrai que partout où le nom de Rome est parvenu, ce titre sacré te sauverait, comment cet homme, quelqu*il fût, lorsqu'il l'invoquait devant un préteur romain comment n'a-t>-il pu, je ne dis pas échapper au supplice, mais le retarder d'un seul instant?

Enlevez cet appui à nos citoyens, enlevez- leur ce garant .de salut, et les provinces, les villes libres, les royaumes, le monde entier où ils voyagent aujourd'huiavec sécurité se referme à l'instant pour eux ! — Mais pourquoi m'arrêter à Gavius, comme si tu n'avais été

rennemi que de lui seul et non pas celui du nom romain... — Cette croix que les Messinois avaient fait dresser, suivant l'habitude, dans la voie Pompéia, pourquoi Tas-tu fait arracher ? Pourquoi Tas-tu fait transporter devant le détroit qui sépare la Sicile de l'Italie? Pourquoi ? Tu l'as dis toi-même et tu ne peux le nier, tu l'as dit publiquement ; c'était afin que Gavius, qui se vantait d'être citoyen romain, pût, du haut de son gibet, regarder en expirant sa patrie I Cette croix est la seule, depuis la fondation de Messine, qui ait été dressée à cette place ! Tu l'as choisie afin que ce malheureux qui mourait dans les torture», vit, pour comble d'amertume, quel étroit espace séparait le séjour où la liberté règne, de celui où il mourait en esclave; tu l'as choisie, afin que l'Italie vit un de ses enfants attaché au gibet de la servitude I

Vous le savez, Romains, enchaîner un citoyen est un attentat; le battre de verges, un crime; le faire mourir, presque un parricide 1 Qu'est-ce donc que l'attacher à une croix? — Notre langue n'a point de mot pour une pareille atrocité ! — Eh bieu, ce n'a pas été assez pour Verres. — Qu'il meure, a-t-il dit, en regardant l'Italie ; qu'il meure à la vue de la liberté et des lofe 1 — Non, Verres, ce n'est pas seulement Gavius, ce n'est pas un seul homme que tu as cloué à cette croix ! c'est la liberté, c'est le droit, c'est le peuple romain tout entier!

Devant un tel passage, l'éloge lui-même semble froid.

Que dire de cet art admirable qui multiplie les mouvements sans brusquerie ni confusion, remue tour à tour l'indignation, la pitié et vous conduit, par la logique, à l'attendrissement! Les notes que nous venons d'entendre dans cette éloquence d'une onction emportée sont pour nous toutes nouvelles ; on ne les trouve point dans Démosthène. Il semble qu'ici la corde d'airain ait fait place à la corde d'or.

Cicéron avait demandé que Ton condamnât Verres à restituer aux Siciliens douze millions cinq cent mille Érancs, et cette somme était si loin d'équivaloir aux vols commis par l'ancien préteur, qu'on avait accusé l'orateur romain de s'être laissé corrompre pour ne pas demander davantage ; — cependant les juges n'accordèrent que cinq millions de dommages.

Mais cette lutte contre Verres n'était qu'un prélude à une autre lutte plus dangereuse.

Pendant que la gloire de Cicéron grandissait au Forum* et lui conquérait les plus hautes dignités de la république, un complot se tramait dans l'ombre, contre celle-ci, et menaçait de renouveler, en les dépassant, les horreurs de Marins et de Sylla.

Les courtes tyrannies exercées par ces deux hommes avaient éveillé toutes lès ambitions. Leur succession

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