‹ Causeries historiques et littéraires (volume 4)Chapitre 8 sur 45 · DE ME A · texte numérisé non relu

DE ME A

Je lui dis sans cesse : Évitez ce défaut !

Encore mieux.

Ceci est bien !

C'est cela même.

Cela est mal !

Excellent.

SYRUS

DEMEA.

SYRUS

DEMEA.

SYRUS

DEMEA.

Puis ensuite...

SYRUS, Cinterrompant.

Par Hercule ! c'est dommage que je n'aie pas le temps de vous écouter maintenant ; mais j'ai trouvé des poissons conformes à mes principes et il ne faut pas les laisser gâter; car voyez-vous, Déméa, ce serait pour moi une faute aussi grave que pour vous de ne pas faire ce que vous venez de dire. Autant que cela dépend de moi, je suis vos préceptes à l'égard de mes camarades. Je leur dis sans cesse : — Voilà qui est trop salé : —

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ceci est brûlé ; — il faudrait un peu plus de sel ; — ah! parfait, cela; — souvenez-vous-en pour l'avenir. — C'est ainsi que je les dirige selon ma petite capacité ; en un mot, mon miroir, à moi, Déméa, ce sont les plats, et j'ordonne à mes compagnons de s'y regarder sans cesse pour apprendre ce qu'ils ont à faire.

Il va sans dire que, comme dans la comédie de Molière, le père dogmatique et sévère est pris pour dupe. C'est précisément pour son sage fils qu'Eschinus a brisé la porte du marchand d'esclaves et enlevé la jeune fille ; mais lui-même s'est rendu coupable de violence envers une autre femme qu'il est obligé d'épouser, si bien que la pièce de Térence est, en réalité, sans conclusion. Les deux systèmes ont également échoué, puisque les élèves de Déméa et de Micion ont fait d'égales sottises. L'enseignement donné par Molière est, en même temps, plus logique et plus net ; l'indulgence d'un des tuteurs renfermée dans les limites d'une honnête liberté, lui gagne l'aflection et la confiance de sa pupille, tandis que la sévérité excessive de son frère provoque l'aversion d'Isabelle et justifie ses fourberies.

Les messieurs de Port-Royal , Lancelot , Nicole et Lemaistre de Sacy, avaient publié une traduction des

Adelphes et du PJiormion; mais ils y avaient fait certaines coupures et avaient ajouté une scène à chacune de ces deux pièces, afin, disent-ils, dans leur préface, « de retrancher un poinct de l'intrigue qui blessait l'honnesteté et substituer un incident honneste en la place d'un autre qui ne Testait pas. »

Le Bourreau de lui-même est une espèce de drame bourgeois entrelacé dans une intrigue de valet des moins divertissantes.

Ménédème, voyant son fils Clinia amoureux d'une jeune fille pau\Te, Antiphile, lui en fait des reproches si durs, que le jeune homme s'expatrie. Le père, désolé, se reproche sa cruauté ; Clinia revient et, croyant son père toujours irrité contre lui, il se cache chez un de ses voisins, Chrêmes, qui fait venir celle qu'il aime afin de réunir les deux amants, et reconnaît dans Antiphile une enfant que sa femme avait autrefois exposée parce qu'il ne voulait pas élever de fille !

Ménédème, informé du retour de son fils, déclare qu'il ne le contrariera plus dans aucun de ses désirs ; il consent même à recevoir chez lui une courtisane dont il le croit amoureux et qui est la maitresse de Clitiphon, le fils de Chrêmes. Enfin tout s'éclaircit ; Clinia épouse Antiphile, et Clitiphon obtient le pardon de son père,

qu'il a joué pendant toute la pièce, à condition qu'il se mariera 2)our en finir.

On cherche en vain comment Laharpe a pu trouver dans une pareille pièce « le sujet heureux d'un drame qui , traité avec art , serait susceptible de beaucoup d'effet. » Aucun auteur dramatique n'a du reste partagé son opinion, car le Bourreau de lui-même n'a jamais été reproduit sur le théâtre moderne.

Il en est de même de VHécyre ou la Belle-mère., pièce qui tomba deux fois à Rome. Il n'y a plus ici, à la vérité, aucune apparence de comédie. Il s'agit d'une jeune fille à qui un inconnu a fait violence au milieu des ténèbres, qui épouse un jeune homme et devient mère pendant son absence. Le mari refuse, au retour, de reconnaître une paternité impossible et va demander le divorce, lorsqu'il découvre, au moyen d'un anneau, qu'il a été, avant son mariage, l'auteur de la violence à laquelle l'enfant doit le jour.

Plaute et Térence représentent seuls, pour nous, la comédie latine. Il est propable que les œuvres de leurs rivaux, si ellesavaient échappé à la destruction, ne modifieraient que bien peu le jugement à porter sur le théâtre romain. D'autres poètes nous produiraient les mêmes éléments comiques avec quelques variations dans la

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forme. Ce qu'on doit regretter davantage, c'est la perte de cette littérature dramatique de second ordre qui se révélait dans les atellanes et qui correspondait ATaisemblablement à notre théâtre de la foire. Tout fait croire que la farce italienne, à laquelle la haute comédie ellemême a tout emprunté, n'a point eu d'autre origine que ces espèces de parades populaires. On a prétendu que Polichinelle et Arlequin étaient des personnages fantastiques transmis par les Osques ; qu'il n'était point rare de trouver sur des vases greco-latins les masques , les pantalons et les grandes manches du bouffon italien; que le nom de Zanni , que porte encore l'Arlequin, n'était qu'une altération de celui de Sannio donné au buffon des farces romaines, lequel avait aussi la tète rasée et l'habit composé de pièces d'étoffes de différentes couleurs; enfin qu'on avait trouvé la figure de Polichinelle dans les fresques de Pompéia.

Quoi qu'il en soit, les faiseurs de tours, les baladins et surtout les gladiateurs firent bientôt oublier les comédies et les atellanes. Le spectacle des yeux dégoûta du spectacle de l'esprit. Les pièces étaient interrompues dès les premières scènes par les cris de la foule qui demandaient des combattants. Un peu plus tard, on cria :

— Les chrétiens aux lions! mais alors Rome penchait déjà vers sa ruine, les instincts féroces avaient repris le dessus, et les parfums de la poésie^'étaient perdus dans l'odeur du sang I

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