‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 11 sur 60 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CoBMeBl tbiqK gnrit fptfM tu ÏÏMin M tifUit im ^mI^k (MTn coatta^M. — Uvm in Irlténdira mdmm. — Let Hébreux : CoutiUtindelolH. — Ciiliqit ifc BariJ. — Cinrt^m dnlivmMJiti — Le pilbimquê : (imfinmn it la BihlMli Firdoiuj t\ia Konroiflao — La naïvelé, (f\soàt it Kthtea. — Le li/risme, Piodire cl Htbe. — La méiancolie, piaille de Jah. — Inloticc de FAicin el du Niiuvcia TnUneBl sur Im liUéralirn BoderiM.

Lorsqu'on jct(e les yeux sur la société moderne, ce qui Trappe dès le premier coup d'œil, c'esl la royaulé conquise par l'homme sur la création que Dieu lui avait donné à soumettre.

Il a dit aux agents de la nature : SetTez-moi! et tous sont devenus ses esclaves. L'eau, le feu et l'air lui ont préié leurs forces gigantesques ; la vapeur l'a emporté sur ses tourbillons, le gaz

l'a éclairé de ses lueurs, l'électricité a transmis inslanlanément sa parole, le rayon du soleil a gravé soQ image comme un poinçon d'or!

Et je ne parie ici que des victoires remportées sur la matière, mais que dire du perrectionnement de ces instruments de l'esprit qu'on appelle des langues? C'est grâce à l'admirable mécanisme de ces truchements que les hommes ont pu accomplir tous les autres progrès. 1^ remarque en a été faite avant nous par un grand écrivain que la Suisse a eu l'honneur de voir naître, qu'elle a perdu trop tôt pour sa propre gloire et que je désignerai assez en disant qu'il a été le plus éminent critique de la langue française parce que seul, peut-être, il a su aimer à la fois l'art et l'artiste! L'auteur de la Chrestomathic a dit ingénieusement que « la langue d'un peuple élait la forme même de son esprit » et que plus elle était parfaite, plus elle témoignait d'une intelligence bien constituée. Aussi n'y a-t-il point d'exemple, dans l'histoire, d une race mal pourvue à cet égard qui ait marqué dans tes découvertes. Là où il y a eu un grand développement de civilisation , quel qu'ait été

son caractère, il y a eu préalaUement un travail sur la langue elle-mèine. CeU^-d est l'outil obligé de tout eSbri inteUeotuel ; ob vous ne voyez pas de langue perfectionnée, c'est-indire de littérature, vous cherdieries en vain le reste* Les grands foyers de découverte sont toujours, en même temps, les grandes sources littéraires. Qui est-ce qui sait aiqourd'hui parler et écrire? L'Europe et les États-Unis: Oii est le mouvement scientifique, commercial, industriel, politique? Là seulemeot où l'on parle et où l'on écrit.

L'histoire de la littérature prise daus sa plus large acception est donc , en réalité, l'histoire de la civilisation elle-même. Elle aide ses progrès et les enregistre en même temps. C'est surtout à ce point de vue que nous voulons étudier son caractère aux dififérentes époques de l'antiquité et du moyen âge.

La société moderne, dont nous énumérions tout à l'heure les conquêtes, n'est que la conséquence de ces évolutions préalables du genre humain. En accordant aux hommes le privilège de se transmettre d'âge en âge leurs découver-

tes, Dieu a voulu établir entre eux uoe solidarité indéfinie ; tout n'est chez nous qu'une continuation du passé et un commencement de l'avenir.

Mais dans ce grand travail accompli par les races qui se succèdent, toutes les journées n'ont pas été également laborieuses. Il y a eu des moments de repos, puis des heures de marche triomphante. L'humanité s'est avancée sur la route du temps par étapes inégales. De loin en loin soQ activité merveilleuse a brusquement franchi de grands espaces et accompli de grandes révolutions. — C'est ce que Mahomet, dans son Coran, appelle : les journées de Dieu!

Or, à chacun de ces efforts éclatants, le génie a dressé un monument intellectuel chaîné d'en conserver la mémoire. C'est un poème, un système pliilosophique, un code, «ne histoire, peu importe le nom ou la forme; eu l'étudiant, vous y trouverez l'expression entière du siècle qui l'a produit. Ces édifices élevés pur l'esprit laissent bien loin les monuments de bronze ou de pierre. Que nous apprennent sur l'Egypte les pyramides, les sphynx et les mille

ruines de Karnak, auprès de cequ*Hoinère nous dit sur la Grèce priroiUve et Moïse sur la Judée?

On peut doue affirmer que, dans de certaines limites, les grandes époques de Vhistaire se sont reiHîlées dans les grandes csmres contemporaines !

C'est à l*étude de ces œuvres révélatrices des sociétés successives que nous voulons nous arrêter. Vous comprenez d'avance que nous navons pas la prétention d'embrasser la génénilité de celte histoire de la civilisation cherchée dans les livres; le temps et la science nous manqueraient également pour une œuvre si vaste ; nous ne nous occuperons que de ce qui se rapporte plus directement aux origines historique et littéraire de la race gallo-latine à la- ({uelle nous appartenons.

Ces origines ont deux sources :

Premièrement la source hébraïque ;

Secondement la source grecque, confondue plus tard et continuée dans la source latine.

Le Nord et l'Arabie ont bien apporté, à leur moment, des éléments nouveaux à notre civilisation par l'invasion des barbares et par les Maures d'Espagne; mais ces influences relati-

vement récentes ne peuvent être mentionnées que plus tard et à leur place chronologique. Pour le début nous n'avons à nous occuper que de la double tradition hébraïque et gréco-latine. Nous tâcherons de Tétudier dans les œuvres capitales qui résument des temps ou des sociétés, et nous ferons connaître ces œuvres, non-seulement par l'analyse, mais par des citations nombreuses.

Nous savons que Johnson compare ceux qui jugent un poëte par des morceaux détachés à ce scoliasle, dont parle Hiéroclès, qui montrait une tuile comme échantillon de sa maison ; mais on pourrait répondre à Johnson qu'il n'est pas exact de comparer une partie d'une composition littéraire au fragment brut employé dans la construction d'un édifice. Le fragment brut d'un livre, c'est la lettre, c'est le mot ; si vous prenez une page complète, vous avez déjà un ensemble qui peut porter l'empreinte de tout le génie du poète ; c'est comme une statue détachée du Parthénon : bien qu'isolée, elle vous fait connaître en entier le style de Phidias.

Nous l'avons déjà dit, le plus vieux monu-

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meDl intellectud qui nous fisse coaoattre une civilisation, esiVAticien Ttttammt.

Outre soD cAlé religieux, dout l'appréciation n'est pas de notre domaine et sur lequel doub nous tiendrons dans une respectueuse réserve, l'Ancien Testammt a un côté extérieur qui est la plus haute expression du génie hébraïque. Il ne serait point consacré, pour le fond, comme livre saint, par le christianisme, qu'il resterait, pour ta forme, l'œuvre la plus extraordinaire du passé.

Nul autre recueil ne fait connaître aussi complètement une race.

Dans les trente-neuf parties qui le composent (en éliminant les douze livres apocryphes qui, au point de vue dont nous nous occupons, ont leur importance), on y trouve :

Des histoires, comme les Livres de McUse, ceux de Josué, de Samuel, des Rois, des Macchabées;

Des chroniques particulières comme les âpî- Bodes de Ruih, de Tobie, de Suzanne;

Des codes religieux, comme le Léntique ;

Des prophéties;

Des traités de morale, des hymnes, des poèmes élégîaques comme les Proçerhes, le lAçre de la Sapience, Job, les Psaumes de Darid, VEccUsiaete!

Ainsi, traditions, mœurs, croyances, institutions générales, impressions particulières, tout se trouve dans cet admirable livre ! Le peuple hébreu y vit tout entier.

Vous le voyez, à son origine, sous la tente des patriarches, sans autre histoire que ces drames de famille où apparaissent Agar et Joseph; livré aux visions qui lui montrent l'échelle de Jacob ou cherchant une épouse au puits de Laban ! — Plus tard , vous le trouvez chez les Pharaons, s'agitant dans les langes de momies qui cerclent la société égyptienne et y échappant par la fuite avec tout ce que TEgypte renferme d'esprits vivants, c'est-à-dire d'opprimés;— puis il se montre dans le désert, sous la conduite de Moïse, errant quarante années pour laisser dans les sables le cadavre de la servitude, avec ceux qui s'y étaient accoutumés en Egypte, et entreprendre, au moyen d'une génération nouvelle, la conquête de la terre pro-

mise ; — enfio, vous le màvei dans toates ses révolutions, dans Umtes ses chutes, dans toutes ses délivrances, sans que jamais les grandes voix qui racontent s'allanguissent. — Le divin Homère lui-même dcnrt quelquefois , au dire d'Horace, tandis que Moïse, Josué et Samuel n'ont pas de sommeils ! — Sentinelles du peu» pie de Dieu, ils veillent toujours.

Mais aussi quel peuple ! — Aujourd'hui que le Nouveau Testament est venu compléter TAncien, que derrière le vestibule s*est élevé le temple, et que le christianisme a pénétré partout, même chez ceux qui le persécutent ou qui le nient, on ne rend pas suffisamment justice à la société hélmiïque ; on est frappé de ce qui lui manquait, on ne Test pas assez de ce qu'elle avait constitué .

Mais que Ton compare la Judée au reste du monde de ce temps ! — Je ne parle pas des tribus encore ensevelies dans les limbes de la barbarie; non, qu'on la compare à cette Egypte où une nation entière, pétrifiée entre les mains du sacerdoce, qui faisait un mystère de la science, était devenue un simple outil creu-

sanldes lacs, élevant des pyramides ou taillant des auges funéraires ; -— à cette Assyrie dans laquelle les maîtres parquaient leurs peuples comme un bétail que Ton veut avoir plus près du fouet et du couteau ; — à ce grand empire persan lui-même, où l'autorité divinisée tendait à la foUe et ne devait point tarder à foire battre de verges les flots de la mer qui lui résistaient! Partout alors l'humanité n'apparaît que comme un troupeau ou une armée ; chez le peuple juif seul elle se présente comme une association. La dignité humaine, ailleurs avilie, se montre ici debout.

Voyez plutôt les principes de la constitution dimnée par Moïse !

Le premier, le plus grand, celui qui soutient tous les autres, c'est l'unité de Dieu! Dans cette société démo-théocratique. Dieu est au sommet, le peuple au-dessous ; les prêtres sont les intermédiaires.

Le second principe est la liberté ! — Pas de maîtres en Judée, mais des chefe de tribus qui gouvernent avec le conseil des anciens ; les juges sont nommés par le peuple. Il y a un grand

conseil de vieinards pour les tribus (te Sanhédrin) ; un grand juge chargé de Yeiller à la oon* gervaiion des lois. C'est une confiMération de douze tribus.

Plus tard, quand Dieu leur donne des rois € dans sa colàre, w c'est le mot de l'Ecriture, ces rois ne peuvent eux-mêmes commrttre im^ punément l'injustice. Les prêtres défendit le droit et s'ils se taisent, les prophètes élèvent la voix! Us descendent de la montagne avec le sayon de poil de chèvre, les pieds nus et le bâton de voyageur à la main ; ils rappellent les lois éternelles, ils prononcent Tanathème sur l'iniquité puissante ! C'est la liberté de la presse de l'époque, avec les douze commandements pour charte et pour éditeur responsable. Dieu !

Et ne vous étonnez pas de cette hardiesse des prophètes ! Elle est la conséquence naturelle de la constitution de Moïse, qui, avec la liberté, a proclamé l'égalité religieuse et civile. On ne connaît point de classes en Judée ; il n*y a que des divisions de fonctions. La tribu de Lévi consacrée au culte reçoit la dlme, non à titre de privilège, mais par nécessité. Ici, pas de scien-

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ces secrètes , de mystères de Memphis ; la science est à tous comme le soleil ; pas de privilèges guerriers ; tout citoyen est soldat !

Mais la liberté et régalité créent surtout des droits ; pour constituer le devoir, Moïse met la charité dans la loi ; il défend que le bout du champ soit moissonné, il appartient au pauvre comme Tépi qui tombe de la gerbe. Pour la première fois les hommes s'appellent* frères! — et cela devait être; ne descendaient-ils pas tous visiblement d'une même famille? n'étaient-ils pas sortis d'Abraham? — Heureuse nouveauté! la tradition historique fondait ainsi la fraternité.

Nous le demandons, ne sont-ce point là les véritables bases de la société chrétienne, c'està-dire du monde moderne, et ne reconnaissonsnous point dans cette organisation religieuse et politique la racine d'où a jailli l'arbre qui nous ombrage?

Mais pour faire parvenir cette tradition jusqu'à nous à travers le monde antique, il fallait une race qui sût conserver sa nationalité à tout prix ; qui, dispersée dix fois, foulée aux pieds de tous les conquérants, pût garder son em-

preiale, comme ces médiilles d'un iodestruo' tible m^l qu'cM retrouTe intactes au mitiea des nÙMB aécubùrasl Aossi sbdIfOo que c'a* à ce but que tend tOMJonn et partout VAnàm Tetiammt ; la persistance de la nationalité par la persistance de la fi» 1

C'est là le palladinm du peuple saint. Qoiconque le sauve est éleré au siège de grand juge ou au trdne royal, fiit-il un pauvre paysan battant lui-même son grain comme Gédéon, un chef de vagabonds comme Jq>falé, un gardien de troupeaux comme David \ C'est pour cela aussi que, dans la conquête, les Hébreux se montrent implacables, que les villes prises deviennent des tombeaux ! Leur Dieu est le dieu ja- ■ toux! sa loi ne peut se concilier avec aucune autre loi ; pour elle, la question est celle d'Ham* let : itreou nepcuétrel

La patrie est ainsi toujours identifiée avec la religion ; celle-ci est la véritable frontière des Juife. E'our les empocher de se confondre avec les autres peuples par les intérêts positifs, il ne fidiait pas moins que cet intérêt divin.

Les rois eux-mêmes, ntalgré leurs infidélités.

ooDservent cette tradition nationale jusqu'au jour où la nation périt. On se rappelle David dansant et chantant devant Tarche. Dans une autre occasion où les Philistins occupaient le pays, il dit en riant qu'il voudrait boire de l'eau de la citerne de Bethléem. Pour en puiser, il fiJlait traverser l'année ennemie ; trois de ses officiers le tentent et lui rapportent l'eau qu'il avait désirée ; mais David les remercie en s'écriant :

— Je ne boirai pas une eau achetée avec le sang de mes frères!

Et il l'oflfrit à Dieu ! fl ne voulut pas que le dévouement des soldats fut pour lui, mais pour la patrie confondue dans le Seigneur.

Aussi écoutez comment il le remercie après cette victoire remportée sur les Philistins, où« selon l'énei^que expression du livre de Sa* muel, sa main s'est lassée de tuer jusqu'à demm-rer attachée à la garde de son épée !

CAMTIQCB DE DAYU).

L'Étemel est mon rocher, ma forteresse et mon libérateur.... il est mon boucli^ et la force de mon salut; il est ma haute retraite, il est mon asile....

Les liens dn sépulcre m'anient environné, la filets de la mort m'avaient suivis.... J'ai crié vers l'Ëler* ael ; il a entenda ma voix.... II a abaissé les deux, il est descendu sur les luées. . . Il a étendu autour de loi les ténèbres comme nne tente.... Il a tiré ses flèches, il a écarté mes ennemis....

L'Eternel m'a rendu selon ma Justice et ma pureté, car j'ai suivi sa v(rie et Je n'ai pas commis d'infldâité contre mon Dîen.... J'ai eu devant les yeux tons sea ordres et je ne me suis détourné d'aucune de ses lois...

Ëiei-nel, tu es bon avec celui qui est bon; tu es juste avec celui qui vitdansrittt^1té....Tu sauves le peuple affligé et tu abaisses les yeux des superbes.

Tu es ma lampe, A Éternel, et tu éclaireras mes ténèbres.

Avec toi je me jetterai sur toute une troupe et avec mon Dieu je ft-ancbirai la munùlle.... Le Dieu Tort est ma force, il a aplani la route devant moi ; il a rendu mes pieds aussi prompts que ceux de la biche.... Il a tellement dressé mes mains au comiiai, qu'elles ont pu rompre un arc d'airain....

J'ai poursuit mes ennemis et je les aï exterminés... Ils regardaient çà et là, mais il n'y avait point de libérateur;... et je les ai brisés comme la ponsNère de b terre ; je les ai foulés aux pieds comme la twue des chemins!....

L'Étemel est vivant et mon rodter est béni....

Voilà le vrai chant national des Juifs ! et ce chant, vous venez de l'entendre, il n'a qu'un inspirateur, qu un but : le Dieu créateur et rémunérateur.

Cette citation nous fait entrer de plein pied dans la forme littéraire des Hébreux, et, dès le premier pas, nous sentons que c'est là un monde à part. Mais nous n'avons encore indiqué qu'un coin de cet immense poème dont le peuple de Dieu est le héros .

Le littérateur qui pénètre dans V Ancien Testament ressemble à ces premiers navigateurs qui abordaient des régions inconnues. Leurs yeux demeuraient d'abord éblouis des végétations luxuriantes, des grands fleuves, des horizons noyés de lumière! puis insensiblement ils s'y accoutumaient et les caractères distinctifs de ce nouveau monde finissaient par les frapper. Il en est de même pour la littérature des Hébreux. On a dit poétiquement que le génie de chaque peuple était une lyre montée de cordes différentes et plus ou moins nombreuses; en continuant l'image, on pourrait déclarer que la lyre hébraïque a quatre cordes qui lui sont

propres : ce 8cml les quatre traits partiodiers du caractère de la race paaaéi ao caractàre de la littérature, les quatre sources qpédales aux* quelles rinspiration puise à la fois on tour à tour.

La première de ces sources est le pîiloriBsqmf Ou seut que ce peuplea yôcu dans les pàtu» rages de la IKsopotamie ou au fond des rustir ques vallons de la Judée, en oommunication constante avec la nature. Les formes extérieures sont devenues les symboles ordinaires de ses idées; les cèdres et Thysope, les étoiles et les nuées paraissent des mots obligés de son dictionnaire ; il ne les emploie pas comme des figures, mais comme des expressions habituelles. L'image n'est pas juxta-posée à l'idée, ainsi que nous le verrons dans les autres littératures, sous forme de comparaison; elle traduit directement l'idée elle-même. En parlant d'un homme inique, un poôte grec pourrait comparer à un puits la profondeur de son injustice, le prophète juif l'appellera directement ptitl« Vf mtquUé et il ne croira pas avoir foit une image, il croira lui avoir donné son nom.

Ailleurs, quand Dieu parle de la manière dont il retint et gouverna les eaux élancées du sein de rabhne au moment de la création, Thébreu lui fiait dire avec une énei^ splendidement imagée :

Qui prit soin de la mer lorsqu'elle sortit du sein où elle avsût été retenue? lorsque je la couvris d'une nuée comme d'un vêtement et que je Tenvironnai de vapeurs obscures comme de langes et de bandelettes? lorsque je lui donnai mes ordres et que je lui opposai des barrières en disant : — Tu n'iras pas plus loin !

C'est ce même Seigneur que le prophète nous montre revêtu de lumière pour manteau, et qui avertit les oppresseurs par ces mots :

Malheur à vous qui bâtissez vos maisons avec le sang du peuple! la pierre criera contre vous du milieu de la muraille et les charpentes rendront témoignage.

Job dit aussi en parlant du temps où sa richesse lui permettait de secourir ses frères :

L'équité de mes jugements était mou diadème.... j'étais l'œil de l'aveugle et le pied du boiteux ; je brisais les dents de l'injustice et je lui arrachais sa proie.

Vous le voyez, réimpression est toiqmirs ime figure qui peint aux yeux la pensée, qui lui communique une couleur et un contour..

Il résulte de l'habitude de ces formes hardies je ne sais quel relief splendide qui donne à la littérature des Juib un éclat que l'on chercherait vainement ailleurs. Le génie de l'Orient luimême , tel qu'il s'est révélé dans les Vedas et dans le grand poSme persan de Firdausi, n'a rien de ce pittoresque puissant. Il étouffe presque toujours l'idée sous mille comparaisons entassées au hasard, tandis que le génie hébreu la sculpte, pour ainsi dire, en une image vivante.

Nous insistons sur ce point avec intention. On a tant répété que la littérature juive procédait de l'inspiration orientale, qu'il est bon de constater que c'est là une confusion ou une erreur. Même pour la forme, VAfwien Testament ne procède que de lui-même et le souffle ferme et sain qui le traverse n'a rien de commun avec les brises affadies de Tlnde ou de la Perse. Nous vous en ferons juger par une courte comparaison de deux fragments empruntés au livre

des Juges et au grand poôme de FirdauH (le Livre des rois). H s'agit, dans le premier, d une expédition d'Abimélech, dans le second, d une bataille livrée par Féridoux à ses oncles révoltés. Voici d'abord le récit biblique :

Abimélech se leva de nuit avec tout le peuple armé qui l'avait suivi, et ils se placèrent en embuscade près de Sichem, après s'être partagés en quatre bandes.

Alors Gahal, fils de Hebed, étant sorti de la viOe s'arrêta près de la porte et Abimélech se leva avec tout le peuple armé.

Et Gahal les ayant aperçus dit à Zébul : — Voici une troupe qui descend des hautes cimes; mais Zébid lui répondit : — Prends -tu l'ombre des montagnes pour des hommes?

Et Gahal parla encore et dit : — Voici une troupe qui arrive par la plaine et une autre qui suit le chemin des Chênes aux devins.

Zébul lui répondit: — Eh bien! as-tu peur? tu répétais hier encore : — Qui est cet Abimélech que nous nous montrions ses serviteurs? Voici ceux qiie tu as méprisés ; sofs maintenant pour les combattre.

Gahal sortit conduisant les chefs de Sichem, et il combattit Abimélech.

Mais Abimélech le mit en fuite, le poursuivit, et plusieurs des siens tombèrent morts jusque sur le seuil de la porte.

Le jour snitttit, Abànélech ibA attaquer la viHe eUe-méme; 0 la prit, tua les habitants, Ittoat abattre et sema dn ad sur les mines.

Et tous les chefii de la tour deSichem se retirèrent alors dans un lieu ftirtifié qoi était le temple du dieu Berith.

Mais Abimélech gravit la montagne de Ttolmon, suivi du peujde armé; il prit une hache, coupa une branche d'arbre, la mit sur son ^nle et dit : — Que loui le monde fiisse comme moi.

Chacun coupa donc une branche et suivit Abimélech jusqu'au fort, autour duquel tout le bois fut entassé. On y mit le feu, et les gens de Sichem y périrent. Ils étaient là mille environ.

Et de là Abimélech s'en alla à Tebetz qu'il assiégea et qu'il prit.

Or il y avait au milieu de la ville une foite tour où s'enfuirent les hommes, les femmes et les chefs du pays. Ils fermèrent la porte et montèrent sur la plateforme pour se défendre.

Alors Abimélech vint attaquer la tour et voulut encore y mettre le feu.

Mais une femme ayant lancé une pierre de meule, il eut la tête fracassée.

El ayant appelé sur-le-champ le jeune homme qui portait ses armes, il lui dit: — Tire ton épée et tuemoi, (le peur qu'on ne dise : — 11 est mort de la main

d'une femme ! Le jeune homme le perça donc de son épée et il mourut.

Et ceusL d'Israël le voyant mort s'en retournèrent chacun à son logis.

Ainsi Dieu fit retourner la méchanceté d'Abimélech sur lui-même, après avoir retourné la méchanceté des hommes de Sichem sur leur propre tête.

N'ètes-vous point frappés de la grande tournure de tout ce récit? Quelle sobriété et cependant que de couleur ! Quelle énergie dans chaque coup de pinceau. Comme on voit ce farouche Abimélech qui ne se donne même point la peine d'expliquer ses projets au peuple armé, mais qui lui dit : — « Faites comme moi! »

— Quel trait que ce dernier mot à Tenfant qui porte ses armes : — « Frappe-moi de peur qu'on ne dise : Il est mort de la main d'une femme ! r>

— et comme la conclusion établit bien l'inflexible justice de Dieu qui punit le méchant par le méchant.

Non, nous le répétons, ce n'est point là de Torientalisme ! L'orientalisme, vous allez en avoir un échantillon, et nous l'empruntons au chef-d'œuvre du genre, à l'épopée de Firdousi,

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