‹ Causeries historiques et littérairesChapitre 44 sur 60 · LE HÉRAUT · texte numérisé non relu

LE HÉRAUT

Les Stratèges t'oi*donnenl de partir sur-le-champ avec les cohortes et les aigrettes et d'aller garder hi (i'ontière, malgré la neige qui tombe. On a annoncé une invasion de brigands béotiens pendant la fête de<; coupes et des marmites.

LAMACBUS.

0 Stratèges , plus nombreux qu'utiles ! ne sei*a-t-îl donc plus permis de se réjouir un seul jour?

m MESSAGER , accouraiil par la gauche.

IHcéopolis !

DICÉOPOLIS

Qu'y a-i-il?

LE MESSAGER

Cours vile au fesiio avec une corbeille et une coupe, le prêtre de Baccbus t'invite ; on a'attead que toi pour se mettre ù table. Tout est prêt, lits, tables, coussins, couronnes, parfums, dcsseils,... tu y trouveras toutes les délices...

LAHACHl'S, d droile.

Malbeureux que je suis!... — Esclave, apporte-moî mon sac de campagne.

DICÉOPOLIS, d gauchf.

Esclave, vite ma corbeille de fesliti.

tJlMACHtJS.

Mets là les plumes de mon casque.

DICÉOPOLIS

Mets ici ces ramiei's et ces grives.

LAMACHUS.

Que cette plume d'autruche est belle et blanche.

D1CÉOP0L18.

Comme cette chair de pigeon est ragoîkiante et dorée.

LAIUCHUS.

Donne-moi l'étui où est ma triple aigrette.

DICÉOPOLIS

Donne-moi !e civei de lièvre.

LAMACHUS.

Esclave, décroche ma lance.

DK^OPOUS.

Esclave, débroche randouiile.

LAMACHUS.

Apporte ici Torbe de mon bouclier à la Gorgone.

DICÉOPOLIS

Apporte l'orbe de mon gâteau au fromage.

LAMACHLS.

Verse un peu d'huile sui* le bouclier.

DICÉOPOLIS

V(Mse ))eaucoup de miel sur le gâteau.

LAMACHLS.

Esclave, donne-moi ma cuirasse de bataille.

DICÉOPOLIS

Esclave, donne-moi ma coupe.

LAMACHUS.

Avec cela je tiendrai tête aux ennemis.

DICÉOPOLIS

Avec ceci je tiendrai tête aux buveui'S.

LE CHŒUR

Allez gaîiuent tous deux au combat ; mais quelles routes différentes vous suivez : l'un boira, couronné de fleurs, l'autre montera la garde, transi de firoid.

Tous deux partent en efifet, et, à la fin de la pièce, Lamacbus revient blessé, tandis que Dicéopolis reparait, la couronne de violettes au front, chantant un hymne à Bacchus et suivi de joueuses de flûte.

Dans la pièce intitulée La paix, un vigneron nommé Trygée monte au ciel sur un escargot pour demander raison à Jupiter des maux de la guerre.

Mais les dieux se sont retirés au plus haut du ciel , a6n de ne pas voir les sottises des hommes. Mercure seul est resté pour garder la vaûiseUe! Trygée le séduit en lui donnant un jeune porc (Mercure est gourmand), et le dieu lui montre la guerre qui se prépare à piler dans un mortier toutes les villes de la Grèce, tandis

que la Paix gémit renfermée au fond d*une grotte.

Trygée convoque des dtoyens de tous les pays et les excite à délivrer la captive. Ils arrivent pour aider à écarler les blocs de pierre qui ferment la grotte ; mais les Ârgiens s'y prennent mal volontairement; les Béotiens font semblant de tirer et laissent tout en place ; enfin pourtant la Paix est délivrée ; Trygée Temmène sur terre, il l'épouse, et la pièce se termine par un chœur de joie générale.

Mais de toutes ces comédies politiques, la plus audacieuse, sans aucun doute, est celle qui a pour titre les Chevaliers.

Aristophane y dévoile librement sa haine contre le gouvernement démocratique. — Nous ne devons pas oublier qu au point de vue de Thistoire, ce qui va suivre n*est point un jugement : c*est une satire de parti, c'est-à-dire une observation exagérée jusqu'au mensonge. Aristophane parle du peuple athénien comme un ennemi, et ce peuple, dont on a tant de fois accusé rintolérance, se sentit assez fort pour rire de ses épigrammes ! Nous verrons comment la-

ristocratie romaine accueillit celles de Nœvius, et qui, des plébéiens ou des grands, 6t preuve, à ce sujet, de lit>éralisme et de bon goût.

Dans la comédie des Chevaliers, Aristophane représente le peuple athénien sous la âgurc d'un vieillard irrascible et radoteur, dont quelques misérables se disputent la bienveillance. Il a près de lui Démosthène et Nicias (les deux généraux qui avaient commandé l'expédition de Messine et pris la ville de Pylos) ; mais tous deux se plaignent d'avoir été supplanté dans l'esprit de leur maître par Cléon, le corroyeur ! Par bonheur, ils découvrent un oracle qui annonce que Cléon sera supplanté à son tour par un charcutier ( c'était Hyperbolus, qui disputa en effet le pouvoir à Cléon) ; aussitôt ils en arrêtent uo qui passe pour se rendre au marché.

DËMOSTKÈriE, l'arritonl.

Bieubeureux marchand de boudins , uppruche , homme chéri, toi qui nous apparais comme le sauveur de ta république.

LE CHARCUTIER

Qu'y a-t-il? que me voulez-vous?

DKMOSTHÈ^E.

Viens appreudœ de nous ion bonheur et ta haute fortune.

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