BONHEUR BRISÉ
La journée avait été belle, Le soleil baissait radieux, Mettant au coeur une parcelle, Un rayon de ses flots joyeux.
Au bord de la mer, sur la plage, Se tenaient deux jeunes époux, Dont les instants s'écoulaient doux, Entre deux enfants en bas âge.
L'un de six ans, un peu pensif, L'autre de quatre, aimable et vif.
Plus loin, sous les yeux de la bonne, Les bambins plongeaient dans la mer.
Quand soudain, un grand cri résonne: C'est la servante. O sort amer !
Le jeune reste sous la vague!
Au secours volent les parents.
Pourra-t-il vivre? Est-ce encor temps?
Mais le petit, au regard vague, N'a plus qu'un faible souffle en lui, Hélas ! bientôt la vie a fui.
Dans son désespoir effroyable, La mère négligea l'aîné, Qui pourtant se faisait aimable ; Mais se voyant abandonné, De guerre las, il devint sombre ; Tomba malade jusqu'au jour, Où, privé de joie et d'amour, La mort l'approche de son ombre.
La pauvre femme, à ce malheur, Le sent revivre dans son coeur.
Mais soins, caresses maternelles ,
Tout fut vain, il allait mourir
Soudain, pris d'angoisses cruelles, On l'entend se plaindre et gémir :
Un prêtre, maman, vite un prêtre !
Comment, par ces mauvais chemins, Pour des caprices enfantins,
Déranger le pasteur ; peut-être
Est-il trop tard? l'enfant est bas, Il ne verrait que son trépas.
Oh ! Maman, dit-il avec peine,
Tu sais, quand petit frère est mort,
Par une irrésistible haine,
Qui m'étreignait souvent et fort,
Sous l'eau je lui retins la tête,
Car plus que moi tu l'aimais trop. . . .
On manda le prêtre au galop.
Et sa petite âme bien prête,
Ensuite s'envole au séjour
De miséricorde et d'amour.
Cette famille était heureuse; Jeunesse, fortune et santé, Epoux modèle et femme pieuse, C'était une félicité.
Mais la hideuse jalousie, S'est infiltrée en ce milieu, Où toutes les bontés de Dieu Se déversaient comme à magie.
Fait inoui : ce ver rongeur Mordait dans une fraîche fleur.
Combien de mères sont coupables D'encourager ce vice affreux.
Des injustices incroyables, Rendent des anges malheureux.
Aux uns vont toutes leurs caresses :
Ils sont si bons et si charmants !
Comme si les autres enfants, Ne réclamaient pas des tendresses.
N'allumons pas l'envie au coeur, Car à jamais plus de bonheur!