SAINTE-ROSE DE LAVAL
De ma belle place natale, Je conserve un doux souvenir.
Je ne lui vois pas de rivale, Souvent j'y songe avec plaisir.
Il est bien changé, ce village, Dans son mouvement incessant, Le progrès, toujours davantage, Le refait plus beau, plus charmant.
L'ancienne église, fort jolie, Parée en ses nouveaux atours ; Toute peinte et bien rafraîchie, Ne fait plus croire à ses vieux jours.
Le monument de sainte Rose, Sorti des mains d'un grand sculpteur, Démontre surtout une chose, L'héroïsme d'un noble coeur.
Il se dessine mon village, Sur la charmante isle Jésus, De ce nom il a l'apanage D'attirer à lui toujours plus.
De grands arbres donnent l'ombrage; Hier plantés, maintenant beaux.
Le temps, d'une main forte et sage, A fait des cimes des arceaux.
La rivière baigne ses plages, Couvertes de belles villas.
C'est bon vivre en ces paysages !
En paix et loin des brouhahas.
Dans l'onde, des isles nombreuses Paradent sur ses douces eaux.
Des maisons coquettes, rieuses, Les ornent comme des joyaux.
Quand le soleil fait tout reluire:
Volets rouges, blanches maisons ; Et qu'il baigne de son sourire:
Parterres, fleurs, bois et buissons.
C'est gai, riant, tout plein de vie.
Et les mille petits bateaux, Qui sillonnent l'onde jolie, Rendent tous ces aspects plus beaux.
Pourtant ce décor artistique, Pour moi n'a pas autant d'attrait, Que le vieux village rustique, Où mon enfance s'égayait.
C'était le temps des hirondelles, Des gais refrains du rossignol, Des roses sauvages et belles, Des humbles fleurs jonchant le sol.
C'était la tranquille nature, Versant ce qu'elle a de divin :
Son exubérante verdure, Son herbe croissant au chemin.
Environ deux fois par semaine, Dans l'après-midi nous allions Respirer la brise sereine, Dans les isles aux frais gazons.
En ces temps, le labeur de l'homme N'y faisait d'habitations ; C'était plus amusant, en somme, Comme chez-nous, nous nous trouvions.
Une nappe sur l'herbe fraîche, Et des mets toujours succulents, Produits souvent de notre pêche, Faisaient des repas excellents.
Mais c'était quand le soleil baisse, Vers six à sept heures du soir, Quand des arbres l'ombre sans cesse Grandissait; quand, comme un miroir,
L'onde devenait calme et claire.
C'était enivrant ! C'était beau !
Et plus tard venait la lumière Du beau ciel étoilé dans l'eau.
Pour retourner, l'âme joyeuse, Dans un grand canot nous glissions Sur cette rivière berceuse; Et tous ensemble, nous chantions
Je l'aimais aussi mon village, Quand, d'un calme profond, le soir, Tout sommeillait sous le feuillage, Laissant à peine percevoir
Le léger bruissement des branches, De l'insecte et du cours des eaux; Les sons plus loin, du pont de planches, Que font les pas lourds des chevaux.
Et ces bruits dans ce grand silence; Et les étoiles qui brillaient ; Et Phébé dans l'espace immense : Mystère et grandeur qui charmaient !
Il était si doux et paisible !
Mon village des anciens jours.
Il attirait l'âme sensible, Pour de bien suaves séjours