SOUVENIR
C'étaient mes dernières vacances; J'étais jeune, j'avais seize ans.
L'âge où de grandes espérances, Se mêlent à nos jeux bruyants.
Enfin libre, j'étais heureuse!
Mais pourquoi des pressentiments, Venaient dans mon âme joyeuse, L'étreindre en de sombres tourments?
Je ne savais rien de la vie, Pourquoi cette vague frayeur?
Pourquoi plus d'une rêverie, Avaient des accents de douleur?
J'aspirais, dans mon ignorance, Au bonheur durable et parfait; Et je sentais avec souffrance, Qu'ici-bas, rien ne satisfait.
J'avais pour une des maîtresses,
Ange à l'habit religieux,
Une de ces pures tendresses,
Qui sont quelques reflets des cieux.
Un jour que je m'ennuyais d'elle, Et qu'avec douceur j'y songeais; O la surprise ! Elle m'appelle !
C'était sa voix ! Je la voyais !
C'est un des bonheurs de ma vie Le lendemain je parcourus La route qu'elle avait suivie, Sentiers déjà souvent revus.
Pittoresque était la nature.
Comme tout me paraissait beau !
Plus délicate la verdure !
Plus blancs les nénuphars dans l'eau.
Ce chemin longe une rivière, Avec grâce la contournant. Plus frais me semblait l'atmosphère !
Splendide le soleil couchant !
De si douces réminiscences,
Sont de la vie une oasis,
Où tous mortels, dans les souffrances.
Vont et reviennent rafraîchis.