‹ Causeries litterairesChapitre 24 sur 34 · LA VIE ET LA MORT · texte numérisé non relu

LA VIE ET LA MORT

Je suis "La Vie"!

Je suis partout.

Et l'on m'envie !

La mort surtout.

De toi ne sois pas satisfaite ; Plutôt sache que moi, "La Mort" A te faucher suis toujours prête, Et qu'entre mes mains est ton sort.

Mais je suis forte, Cruelle mort; En moi je porte Joie et transport.

Pourtant partout je te domine, Futile vie. Et moins d'orgueil ; Car sans cesse je t'avoisine, Et t'extermine au moindre écueil.

O mort hideuse,

Eloigne-toi.

Je suis heureuse !

C'est là ma loi.

Pitoyable est ta frénésie:

Ma force est puissance ici-bas ; A chaque moment de ta vie, Je me rapproche pas à pas.

Je suis la vie!

Je veux jouir !

La mort m'ennuie, Je veux la fuir.

Cela pendant que je t'enlace, Et que d'un peu de toi toujours, Je prends et jamais ne me lasse; Tu vis en mourant tous les jours.

Ah ! je suis belle, Pleine d'ardeur, Je renouvelle Joie et bonheur.

Triste, dans mes bras je t'enserre, Jusqu'à ce qu'enfin au tombeau, Tu reposes sous le suaire, T'enveloppant de mon manteau.

O mort, silence!

Tu fais frémir ! .

Mon existence Ne veut finir.

Si tu savais tous les services, Que je rends à l'humanité ; Beaucoup de moi font leurs délices, Considérant l'éternité.

Mais c'est la vie, L'éternité.

Dieu m'y convie, Dans sa bonté.

Ah! il faut que tu te soumettes A mes lois, avant d'en jouir.

Et cette mort que tu rejettes, Te fait belle pour éblouir.

Et moi la vie!

Je te dois tant?

Je te défie, Dis-moi comment.

Mais ne vois-tu pas la nature?

Le grain dans la terre jeté, Et, comme mort, se transfigure En arbre de toute beauté.

Si c'est l'image Du genre humain, La mort est sage Et sans levain.

Sache-le, je suis ton amie, Seule vraie et sans intérêt :

Car en te redonnant la vie, Ce sera ma fin, en effet.

Tu m'as fléchie, O sombre mort !

Sans argutie, Soyons d'accord.

Joyeusement, marchons ensemble!

Allons jusqu'au séjour du ciel !

Avec l'ange qui te ressemble, Toujours jouis de l'Eternel !

Toi, mon amie, Où seras-tu?

Car je n'oublie Bienfait rendu.

Au néant, et j'en suis ravie!

Plus de lugubre mission:

Celle de te germer "La Vie", Dans les pleurs, dans l'affliction.

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