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AU PAYS DU SOLEIL

Partir d'un grand pays du nord, Du beau Canada que j'admire, Pour bientôt me trouver à bord D'un riche et superbe navire, Qui vogue vers des régions.

Où le soleil réchauffe et brille, Faisant confondre les saisons.

Me fut chose aimable et gentille.

A l'automne fut mon départ ; Je fuyais la sombre nature, Et pourchassais, de mon regard, La terre promise et future.

J'en croyais à peine mes yeux !

J'étais sur l'océan immense, Bravant l'abîme sous les cieux !

J'entrevoyais sa force intense, J'en savourais l'air embaumé.

L'oeil embrassait le vaste espace, Toujours de plus en plus charmé :

Tant de grandeur jamais ne lasse Rapides s'envolent les jours, Car les vagues avec délices, Consentent à bercer toujours, Et dissimulent leurs malices.

Tout souci se met de côté; C'est le charme d'un long voyage.

es

Sous toute forme, adversité,

Pourquoi revenir au rivage

Joyeusement nous avançons ; Bientôt nous serons aux tropiques.

Le soleil, de ses purs rayons, Rit à des terres magnifiques.

Qu'ils sont superbes ces palmiers !

On les dirait en rangs, sur place ; Toujours on les voit les premiers, Droits, élancés et pleins d'audace.

Les passagers sont sur les ponts.

C'est l'isle anglaise Jamaïque; On admire les environs.

Kingston est charmante et stoïque, Elles a traversé des malheurs :

Elle eut un tremblement de terre, Infligeant ruines et heurts, Mettant des morts sous la poussière.

Leur liste, de quatre-vingts noms, Est sur une haute colonne.

Et les décombres des maisons Sont là, sans qu'on les refaçonne.

Mais ailleurs portons nos regards.

Voyons ces nouveaux paysages, Et les indigènes gaillards, Avec leurs moeurs et leurs usages.

A l'arrivée, en accostant, Gaîment nagent des enfants nègres ; Us visent les sous du passant, Plongent, les atteignent allègres, Puis nous disent d'un ton railleur, Feignant ne pouvoir les saisir :

Nous l'avons manqué, quel malheur !

Et replongent avec plaisir.

En entrant dans la Capitale,

En plein centre nous nous trouvons.

Avec complaisance elle étale

Ses richesses et ses fleurons.

Les gens reviennent du marché,

Des paniers de fruits sur la tête,

Gais, pimpants comme aux jours de fête,

Dans la rue on les voit marcher.

Notre cocher sonne une cloche,

Pour les avertir du danger,

Lorsque vers la mule on approche.

Nous passons devant un verger;

Nous traversons de grandes places ;

Et des jardins et des palais,

Ornés de mille vertes glaces.

Belle Isle, que je t'admirais !

J'aimais tes fleurs, ta douce brise.

A regret, il faut te quitter.

Pour que la mer doive, précise,

A d'autres plages nous porter.

Nous atteignons bientôt cette Isthme De Panama, dont le canal Nous intéresse au paroxisme; Vraiment, cela n'est pas banal !

Et nous le côtoyons sans cesse, En la traversant de Colon A l'autre rive. Une tristesse Nous vient à la réflexion De l'insuccès de l'entreprise; De tant de malheureux jetés Au dénûment, et par méprise, Au début des plans projetés.

De Panama, superbe ville.

Nous n'en eûmes qu'un aperçu ; Et dans une hâte fébrile, Nous dirigeâmes droit au but.

C'est sur l'Océan Pacifique.

Que .maintenant nous naviguons ;

Mais à ce nom, l'onde réplique, Et nous montre ses tourbillons.

Enfin, c'est la terre promise !

Nous voici près de Callao, Port de mer dont je suis éprise, Et qu'il nous faut quitter bientôt, Pour aller à la capitale Du riche pays, le Pérou, Lima la belle, et d'où s'exhale, Aux églises, dans l'air, partout, Le souvenir le plus vivace, De celle dont l'austérité, Unie à la plus haute grâce, N'a d'égale que sa beauté.

Partout pour elle des couronnes !

Partout pour elle des autels !

Et toi, sainte Rose, tu donnes Confiance aux humbles mortels.

Là, fut la maison de son père, Changée en une basilique ; La cour où souvent en prière, Veillait la grande séraphique.

J'ai contemplé l'immense puits, Où furent trouvés ses cilices, Les jetant, dans les sombres nuits, Voulant cacher ses sacrifices ; Le pavillon qui l'abritait, Entouré de belle verdure, D'où vers le ciel elle épanchait Les richesses de sa nature.

Des miracles sont obtenus ; On lui fait des pèlerinages ; Le souvenir de ses vertus Devra revivre à tous les âges.

Et que dirai-je du climat

De la richesse déversée, Ouand au matin, partout s'abat, En gouttes fines, la rosée.

C'est frais, c'est bon, vivifiant!

Mais bientôt on n'en verra trace:

Le roi des astres, chaud, brillant, La chassera pour faire place, A ses rayons d'un or vermeil, Qui viendront, comme une caresse, Baiser le jour à son réveil, Et mettre partout l'allégresse.

Ce qu'on aime d'abord à voir, C'est la grande place publique, Où l'on croise les fleurs le soir, En marchant sur la mosaïque.

Au fond, dans toute sa longueur, Paraît la belle cathédrale, Qui met la foi, la paix au cœur ; C'est une oeuvre d'art magistral*?.

De chaque côté, les marchands Attirent par leurs étalages.

Des voûtes couvrent les passants, Les maisons sont à deux étages ; Les murs, d'une grande épaisseur, Font le logis frais, confortable, Et le soir donnent leur chaleur, Quand tout est clos, au préalable.

Au dehors, aucun ornement ; Construites à l'Orientale, Ont un intérieur charmant : .

Balcons, fleurs, jets d'eau, tout s'étale. La richesse et la pauvreté S'avoisinent sans jalousie; Celle-là fait la charité, Adoucit de l'autre la vie.

Dans les jardins publics, partout, Des oiseaux, aux riches plumages, Font des notes dominant tout, Et charment par leurs verbiages.

Ne te reverrai-je jamais?

O Lima ! Douce enchanteresse !

De ton souvenir désormais, J'ensoleillerai ma tristesse.

Je me rends vers Aréquipa, Deuxième ville en multitude.

Mêmes moeurs, mais autre climat, Causé par sa haute altitude.

Comme tous les Péruviens, Les gens sont bienveillants, affables, De leurs bontés je me souviens, Elles seront ineffaçables.

Plus au sud nous nous dirigeons, Valparaiso, comme une reine, Nous éblouit, nous l'admirons ; Sa beauté rend l'âme sereine.

Là des femmes sont conducteurs De tramways. Avec politesse, Elles guident les voyageurs, Les renseignent avec adresse.

Nous traverserons maintenant, En escaladant les montagnes, L'espace du grand continent, Admirant villes et campagnes.

Nous sommes aux Andes enfin; Nous formons une caravane, Admirant, sur notre chemin, L'altière crête diaphane.

Jusqu'au sommet longeons toujours Un large et profond précipice.

Nous le suivons dans ses détours, Tremblant à l'aspect du supplice D'une chute, et de ses horreurs.

En montant, le froid est intense; Le soleil n'a plus ses chaleurs, Mais colore, avec complaisance, Le sable de mille couleurs.

Spectacle vraiment grandiose, Qui répand partout ses splendeurs, Chantant de Dieu l'apothéose.

A nos côtés, sur leurs coursiers, Plusieurs guides nous surveillent, Vont, viennent et sont associés, Des scènes qui nous émerveillent.

Plus tard dans le train installés, Nous admirons l'art en sculpture:

Colonnes, châteaux ciselés, Des mains seules de la nature.

Franchissant l'espace toujours, Nous atteignons Buenos — Ayres, Souveraine des alentours ; Orgueil des Argentins prospères ; Ville grandissant chaque jour.

O Capitale merveilleuse !

En tes murs doux est le séjour !

Ta population heureuse:

Ton climat est si beau, si bon, Ton confort en tout si moderne; Tes arbres géants sont un don De Dieu, qui t'aime et te gouverne.

Mais nous ne faisons qu'y passer; Et la Plata, rivière belle, Nous porte en nous faisant glisser Sur ses vagues, douces comme elle,

Au port de Monte- Video, C'est encore l'océan immense ; C'est l'Atlantique, dont le flot Est parfois d'une rage intense, Mais superbe dans sa grandeur.

Nous nous dirigeons vers la F Cela nous met la joie au coeur, Rêve de notre tendre enfance.

De ce pays je ne dis rien, C'est en silence que je l'aime:

Partout on le chante si bien!

Je rêve à sa gloire suprême, A ses héros, à ses enfants.

L'univers entier l'apprécie ; Pays d'artistes, de savants, Il est du monde le génie !

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