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Causeries pour les médecins

J'étais bien résolu à ne pas recommencer unequatrième série de Causeries; mais il est bien difficile de résister, de ne pas laisser vagabonder sa plume et sa pensée, lorsque de nombreux amis, connus ou inconnus, vous adressent desstimulants dans le genre de ceux qui vont suivreet dont je ne donne que de courts extraits, aprèsavoir supprimé les phrases trop èlogieuses.

L'un d'eux m'assure de sa vive gratitude pour le bien moral que j'ai fait aux médecins ; un autre me dit que mes articles ont toujou/s un côté consolant; un troisième est sincèrement touché deme voir prêcher sans cesse la bonne confraternité.

D'autres encore me félicitent pour ma constante défense des intérêts professionnels, pour lessaines pensées contenues dans mes précédentespublications.

Un ancien trouve qu' « il est bon d'entendre-

souvent une voix amie qui vous réconforte et vous aide à continuer le bon combat », et il conclut avec une affectueuse indulgence : « Vous êtes bien celte voix pleine d'entrain et de bonne humeur, encourageant au devoir, tout en riant d'un bon rire gaulois. »

Aucun épicurien au front couronné de roses, ou plus simplement de jeunesse, ne in a même reproché d'être parfois sermoneur et d'avoir trop de prédilection pour le rôle de Mentor.

Ces citations m'ont inspiré moins d'orgueil, moins de légitime satisfaction, quelles n'ont été pou,r moi une indication de continuer et de réaliser une des recommandations familières de Pasteur : « Ayez un idéal, poursuivez-le sans cesse et vous serez heureux .' »

// me suffit que quelques confrères inquiets, adombrès d'angoisses ou en révolte, aient bien voulu me dire que f avais contribué à les apaiser, à les raffermir, à rendre moins amère la plainte des vaincus de la profession, pour qu'il me soit ■doux de me pencher encore vers leur géhenne, de leur recommander la résignation, de leur dire que chacun a son calvaire à gravir, qu'il n'y a pas là de quoi s'abandonner, que c'est enfin par l'expiation qu'on entre dans l'immortalité, comme

Va dit éloquemment Michelet, en parlant du dernier jour des Girondins.

Ah ! pour qu'ils ne soient pas exposés à s'enliser davantage, comme je voudrais pouvoir bercer avec des paroles exceptionnellement lénitives, des paroles aux sensations caressantes, ceux de mes frères en Hippocrate, qui sont courbaturés et épuisés moralement, qui ont un mal intime quelconque, peine d' âme ou plaie du cœur !

Que ne puis-je allumer une sorte de phare exceptionnellement lumineux devant cette nuit épaisse, en face de cet océan de tristesses, afin de signaler les récifs et de montrer le port, d'où ils repartiraient allégés, plus robustes, pour trouver enfin le repos dans une autre direction !

« Crois, aime, espère », chantent des voix d'en haut, dans la magnifique scène religieuse du premier acte de Parsifal. Ces trois mots résument peut-être la formule du bonheur. Qu'ils espèrent au moins ; cela les aidera à patienter.

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