III. — ■ Heures régulières pour les repas
sobriété pour le boire et le manger. Nourriture aussi simple que possible, appropriée à chaque constitution et au climat. Mastiquer lentement et ne pas lire à table.
IV. — Exercice rationnel, gradué ; n'abuser d'aucun sport ; se garer du surmenage et des refroidissements.
V. — Propreté méticuleuse, bains fréquents, ablutions quotidiennes.
VI. — Nuits réparatrices; pas de veilles prolongées ni de lit à deux. Chambre spacieuse, bien aérée. Pas de surexcitation cérébrale avant de se coucher.
VII. — Ne boire que de l'eau stérilisée, bien filtrée, ou des liquides irréprochables, sans germes suspects.
VIII. — Jouir d'une liberté intestinale parfaite. Payer son tribut quotidien à la nature, et ne laisser en souffrance aucun besoin naturel.
IX. — Changer de temps en temps de milieu, prendre des distractions de bon aloi, déposer le fardeau habituel de sa profession, de ses soucis, de ses affaires.
X. — Au point de vue de l'hygiène morale, ne pas fréquenter le monde... où l'on s'épuise, éviter
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tout ce qui enfièvre et amoindrit, les spéculations risquées, le jeu, la politique, le découragement, l'isolement prolongé, les influences tristes, les pessimistes, les cérémonies mortuaires, etc.
Faire du bien et semer du bonheur autour dé soi. Se perfectionner sans cesse ! .
Ce thème, systématiquement raccourci, se prêterait à de nombreuses variations et fioritures. Je me contenterai de l'accompagner de quelques commentaires.
Je constaterai tout d'abord combien les hommes sont peu raisonnables, combien, même parmi les plus intelligents, négligent en général les précautions hygiéniques les plus élémentaires. C'est d'autant plus illogique qu'a partir de trente, ou de trente-cinq ans, chacun devrait être peu ou prou son propre médecin, se souvenir qu'il possède toutes ses dents de sagesse et agir en conséquence.
Au lieu de profiter des fautes du passé, pour mieux se conduire, on se complaît dans l'inertie, ^a vie confinée, on sacrifie avec excès aux plaisirs, aux surexcitations mondaines, au noctambulisme, à Vénus, à Bacchus ; on s'intéresse
Ghei.lety. — Impressions médicales. 18
27 i IMPRESSIONS MÉDICALES
avant tout aux choses de la cuisine et de l'alcôve. C'est une existence fouettée, affolée, rongée de convoitises et de déceptions ; on court à tous les mirages ; on s'étiole dans l'atmosphère enfumée des cercles. On évite d'emmagasiner de la santé, de faire des réserves de forces, d'avoir des occupations viriles, intelligentes, de raffermir ses muscles tout en régénérant son âme !
Les Parisiens, en particulier, dont le cerveau est constamment en éhullition, s'usent prématurément comme tous ceux qui vivent beaucoup en peu de temps ; ils se jettent avec trop d'âpreté dans la bataille, où tant d'ambitieux cherchent à conquérir les clefs d'or qui ouvrent coffresforts et boudoirs.
Ils n'ont pas l'air de se douter qu'il faudrait faire tout le contraire pour rester bien portant, que leur santé serait vraiment à leur discrétion, s'ils avaient des habitudes plus régulières, un régime mieux compris, un sommeil plus réparateur, s'ils voulaient bien se ménager et se mettre plus fréquemment au cran de repos.
Ces prétendus viveurs qui, tout en étant dominés comme les autres par l'instinct de la conservation, agissent pourtant comme s'ils voulaient
abréger leurs jours, devraient bien renoncer aux abus de la table, aux pomards suggestifs et aux stimulants gastronomiques des cabinets particuliers, en un mot, à leur existence outrancière, qui les conduira avant les délais normaux vers ce prétendu champ du repos, qui agite la-bas ses cyprès sur les hauteurs de Montmartre ou du Père-Lachaise.
Certainement, à la longue, tout s'effrite et se neutralise en nous ; mais, je ne saurais trop y insister, la décrépitude est une mauvaise échéance, qu'on peut retarder, non par des moyens indignes des esprits sérieux, par des cosmétiques ou des rajeunissements qui accentuent encore cette triste décadence ; mais par le travail et une conduite réglée sur le devoir et la raison.
L'intelligence peut se conserver merveilleusement jusque dans l'âge le plus avancé, lorsqu'on mène une vie régulière. — J'affirme qu'on peut enrayer la marche du temps par une hygiène bien entendue, par le calme de l'esprit, tout en ne le laissant jamais inactif, en conservant une conscience pure, que ne viennent pas assaillir les tourments intérieurs, qui nous usent si vite !
Je ne saurais trop conseiller aux lecteurs de ce livre, qui ont le souci de leur avenir, qui tiennent à se conserver pour eux et leur famille, d'organiser leur vie, selon la recette de Tolstoï, de façon à jouir du ciel, du soleil, de l'air pur ; qu'ils deviennent rustiques et retournent à la loi naturelle du travail librement choisi, du travail physique, source de l'appétit et du sommeil.
Cachez votre vie, leur dirai-je en terminant ; ne l'exposez pas aux froissements de la foule brutale et inculte, qui respecte les personnes en raison du nuage qui les entoure. Non pas que je vous conseille d'agir comme les bouddhistes, pour qui la suprême sagesse consiste à se retirer, loin des agitations factices, au sein de l'indifférence. — Vous n'avez pas le droit de manquer de pitié, de vous soustraire complètement à la souffrance altruiste. — Il s'agit, au contraire, de profiter de la sérénité de votre ciel intérieur, que je voudrais savoir constamment au beau fixe, pour affiner sans cesse votre droiture native, pour assigner à votre conscience un idéal de plus en plus élevé.
Ayez une sorte de sanctuaire clos, entrebâillé pour l'amitié, où vous pourrez déposer en
quelque sorte le fardeau qui pèse sur vos épaules, vous reposer de l'effort soutenu de votre profession, de vos affaires, vous reprendre, raviver votre courage défaillant, sourire de la bêtise ambiante et vous consoler de ce que les disciples de Schopenhauer, qui s'évertuent à nous dégoûter de tout ce qui est beau, souriant et lumineux, appellent le mal de vivre.
Que votre honnêteté intransigeante n'écoute jamais la voix du sophisme, toujours prête à plaider dans les intelligences incertaines, pour suggérer des compromis et des transactions.
Ayez la fièvre des sommets et marchez droit au but vers l'attirante chimère ; c'est lorsque la boue monte qu'il faut lever les yeux : Excelsior !