COUPS D'ÉPINGLES
L'homme à la figure ravagée eut un rire où l'ironie grinça comme une vieille porte, dont les gonds sont rouilles.
O. MlRDEAU.
Nous servons de tête de Turc aux journalistes, depuis nombre de lunes et de calendriers jaunis. Quand donc se décideront-ils à changer de cible? — Il nie semble que le tour des enjuponnés de la magistrature, des chats-fourrés du palais, est arrivé et qu'il est temps de mêler quelque breuvage amer, fiel ou absinthe, au lait de dame Thémis. — Entre ces porteurs d'hermine, qui, avec un masque de belle humeur et de sérénité tout a fait remarquable, ne songent qu'à donner de l'occupation au bourreau ou aux gardeschiourmes, et nous qui faisons notre possible pour sauver nos semblables et y réussissons souvent, le choix devrait être vite fait.
A défaut de responsabilités pénales et judiciaires, ne pourrait-on attirer avec plus d'insis-
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tance la réprobation publique sur la partialité révoltante de certains débats, sur les excès de zèle, les condamnations iniques, les détentions préventives, les abus de pouvoir et la légèreté inconcevable de la plupart des Bertulus, je veux dire de la généralité des jugeurs implacables et téméraires, qui veulent même faire les avisés en spécialité médicale ? Que de robins domestiqués font incarcérer des innocents avec une facilité déplorable, effrayante, et gardent leur bienveillance pour les financiers véreux et les panamistes les moins désintéressés.
Pour les rendre plus n.odestes, je leur conseille de parcourir les Mémoires de M. Goron, où l'auteur démontre, de la façon la plus saisissante, combien facilement se trompent ceux qui administrent la justice ; qu'ils lisent aussi un travail publié par un personnage officiel, l'éminent directeur des services d'hygiène, M. Henri Monod. De 1886 à 1890, il a relevé 271 bévues judiciaires, concernant des aliénés recueillis après condamnation dans les asiles publics, et pour lesquels une expertise médico-légale eût évité toute pénalité.
M. Monod n'a fait porter ses recherches que
sur les asiles publics ; mais un certain nombre de directeurs ne lui ont pas fourni de renseignements : « Il n'est donc pas téméraire de supposer, dit-il, que si les recherches faites dans certains asiles l'eussent été dans tous, le nombre des cas répondant, pour la période quinquennale envisagée, aux conditions posées dans la circulaire du 23 juin eût, au lieu de 871 , été d'environ 600. »
Plus loin, M. Monod pense qu'il faut même élever encore ce chiffre. — Il y a de quoi faire réfléchir les magistrats hautains, que leur tournure d'esprit entraîne si facilement à ne voir partout que des coupables. — Certes, je suis d'avis que les aliénés dangereux soient mis dans l'impuissance de nuire ; mais soignez-les avant de les punir de parti pris.
Ceci prouve une fois de plus que légalité et justice sont loin d'être synonymes.
« La France tout entière, a dit Millevoye, estime qu'il y a chez elle trop de juges et plus assez de justice; elle pense que les jugements de ses Catons de première, de seconde et de dernière instance, sont hors de prix, et que ses procureurs pourraient lui offrir leurs réquisitoires au rabais.
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Il est douloureux de constater à quel état de dépendance le pouvoir a réduit l'institution cjui devrait, en dehors et au-dessus des agitations politiques, représenter la calme impartialité des consciences ; Toutes ces hermines, qui ne sont d'ailleurs que des peaux de lapins, ont perdu beaucoup de leur souplesse. »
Avec non moins de sévérité et de tristesse, Maurice Barrés s'est apitoyé à son tour sur le sort précaire des avocats ou des magistrats, à qui la moralité, l'éloquence et le savoir ne servent presque à rien, sans une influence politique :
« Celui qui gagne ses causes, aujourd'hui, c'est le « Maître » qui peut donner de l'avancement aux juges.
« Entre gens qui comptent leurs mots et qui ne se payent pas d'un verbiage vain, on entend par un bon défenseur tout avocat député qui a été ministre et qui peut le redevenir.
« Celui-là, il peut ignorer ses dossiers. Les intérêts du plus affreux coquin, s'il accepte de leur prêter son autorité, sont garantis, et je vois tout le tribunal qui, respectueusement éveillé et penché sur le comptoir de la justice, après chacune
de ses phrases, lui dit d'un bon sourire : « Cher maître, ne vous échauffez pas ; l'honnête homme que vous daignez patronner est notre frère bienaimé ; ce n'est point pour lui et ce n'est point ici que Votre Excellence doit plaider : voici quatre heures, courez donc au ministère, à la Légion d'honneur, tandis que vos reconnaissants serviteurs rédigeront les petits considérants. . . „
N'est-il pas terrible de penser que le sort de chacun de nous peut être lié à l'humeur ou à la digestion de nos magistrats : « Si madame leur épouse leur a cherché chicane le matin, écrit Pierre Véron, si leur cuisinière a fait charbonner la côtelette, à leur déjeuner, ils arrivent à leur bureau maussades, grincheux, hérissés. Malheur au premier qui leur tombe sous la main ; il expiera le déjeuner raté ou la querelle de ménage. »
Elle a surgi à son heure la terrible pièce de Brieux, la Robe rouge, cette épouvantable robe, objectif de tous les magistrats qui gémissent dans un petit trou et tiennent à se distinguer pour avoir de l'avancement, sous le couvert d'une scandaleuse irresponsabilité.
Quelle critique sanglante de notre législation,
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de cette vindicte publique qui, sur des présomptions, met si facilement la main au collet des gens, quitte à les relâcher ensuite.
Que de réformes à réaliser, pour rendre la justice plus accessible, moins onéreuse, en un mot vraiment juste !
Pauvre justice humaine, comment avoir des illusions sur son compte, sur son omnipotence sans contrôle et sans risque, lorsqu'on songe au sort du Christ, de Jeanne d'Arc, des victimes de la Terreur et de tous les tribunaux d'exception comme la Haute-cour, dont la comédie ridicule est encore présente à tous les esprits !
Les médecins aliénistes devraient bien chercher à remédier au gaspillage des forces intellectuelles qui se perdent, sous l'influence de la passion et de l'érotisme. — Dès qu'un homme est emballé sur une piste féminine, au diable la sagesse, le travail et la modération ; il se dépense en désespoirs d'amour et il n'y a plus rien en dehors de l'objet convoité. — Vite, vite, des recettes pour guérir cette aberration, à laquelle les plus sages et les meilleurs n'échappent pas.
— Je ne demanderai pas aux coquettes d'être moins cruelles, moins provocatrices, je demande simplement aux savants d'abailardiser momentanément (je parle au figuré bien entendu) les fougueux et les impatients, qui ne savent pas eux-mêmes commander à leur... cœur.
Pour détruire l'ensorcellement et éteindre la flamme malfaisante, qu'on leur donne un nénuphar moral ou physique et qu'ils cessent de larmoyer. Qu'on leur apprenne surtout que pour la modique somme de vingt francs, tarif des maisons les plus recommandables, ils trouveront facilement une taille aussi fine, une gorge aussi marmoréenne, un ensemble de charmes tout aussi capiteux que ceux pour lesquels ils sont prêts à ruiner leur santé et leur bourse.
Je répéterai philosophiquement que, dans son rôle de dérivatif et de soupape de sûreté, la complaisante Manon qui leur donnera à aimer, n'est peut-être pas jdIus méprisable que le restaurateur qui sert à ses clients des plats beaucoup plus difficiles k contrôler !
Si la recette ne réussit pas, dans les neuf dixièmes des cas, je me condamne par avance aux supplices les plus terribles, aux tortures les
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plus raffinées, comme de lire in extenso le compte rendu des Chambres, analyser les circonvolutions cérébrales de certains de nos d'Aguesseau modernes, évaluer en milligrammes ce qu'elles peuvent contenir de cérébrine et de jugeotte.
Mon opinion est d'ailleurs déjà faite sur le compte de ces derniers, comme je l'ai déjà fait pressentir plus haut : — Ils obéissent à des influences aussi mystérieuses que regrettables en s'acharnant avec férocité sur des êtres faibles et sans défense, qui constituent autant d'holocaustes expiatoires pour les forfaits inconnus et impunis. — Ayant perdu de belles occasions de brandir leur Code contre les grands coupables que vous savez, ils se rattrapent avec usure sur de tristes hères, boucs émissaires tombés dans leurs fdets.
Le pauvre docteur Laporte, qui n'était pourtant pas taillé pour la lutte, peut se flatter d'avoir eu de la chance, nouveau Daniel, d'échapper aux monstres rugissants qui, durant de longs
mois, ne cessèrent de le menacer.
J'ai toujours pensé que l'aphorisme bien connu
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de Beaumarchais, sur les maîtres et les domestiques, pourrait ainsi être modifié : Aux vertus qu'on exige d'un médecin, combien d'épiciers et de banquiers ploutocrates, de bourgeois et de journalistes prétentieux seraient dignes de l'être. Du reste, n'y a-t-il pas un certain charme dans la haine des sots ou dans l'envie qu'on leur inspire ? — Par conséquent, laissez dire et continuez à bien faire.
Dans son livre sur la Cité antique (étude sur le culte, le droit, les institutions de la Grèce et de Rome), Fustel de Coulanges écrit ceci : « Lé passé ne meurt jamais complètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier, mais il le garde toujours en lui. Car, tel qu'il est luimême à chaque époque, il est le produit et le résumé de toutes les époques antérieures. S'il descend en son âme, il peut y retrouver et distinguer ces différentes époques, d'après ce que chacune d'elles a laissé en lui. »
Les médecins, comme les autres hommes, portent en eux-mêmes les marques authentiques et les vestiges certains de leurs prédécesseurs.
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— Malgré des défaillances isolées, le plus grand nombre ont hérité de tout un passé d'honneur et de dévouement ; ils se sont assimilé la droiture et les nobles sentiments de leurs devanciers.
— Les nécessités de l'existence moderne ne sauraient leur faire oublier des siècles de charité et d'abnégation. Comme les anciens, on les retrouvera toujours au premier rang , lorsqu'il s'agira de venir en aide à leurs semblables.
C'est dans le sens de cette action salutaire , qu'au lieu de hausser les épaules, il faut accepter l'hypothèse émise par Paul Bourget, a savoir qu'il y a entre les choses visibles et les autres, entre les vivants et les morts, comme un échange de pensées et d'influences, un autre lien que celui de l'impuissant regret et de l'inutile mémoire.
Ceci est bon à rappeler, au moment où un vent d'injustice et de dénigrement ne cesse de souffler sur notre corporation. — La plus belle réfutation que nous puissions opposer k nos détracteurs sera de rester fidèles à nos traditions.
J'ai entendu développer récemment la thèse
Giiellety. — Impressions médicales. J"
du danger de l'isolement, à l'occasion de Guy de Maupassant et du monument qui lui a été élevé dans le parc Monceau. Le marbre seul a pu fixer cet incurable errant, qui, dans son appréhension des contingences fâcheuses, du coudoiement pourtant instructif des Prudhommes, des Pécuchets, des Macaires, ne se croyait jamais assez cadenassé dans sa tour d'ivoire. — Son yacht élégant était toujours prêt pour la brusque fuite, l'évasion au loin, au large. — Cette facilité k s'abstraire, à s'absorber en contemplations, à briser avec la vie normale, a certainement contribué, de l'avis de l'un de ses familiers, Alexandre Hepp, k l'horreur du dénouement : « L'irritation, a-t-il dit, le désenchantement qu'on éprouve au commerce de ses semblables s'expliquent sans nulle difficulé ; ils ne sont pas construits pour aider k supporter la vie ; mais les contre-coups de si beaux dédains sont redoutables, et, pour tentante qu'elle soit, cette rupture avec l'équilibre, avec les conventions, l'au-dehors, réserve k ceux qui se croient assez solides pour la pratiquer, des réveils terribles. — Certes, malheur k qui ne sait pas vivre seul. Contrairement k Fanathème évangélique, inférieur est l'homme qui ne
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sait point s'affranchir de la nécessité d'un voisin, descendre dans sa réalité, penser, croire, souffrir par soi-même. Mais, en vérité, il n'est de robustesse, de ressources, de secours, que dans la participation à ce qui vous sourit le moins, la mêlée et le choc. fière, et noble, et pure solitude, mais divin poison des âmes et sublime dévoratrice ! »
Avis aux médecins qui continuent à vivre à l'écart, loin des associations qui, je l'espère bien, sont destinées à transformer et à vivifier la corporation. Isolés, ils ne peuvent rien ; ils ont tout k gagner au contraire en contribuant à l'agrégat collectif, en apportant leur pierre à la forteresse défensive et même offensive, s'il est besoin, qu'on est en train d'édifier. Le faisceau compact de nos énergies réunies formera tôt ou tard, il n'y a plus k en douter, une puissance intellectuelle et morale avec laquelle on devra enfin compter. — Que quelques anciens, devenus indifférents k la lutte et retirés sous leur tente, en quelque thébaïde, demeurent en dehors du courant, cela peut s'expliquer encore ; mais les jeunes, les débutants, ne doivent pas rester k l'écart, sous peine d'amoindrissement et de
déchéance. Ce n'est qu'en agissant de connivence avec leurs pairs, et la main dans la main, qu'ils arriveront à rendre leur sort supportable, à l'améliorer. Tant pis pour les misanthropes et les francs tireurs qui n'auront pas voulu entendre le rappel de la concentration !
Chacun comprend qu'il est bon que les jeunes filles connaissent l'hygiène et puissent au besoin se transformer en garde-malades, ou en ambulancières, si des jours néfastes appelaient de nouveau les hommes à la frontière.
Il y a déjà plus d'un siècle que M mc Tallien écrivait a la Convention pour obtenir que les femmes de son temps eussent « l'honorable avantage d'être appelées dans les asiles sacrés du malheur, pour y prodiguer leurs soins et leurs douces consolations ».
Elle aurait voulu qu'avant de prendre un époux, toute jouvencelle pût passer quelque temps « dans les refuges de la pauvreté et de la douleur, pour y secourir les malheureux et s'y exercer à toutes les vertus que la société avait le droit d'attendre d'elle ».
Cette utopie généreuse, développée en périodes ampoulées, selon la phraséologie de l'époque, aurait sa raison d'être, restreinte à des propor-
tions raisonnables et d'après les dispositions et le libre-arbitre des intéressées. — Tous les éducateurs modernes sont partisans de ce qui peut faire de l'épouse « l'associée du mari, la compagne de son effort, la confidente de ses préoccupations comme de ses espoirs ».
Ils veulent qu'elle vive avec lui, en communauté de pensées et de cœur, qu'elle reste maîtresse de maison, ce qui demeure, nous ensommes sûrs, écrit Hugues Leroux, le premier et le plus utile des devoirs.
Mais, croire que la femme se hausse et grandit à nos yeux, en se faufilant dans les professions viriles, en s'assujettissant surtout aux études, si pénibles et si rebutantes pour son sexe, de la médecine, c'est une erreur grossière. — Pour tant envier l'homme, elles oublient que cette bête à chagrin, selon une expression de Remy de Gourmon, ayant été pétrie de l'argile, sent fatalement la boue et la misère.
On peut répéter, après M. Gouyer, qui, dans la séance du 13 novembre 1900, au Sénat, a combattu, en vain d'ailleurs, pour que les femmes ne fussent pas autorisées à plaider et à exercer la profession d'avocat, que de pareilles libertés cor-
respondent à une sorte de crime de lèse-majesté féminine : On veut, soutenait l'orateur, que nous fassions ce que le Parlement d'Angleterre a toujours reconnu qu'il n'avait pas le pouvoir de faire ; on veut que nous changions les femmes en hommes. On réclame l'égalité, soit ; mais l'égalité n'est pas l'identité ; les deux sexes se valent, c'est établi ; mais ils ne doivent pas se substituer l'un à l'autre. A chacun son rôle et son devoir. On fait miroiter aux yeux de nos compagnes l'espérance d'une profession enviable, lucrative ; en réalité, on ne leur offre qu'une chimère et des désillusions.
D'après M. de Saint-Auban, le féminisme tel que le comprennent certaines personnes représente moins une émancipation qu'une dénaturation de la femme : Emancipons la femme, mais, sous prétexte de féminiser, ne la déféminisons pas.
Je n'entends rien enlever au mérite de quelques doctoresses fort estimables ; je sais aussi que, pour plusieurs, l'exercice de la profession est devenu un gagne-pain ; mais, malgré ces circonstances essentiellement atténuantes, et au risque d'être accusé de retarder, de ne pas être de mon temps, je persiste à croire que. même
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celles qui ont réussi (et elles ne sont pas nombreuses) auraient mieux fait de suivre la ligne normale, de rester de bonnes bourgeoises, avec toutes les félicités et aussi toutes les charges que ce mot comporte.
Je me figure volontiers que la plupart de nos collègues en jupons, qui n'ont pas eu les loisirs d'être épouse et mère, n'ont pas perdu pour cela la sensibilité de leur sexe. Il doit leur arriver parfois de rester rêveuses devant la blancheur d'un berceau et de soupirer après l'intimité de certains ménages, où Madame, quLn'a même pas son brevet élémentaire, ne demande qu'à se laisser dorloter, heureuse de rendre à son compagnon de route les félicités qu'elle en reçoit.
Avez-vous vu une seule de ces indépendantes, de ces révoltées contre le mâle et les traditions, respirer la paix et la sérénité intérieures ? Je n'ai pas eu, pour mon compte, ce spectacle à contempler. Le vase précieux m'a toujours semblé avoir quelque fêlure, quelque fuite, permettant d'expliquer pourquoi la verveine qu'il contenait s'est prématurément fanée.
Leur diplôme ne me paraît pas avoir fait épanouir leur âme sur leur visage, et, tout vieux
barbon que je suis, l'attrait charnel de la plupart de nos concurrentes me semble quantité négligeable. — Si elles restent femmes par leur constitution physique, elles font l'effet d'avoir abdiqué, de ne plus appartenir à la phalange de leurs adorables sœurs, vers lesquelles nos vœux iront toujours de préférence.
Il paraît, d'après ce que rapporte Jules Bois (Une nouvelle douleur), que la reine d'Angleterre professait une aversion de femme heureuse, respectée, riche, contre les Eves nouvelles, qui pullulent à Londres, contre les émancipatrices de toutes sortes et de toute secte, excentriques, désorbitées, mécontentes , qui , n'ayant pas trouvé de repos dans les vieilles coutumes, prêchent la révolte et aspirent à faire évoluer la société sur des bases différentes.
Il y a de quoi être désorienté par ces individualités farouches, impétueuses, « qui s'agitent dans une atmosphère de volonté, avec un bourdonnement de ruche guerrière. Le magnétisme de ces voix de résolution et parfois de rancune, leurs bizarreries voulues, le geste net qui ordonne, persuade, subjugue, font involontairement songer à un vertige d'orgueil et de conquête, à un
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camp où s'élaborerait le plan d'une bataille, d'une lutte suprême ».
Le mot de déchéance vient spontanément sur les lèvres, avec une sorte de répulsion instinctive. Le charme les a quittées, ces folles, qui veulent tout changer, qui voient une oppression là où leurs aînées trouvaient lei r force et leur joie, en étant de tout leur cœur les compagnes de l'homme, en ayant surtout comme religion, la maternité, en s'efforçant, toujours d'après notre auteur, sans dédain du viril hommage, de perpétuer une race saine et forte dans leurs enfants.
Ces petites têtes blondes devraient être le grand obstacle à toute révolte ; c'est la voix de la nature qui parle par leur bouche ; c'est la raison d'être et la sanctification de l'union des sexes ; c'est la vocation générale et j'ajouterai nécessaire.
Je suis pour les... pondeuses, pour les fécondes, contre les stériles, dont les revendications et les chimères réformatrices ne représentent que du vide, à côté des joies simples et si profondes de la mère. Elle seule a la certitude et la volonté de vivre dans une atmosphère de devoir.
On a dit que la femme-auteur a besoin d'être meilleure mère qu'aucune autre, pour qu'on ne .croie pas que les soins de sa gloire lui font négliger ceux de la maternité, et qu'elle abandonne le berceau de son enfant pour aller corriger ses épreuves d'imprimerie.
On pourrait en dire autant et à plus forte raison de la doctoresse, puisqu'elle connaît les règles pour bien élever nos héritiers ; mais je ne vois pas trop à quel moment elle pourrait utiliser ses connaissances, si elle est accaparée par la clientèle extérieure.
Je dirai plus, il lui est à peu près défendu d'en avoir, si elle ne veut pas être abandonnée, après avoir laborieusement lutté po r se faire une petite notoriété. Le chômage lui est interdit, comme aux actrices, comme aux demi-mondaines les plus en vue, qui sont oubliées et perdent leur prestige dès qu'elles ne sont plus en vedette.
Certes, on ne saurait condamner toutes ces belles à la quenouille du bon vieux temps ; elles n'y sont guère préparées et ont peu de goût pour le pot-au-feu, si ce n'est à la longue, comme les viveurs après avoir abusé de trull'es et des rôts
les plus raffinés. Elles se sont singulièrement émancipées, depuis l'époque lointaine où les Grecs, qui étaient pourtant fort civilisés, mais dont le génie était resté étroit et cloîtré sur bien des points, tenaient leurs femmes sous clef, ainsi que les provisions. C'est à Euripide, antérieurement à tout christianisme, que revient l'honneur d'avoir ouvert à la femme un champ moral beaucoup plus vaste, au grand scandale des vieux Chrysales athéniens. Avec une généreuse audace, le poète dramatique entreprit défrichements et conquêtes : il ne craignit pas, comme nous l'apprend Emile Deschanel, dans ses études sur Aristophane, de montrer des types nombreux et variés de ce que pouvait être la femme devenue l'égal de l'homme , libre du gynécée , ayant comme lui une âme et un esprit, une volonté passionnée et capable de dévouement.
Ce qu'il avait prévu s'est réalisé ; aujourd'hui la révolution est faite, les cités enserrées dans des remparts étroits, se sont données de l'air, en démolissant les murailles qui les emprisonnaient.
Place à nos sœurs, place aux jupons ; je suis d'avis qu'on les accueille partout (mieux vaut de
gré que de force), même clans les assemblées politiques ; qu'elles aient accès à toutes les carrières, à la condition expresse que ces dernières soient compatibles avec leurs fonctions physiologiques, à condition que les études préparatoires qui y conduisent ne portent pas atteinte à leur vitalité, ne tuent pas, dans leur germe, les maternités futures qui sommeillent dans leurs flancs.
Pour en revenir à mon point de départ, il serait plus naturel que la femme fût pharmacienne que doctoresse ; or, jusqu'ici, je crois qu'on n'a cité que trois officines teni.es par des dames. Et cependant, les études sont moins répugnantes et moins pénibles que celles du médecin. Le soin des petits bocaux, des pièces de pansement, la confection des loochs et des sirops, la vie sédentaire analogue à celle du ménage, l'habitude de vendre, etc., constituent autant d'attributions qui semblent spécialement convenir au beau sexe.
La santé de bien des jeunes filles, qui sont mortes en cours d'études médicales ou qui n'ont pas pu les continuer, aurait été certainement moins compromise, si elles s'étaient uniquement consacrées à la chimie et aux analyses, à l'étude
des drogues et aux applications thérapeutiques qui en dérivent.
C'est un objectif que je signale à l'activité des jouvencelles, qui tiennent essentiellement à se créer une situation indépendante et à marcher sur les traces de l'homme, à subir ses charges et ses lourdes corvées.
A elles le pilon, les spécialités bien présentées et la façon engageante de faire accepter les médicaments les plus désagréables, même aux estomacs les plus prompts à la nausée.
Un gracieux sourire, venant s'ajouter à l'ordonnance, ferait même supporter plus allègrement la note à payer.
L'almanach Hachette a mis dernièrement au concours le programme suivant : résumer en dix conseils, sur une carte postale, les règles générales prescrites par l'hygiène pour se bien porter.
Evidemment le cadre est un peu juste, mais enfin il est possible de concentrer en une page les préceptes essentiels, ce que je vais essayer de faire. — Ce règlement, si restreint qu'il soit, suffirait à sauver ou à prolonger bien des existences, si les intéressés le mettaient sérieusement en pratique.
I. — La tempérance et le travail, le calme des sens et de l'esprit, aucun excès, la modération en tout : voilà les bases d'une existence harmonieuse, bien pondérée.
- II. — Vivre le plus possible au grand air, au soleil, dans une contrée saine, à l'abri des variations brusques de température. Pas de logement insalubre.