‹ Causeries sur l'agriculture et l'horticultureChapitre 4 sur 64 · FAUT-IL COMNIENCCR TOT POUR DEVENIR BON CULTIVATEURT · texte numérisé non relu

FAUT-IL COMNIENCCR TOT POUR DEVENIR BON CULTIVATEURT

Si par bon cultivateur nous entendons le journalier, le manouvrier, l'homme à toutes mains, sachant manier une charme (grav. 2) dans les terres fortes, un attelage sur les mauvais chemins, appliquer le coup de fouet d'aplomb ou s'en servir pour exécuter des fantaisies infernales, sachant semer, manier la faux, la sape, élever une meule solide, charger un chariot de foin ou de gerbes qui fasse plaisir à l'œil, tenir le fléau et s'accorder à quatre, à cinq, à six, il faut nécessairement que l'apprentissage soit long. Plus il y a de jeunesse, plus il y a de souplesse dans les mouvements, et plus il devient facile de façonner l'individu aux travaux manuels de la ferme. C'est comme avec les rameaux d*arbres : jeunes, ils

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se tordent, plient, flédiissent, prennent toutes les formes et de bonne grâce ; vieux, ils craquent et cassent la plupart du temps, ou, s'ils ne cassent point, ils restent disgracieux et insoumis. Cependant nous avons vu des individus de dix-huit à vingt ans, des hommes de trente ans et plus déserter la ville, jeter les gants, Thabit et le chapeau. aux orties, se mettre à la besogne et s'en acquitter assez bien au bout de quelques années. Mais ce sont là des exceptions.

Grav. 2. — L'homme de la Gharrae.

Si par bon cultivateur nous entendons simplement un bon laboureur, un homme qui sait régler une charrue, prendre sa tranche égale, la bien retourner, qui sait se servir de l'extirpateur, du scarificateur, de la herse, du rouleau, pas n'est besoin d'une année d'apprentissage : c'est l'affaire de quelques semaines, au plus de quelques mois. Aussi nous sommes presque toujours tenté de partir d'un gros éclat de rire chaque fois que l'on nous parle des mancherons de la charrue avec orgueil, comme le compagnon parle de son chef-d'œuvre. Le mancheron, paraît-il, est d'un bon effet visà-vis de ceux qui ne connaissent pas le métier; c'est un titre ronflant qu'on agite aux oreilles des innocents, un hommage

FAUT-IL COMMBNCEK TOT POUK DETENIR BON CULTIVATEUR H

rendu au manœuvre, une manière de narguer la théorie et de se faire bien venir de la routine, un argument, un mot bien porté, une ânerie chargée de rubans. Il n*y a cependant pas à se vanter d*un talent à la portée du premier venu. Vous prendriez un homme étranger aux travaux de la campagne, vous lui diriez : Voici un araire; voici la manière d'atteler les chevaux de front, la manière de donner plus ou moins d'entrure au soc, de prendre une tranche mince, une tranche moyenne, une tranche épaisse ; voici le mancheron, voici les guides et les mots convenus pour lancer les chevaux, les arrêter, les amener à gauche, les envoyer à droite; ne vous roidissez pas, ne vous cramponnez pas au mancheron, maintenez, suivez et rappelez-vous que, dans une terre propre, une charrue bien réglée va toute seule, pour ainsi dire, sans qu'on la tienne. Vous diriez cela à l'étranger en question, que vous auriez un laboureur ordinaire au bout de quinze jours et un laboureur parfait au bout de six semaines à deux mois. Est-ce que M. deHathelin, de Messancy, un ancien élève de Roville, un membre de la haute société, qui ne laboure pas souvent, n'a point donné une leçon de maître aux plus habiles laboureurs de profession du concours de Trappes? Est-ce que sa petite charrue Odeurs n'allait pas toute seule par moments, et au grand étonnement de tous? — Et voilà comment Ton enjambe les Colonnes-d'Hercule de la pratique ! Il est bon, il est utile sans doute de savoir faire œuvre de ses mains, mais il est ridicule de se prévaloir d'une connaissance aussi vulgaire.

Si par bon cultivateur nous entendons un chef d'exploitation intelligent, capable de raisonner les opérations de l'agriculture, il convient de s'y prendre de bonne heure, en effet, pour le former ; mais dans un tout autre sens qu'on ne l'entend généralement. Familiarisez-le aux travaux, aux usages de la ferme, rien de mieux; mais, s'il n'en sort point, vousn'enferez qu'un praticien vulgaire, sans idées; vousaurcz façonné une machine pour la grosse besogne, mais le cerveau

restera vide, et nous mettons le cerveau bien au-dessus des bras. Chez un jeune homme instruit, qui aura passé la plus . belle partie de sa jeunesse sur les bancs de Técole et ses vacances seulement dans la ferme paternelle, il y a Tétoffe d*un bon cultivateur, et c*est toujours un tort de le détourner des travaux de la terre, quand sa vocation le pousse dans cette direction. Il serait bien à désirer que tous les travailleurs du sol fissent de belles et bonnes études, et qu'au sortir des bancs on eût le bon esprit de les envoyer, à titre de stagiaires, pendant deux ou trois années, dans les exploitations les mieux tenues, sur des terrains et sous des climats de toutes sortes. Le savoir les guiderait dans leurs observations; ils seraient en mesure d'établir des parallèles, de faire des comparaisons, de comprendre que, si l'application des grands principes diffère avec les localités, ces principes, par euxmêmes, n'en sont pas moins sûrs et invariables. Enfin, des relations s'établiraient entre les membres de l'immense famille, et le progrés s'accomplirait en toute hâte.

Au temps où nous vivons, la plupart de nos cultivateurs en sont encore à maintenir que l'école du village suffit aux besoins intellectuels de leurs enfants. U y a pis : ils ne veu-p lent pas reconnaître l'utilité de l'enseignement élémentaire agricole dans cette école de village. A leurs yeux, l'instituteur est incompétent, parce qu'il n'a pas de larges domaines, « parce qu'il n'a pas de bétail à l'étable, et aussi parce qu'il n'a pas tenu le mancheron de la charme. Toujours et partout ce malheureux mancheron!

Selon nous, les plus incompétents en agriculture ne sont pas ceux qu'on pense. Ce sont, le plus souvent, les cultivateurs eux-mêmes. Ils passent leur vie dans les terres labourées, et ne savent point, même de nom, ce qui entre dans la composition de ces terres ; ils remuent le sol avec des outils, et ne savent point nous donner la raison d'un labour ; ils connaissent l'utilité, la nécessité des engrais, mais ils ne sauraient dire ce qu'ils contiennent et comment ils agissent; ils

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