‹ Causeries sur l'art et la curiositéChapitre 26 sur 93 · Id., ibid. — Grég. Turon., Hisi. franc. , VI · texte numérisé non relu

Id., ibid. — Grég. Turon., Hisi. franc. , VI

est bien, mettez ceci à part, je me propose de prendre cela. »

L'industrie de luxe s'était maintenue tant bien que mal sous les premiers Mérovingiens; ruinée par les invasions du viii" siècle, rétablie et encouragée par Charlemagne, elle disparut, à la mort de ce prince, dans le grand naufrage qui faillit emporter la civilisation tout entière.

La renaissance commerciale et industrielle date des Croisades. A la vue des merveilles de l'Orient, le rude conquérant de la Palestine s'était façonné. Sa curiosité devenait moins accommodante ; il lui fallait désormais des tapis sarrasinois, des étoffes tissées de soie et d'or, des verres et des armes de Damas, de l'orfèvrerie et des bijoux à la façon d'outre-mer. La route était ouverte, et les fabriques orientales allaient approvisionner l'Europe pour longtemps. Mais nos corporations n'entendaient pas laisser aux étrangers ce monopole 5 fraîchement échappées du cloître et jalouses de conquérir une clientèle, elles s'emparent des procédés à la mode et rivalisent avec leurs conciu-rents. Ainsi l'industrie renaît, le commerce maritime est organisé, et le rétablissement des foires ouvre des débouchés nouveaux, des marchés libres, faciles, définitifs.

Le marchand forain est un des grands pourvoyeurs de la curiosité. Chaque année, la province et l'étranger arrivent en caravane sur le champ de foire, apportant les plus beaux échantillons des manufactures de France, d'Allemagne, d'Italie et

du Levant, tout ce qui peut tenter la coquetterie ou la curiosité. On attend ces grands jours pour faire ses emplettes, on s'y prépare à l'avance et chacun accourt au rendez-vous, le Parisien à Saint- Ladre, à Saint-Denis et au Lendit, le Normand à la Guibray, le Champenois à Troyes, le Provençal à Beaucaire.

En dehors des foires, des boutiques et des juiveries, il restait encore une ressource éventuelle : la vente mobilière. Les Romains nous ont légué le procédé des ventes à la criée, à Vencan, mot nouveau dont l'étymologie a beaucoup tourmenté les glossateurs ; vient-il de l'interrogation in quantum, pour combien? ou du mot cantus, par analogie avec la voix du crieur « qui s'élève en manière de chant, /;/ moduni cantus » dit un ancien auteur^ ; je doute que les familiers de l'hôtel Drouot confirment cette interprétation. Quoi qu'il en soit, les termes de cria?'e ou cridare, subhastare, incantum, incantare, incariator (enchérisseur), se rencontrent fréquemment dans les documents du moyen âge". De même qu'à Rome, la vente est annoncée à son de trompe, subhastationes mobiliwn et immobiliuni quœ clangore buccinœ et alto clamore buccinatoris Jîeri soient^. Un juré-priseur est chargé de priser et de vendre les meubles; il prête serment « de bien et fidèlement

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