‹ Causeries sur l'art et la curiositéChapitre 3 sur 93 · Palissy, Arc de terre · texte numérisé non relu

Palissy, Arc de terre

2. De Laborde, Ducs de Bourgogne, passim. Eu 1349, les ouvriers ornemanistes sur bois et sur métal faisaient partie de la société de Saint-Luc, à Florence, fondée par des peintres. A Venise, à Bo'ogne, les sociétés de pei itres comprenaient également des collVctiers, des doreurs, des vernisscurs, des sslliers, des gai'niers,etc (Labartc, ("0/lection Debruge, P^ge 377.)

Milan, recevra, sans faire de façons, cinquante livres pour « paindre et chirer le fauteuil » de la duchesse.

Tout cela choque un peu nos idées, j'en conviens; mais le moyen âg^e avait ses raisons pour en agir ainsi. IVÏêler l'art à l'industrie, c'était le rendre familier à tous, le faire entrer partout, le répandre dans l'air. On l'a dit très-justement : (i .Jadis le beau et l'utile naissaient de la même pensée » , et, de même qu'une cathédrale gothique est une œuvre pratique et absolument rationnelle, de même l'objet le plus usuel, le moindre ustensile du moyen âge a toujours une certaine tournure, un je ne sais quoi, qui trahit l'artiste.

L'union de l'art et de l'industrie était sage, intelligente, bien assortie; elle fut féconde. Nos écoles et nos ateliers lui doivent cinq siècles au moins d'un éclat et d'une prospérité incomparables.

La bonne inteUigence dura jusqu'au xvii' siècle, quand le peintre, se séparant de la maîtrise, fonda l'Académie de peinture. De ce jour date l'aristocratie des architectes, des peintres et des sculpteurs, — le divorce de Fart et de l'industrie.

On commence à réagir contre cette fâcheuse distinction. Aujourd'hui nous pouvons mesurer le mal et en apprécier les conséquences. La désunion a été aussi funeste aux artistes eux-mêmes qu'aux industriels.

En rompant avec l'industrie, l'artiste a perdu une de ses ressources les plus lucratives, les plus

légitimes. Le peintre et le sculpteur se sont condamnés à ne produire que des ouvrages d'un débit forcément limité, à ne travailler que pour le petit nombre. De plus, la tentation de dcj'cnir artiste, la séduction des Expositions annuelles ont fait naître une foule de médiocrités qui auraient trouvé place dans l'industrie ou ailleurs : concurrence sérieuse pour les vrais talents, car le gros du public adore le luxe à bon marché et s'accommode volontiers du trompe-l'œil et des faux chefs-d'œuvre.

Mais le génie perd-il donc ses ailes pour descendre sur terrer Le grand art doit-il se cantonner dans les nuages, au risque de ne plus apercevoir l'humanité qui marche et la terre qui tourne? Les anciens ne le pensaient point. Dans ces siècles bénis, où V artiste n'était pas encore inventé, on estimait que l'industrie, en se mêlant à nos usages de tous les jours, exerce une action directe et constante sur le goût, et que l'art, dans son propre intérêt, doit y avoir la main. La foule n'est pas assez riche pour s'instruire en achetant des tableaux et des statues. Si l'on veut faire son éducation, il faut nécessairement compter avec l'industrie: elle seule a ses entrées partout et nous enveloppe par les mille petits objets de la vie privée. Pour pénétrer jusqu'au public, l'art est donc obligé de se glisser avec elle, sinon il court le risque de rester à la porte; il devient une exception, et voilà précisément recueil que les anciens maîtres voulaient éviter à tout prix. Haphacl dessinait pour les

orfèvres, les brodeurs et les potiers; Donatello modelait des heurtoirs de porte; Jean d'Udine composait des arabesques pour les verreries de Murano, et le Francia gravait des caractères d'imprimerie pour les Aides.

11 y aurait bien à dire sur ces graves matières, mais ce n'est point le moment. Aussi bien je veux me borner pour aujourd'hui à montrer que l'unité de l'art et du métier ne date pas du moyen âge ; elle remonte bien plus haut. A Rome, comme à Athènes, l'art et le métier n'étaient qu'une seule et même chose, la langue n'avait point d'expression pour les distinguer; artiste et artisan sont synonymes', et Minerve est bien la patronne de tous les ouvriers, depuis Phidias jusqu'au dernier potier du Céramique'.

Vers la moitié du if siècle, sous Antonin le Pieux et Marc-Aurèle, florissait, à Garthage, un personnage singulier, Apulée, l'auteur des Métamorphoses, le plus beau des philosophes, le plus disert et le plus ingénieux conteur de son temps; une manière de Cagliostro, pontife d'Esculape, affilié à toutes les communautés secrètes de l'Egypte et, entre nous, un peu magicien ; du moins, saint Augustin, son compatriote, lui a fait cette réputation.

Page 1