III
la plus grande partie de ces richesses, dans une grande maison garnie, située au bout de la rue de Béthisi, appelée communément l'hôtel d'Anjou. » Sauvai énumère toutes les précautions prises par les organisateurs pour inspirer confiance et attirer le public : estimation de chaque article par des « experts nommjs d'office », contrôle par le juge des registres, des billets, du tirage, etc. : tout devait se passer avec la régularité d'une grande opération financière. Néanmoins la tentative, combattue dès l'origine par le commerce parisien, n'eut pas de succès; les six corps de marchands n'étaient pas gens à laisser s'installer sans opposition une concurrence aussi redoutable. Mais l'idée avait paru ingénieuse; la mode s'en empara, et voilà tout Paris organisant des loteries de beaux meubles ou d'objets d'art : les uns, comme le roi, la reine mère, Mazarin et quelques grands seigneurs, pour offrir à leurs invités des cadeaux magnifiques -, les autres par spéculation, comme certaines femmes galantes qui mettaient en loterie leur mobilier, vendaient les billets fort cher à leurs amis et réalisaient, en fin de compte, un bénéfice assuré*.
Aujourd'hui MM. les commissaires priseurs n'admettraient pas ce moyen détourné de faire une vente publique sans passer par leurs mains ; mais
I. Sauvai, III, p. 73 et suiv. Vers la fia du siècle, Fagnani, célèbre brocanteur, organisa une seconde loterie de ce genre à Paris (Fournicr, Paris démoli^ p. 363), ce qui donna lieu à la comédie de Dancourt, Ij. Loterie.
leur monopole n'était pas encore inventé. L'officier ministériel n'intervenait que dans les ventes judiciaires ou après décès, dans les iiwentaires, pour parler le langage du temps. « On appelle inventaire, quoique assez improprement, la vente qui se fait publiquement et à l'encan des meubles d'une succession, ou des marchandises et autres effets d'un marchand ou d'un débiteur insolvable. Ce sont ordinairement les huissiers prisciirs qui en font la proclamation. » Dans certains cas, Fhuissier priseur était remplacé par le sergent à iwrge, qui prenait le titre de juré priseur et vendeur de meubles. (c L'huissier priseur répond des deniers qui proviennent des marchandises, meubles et effets vendus... 11 met le prix aux meubles et fait les fonctions de crier, en répétant plusieurs fois le prix qu'en offre le dernier enchérisseur et en ne délivrant la chose criée qu'après avoir averti que c'est pour la troisième et dernière fois qu'il le crie\ » La vente est affichée et annoncée par la ville, suivant l'usage. Voici l'ordonnance pour la mise aux enchères définitive des meubles de Mazarin'- :