‹ Causeries sur l'art et la curiositéChapitre 42 sur 93 · DE PAR LE ROY · texte numérisé non relu

DE PAR LE ROY

Et nosseigneurs les commissaires;, députei par arrest de la Court de Parlement, pour la vente des meubles du cardinal Maiarin.

1. Savary des Briislons, Dictijnn.:irc du commerce ^ aux mots : I/2vent.iire^ Huissier-prisciir et Crier.

2. Alf. Franklin, Histoire de lu Bibliût/ii\jue Mu^urine. p. 80 et suiv.

Oa fait à sçavoir : Qu'à la Requeste du Procureur général du Ro)', il sera vendredi prochain, deuxième iour d'Aoust, deux heures de relevée, au logis dudic cardinal Mazarin, procédé pardevant lesdics sieurs Commissaires, à la vente des Statues, Bustes, Figures, Tables, Peintures et autres meubles trouvez audit logis, au plus offrant et dernier enchérisseur, en la manière accoustumée. Et sera la présente Ordonnnance publiée à son de trompe et cry public, et scellée, affichée aux carrefours de cette Ville et à la barre de ladite Cour.

Donné par nous Conseillers et Commissaires susdits, le 31 iour de Juillet 1652,

Ainsi signé : Portail, Brisart, Pet au etPithou.

Par nosdits Sieurs les Conseillers Commissaires,

POLLIAC,

Leile, publié à son de trompe et cry public, en tous les carrefours de cette Ville et faubourgs de Paris, par moy, Charles Canto, luré Crieur ordinaire du Roy en la Ville, Preuosté et Vicomte de Paris; accompagné de lean du Bos, Jacques le Frain et Estienne Chappé, dit la Chappelle, Jurez trompettes de sa Majesté esdics lieux, le leudy, I Aoust 1652. Et le même jour affiché.

Signé : Canto.

On connaît le sort de cette vente fameuse, un des scandales de notre histoire : les tableaux, meubles, statues, tapisseries, abandonnés à vil prix, la bibliothèque envahie et dilapidée, les livres pillés par ceux-là mêmes qui en avaient la garde et, pour tout dire, le Parlement promettant sur le prix de la vente une prime de 50,000 écus à celui qui assas-

io6 CAUSERIES SUR L'ART ET LA CURIOSITE.

sinerait Mazarin. Un document peu connu ^ précise le rôle qu'auraient joué dans cette affaire les trois principaux commissaires délégués parle Parlement pour diriger la vente, Pierre Pithou, Paul Portail et Alexandre Petau.

M. Pithou a emporcé des livres de la bibliothèque deux ou trois fois par jour pendant six semaines son carrosse plain, mesme avec des crocheteurs chargés. Le précepteur de ses enfants, son clerc et son valet de chambre ont souvent conduit des voitures. Ils en ont déchargé grande quantité à l'Image Notre-Dame dans la rue Coquillere pour avoir plus de facilité de les emporter ensuitte. Il a presque toutes les Bibles. Il venoit souvent, fêtes et Dimanches, et quelquefois le matin et le soir, que les autres Commissaires n'y estoient point, et entroit dans la chambre des Bibles avec son valet de chambre et quelques autres de ses gens, qui lui demandoient les uns et les autres des Bibles, et leur donnoit, disant luy qu'il n'en vouloit point prendre. Et le lendemain ou le soir, il enemportoit, disant qu'il les rapporteroit...

M. Petau en a emporté aussy souvent dans son carrosse; mais ce qui est de plus considérable est qu'il prenoit, soub son manteau, l'un des tomes de quantité des plus beaux livres et des plus curieux, et s'en rendoit ensuite adjudicataire du reste soubz noms supposés... Estant dans ladite Bibliothèque il a fait faire plusieurs paquets par les libraires, et leur disoit estant faitz : Combien cela vaut-il } et luy demandoient : Est-ce pour vous, M''} — Ouy; celane vaut pas grand chose, combien Festimez-vous } — Ce que vous voudrez, M"".... Ledit sieur Pithou procedoit de la mesme sorte que ledit sieur Petau.

M. Portail en a fait mettre plusieurs boistes dans la Cliappelle donc les Huissiers en avaient la clef. Quand il estoit dans la

I. Bulletin du Bouquiniste, Episode de U vente des livres du cardiriiil AIu~uririj par M. Rathery.

Bibliothèque, il demandoit quels livres c'estoient qu'ils manioient, ec puis les regardoit leur disant, je ne connois pas les bons livres, dittes moi si ceux-là sont bons, et quand ils se trouvoient bons, lesdits libraires lui disoient, prenez ceux-là, ils sont bons ; il les prenoit ec faisoic porter dans la Chappelle... et quand le soir estoit venu, que tout le monde estoit sorti, il les faisoic meccre sur ledic procès-verbal.

Jusqu'à qiiel point faut-il accueillir ces dénonciations anonymes? Les trois commissaires étaient ennemis jurvjs du cardinal, grands amateurs de livres, sans pitié pour un rival et sûrs de l'impunité. J'ignore ce que la casuistique du bibliophile autorise en pareil cas.

(( C'est de l'or en barre que les tableaux, écrit Coulanges à M'"'' de Sévigné'; il n'y eut jamais de meilleure acquisition. Vous les vendrez toujours au double quand il vous plaira. Ne vous ennuyez donc pas d'en avoir toujours de nouveaux à Grignan, et parez-en vos cours et avant-cours quand vous en aurez suffisamment poiu* toutes vos chambres. » Coulanges avait raison ; l'élan était donné, la curiosité augmentait graduellement ses affaires, ses prix

Page 1