I. Confession publique du brocanteur. 1776, p
pourra tout perfectionner, même le brocantag-e ; il n'inventera rien. Désormais la curiosité a sa physionomie, ses fonctions et ses organes définitifs.
On connaît 2,158 catalogues de ventes imprimés au xviif siècle ^ ; la moitié environ sort des presses d'Amsterdam, de La Haye, de Harlem, d'Utrecht, etc.; l'autre moitié (1^049) appartient ^ la curiosité parisienne. A coup sûr le chiffre est respectable ; calculée sur la période entière , la moyenne dépasserait 10 catalogues par an, c'està-dire 10 ventes d'une certaine importance, car les encans secondaires faisaient l'économie de l'imprimeur et se contentaient de notices manuscrites. Mais, en y regardant de plus près, on arrive à des résultats tout différents. De 1700 à 1750, sur 215 catalogues imprimés, 185 sont hollandais et 30 seulement parisiens, c'est-à-dire que, pour ce demi- siècle, notre contingent ne dépasse pas une vente tous les deux ans. La curiosité veut prendre son temps; elle a bien débuté, elle a mis la main sur deux experts in-
I. Les Ventes de tableaux, dessins^, etc., par G. D.iplessis. 1874.
ii6 CAUSERIES SUR LART ET LA CURIOSITE.
comparables, Gersaint et Mariette ; ses premières affaires, les ventes de Verrue, Crozat, Carignan, de Lorangère, ont fait du bruit 5 elle est prête, sous les armes, et, quand viendra l'heure, on peut compter sur elle.
De 1751 à 1760, la moyenne des catalogues parisiens s'élève à 4 par an, il y a progrès. — De 1761 à 1770, la moyenne monte rapidement à 13; — de 1771 à 177$, à 28; — de 1776 à 1785, elle atteint le chiffre de 42 par an. C'est l'apogée des ventes; la curiosité a la fièvre, elle va, vient, passe de mains en mains, de la cour à la ville, de la ville au théâtre, du théâtre au palais. Blondel de Gagny, La Vrillière, la. comtesse du Barry, Randon de Boisset, le prince de Conti, Laborde, Vaudreuil, dé£lent tour à toiu- devant l'huissier priseur, avec Blondel d'Azincourt, le duc d'Aumont, la duchesse de Mazarin, le marquis de Menars, et les débris de leurs cabinets vont former de nouvelles collections qui disparaîtront à leiu* tour. « C'est une partie de volant dans laquelle la bourgeoisie et la noblesse se renvoient si vite les chefs-d'œuvre de l'art, qu'on ne sait vraiment à qui ils appartiennent \ »
Les vignettes imaginées par Baudouin, Cochin et Saint-Aubin pour illustrer les catalogues, représentent par certains côtés la physionomie de ces ventes; mais la ressemblance est bien incomplète.