Dictionnaire du mobilier ^ au mot escabeau
4. Le carrcau-meublej car le quarrel ou. carreau est aussi un coussin-
5. Miroir des pécheurs . àe Jean du Castel. — « Les carreaux sur quoy séent les filles. » (Guill. Coquillart.)
La scabelle ne servait que pour « s'asseoir à table quand on veult disner et souper^ '>. On admettait alors, comme on l'a toujours fait, que, pour manger commodément, il faut un autre siège que pour causer; sous Louis XlVméme, on ne vendait pas une table sans sa garniture d'escabelles". Nous sommes en train de changer tout cela, et bon nombre d'honnêtes gens font dîner aujourd'hui leurs convives, bon gré mal gré, dans des fauteuils, par amour du progrès -
La selle est le tabouret de pied, ce petit meuble cher à nos grand'mères et si commode. Les anciens, qui trouvaient plus hygiénique, plus propre et de meilleure grâce que le sol fût dallé en carreaux de terre colorée ou de faïence, sauf à le recouvrir de tapis mobiles, ne s'asseyaient jamais sans un tabouret sous les pieds, pour éviter le contact des carreaux; souvent même Vestj^ier^ faisait partie du meuble. La hauteur des sièges et des tables, qui choque toujours au premier aspect, est donc plus apparente que réelle ; le tabouret ou marchepied compense la différence.
Ainsi que je l'ai dit, la plupart de ces meubles
1. Corrozet, blason de la Scubelle. — « Çà, cà, dist Gargantua, une escabelle ici auprès do moi, à ce bout. » (Rabelais.)
2. Molière, dans l'inventaire de V Avare : « Plus une grande table de bois de noyer, ù douze colonnes ou piliers tournés, qui se tire par les deux bouts, et garnie par le dessous de ses escabelles.
3. « Une chaize brizéc, garnye de son estrier et pozce sur un pivot. » (Invent, de Catherine de Médicis.)
nous sont inconnus ; mais ce qui reste suffit pour montrer combien la fabrique de la Renaissance avait conservé les excellentes traditions du moyen âge. La forme est rationnelle, la construction toujours accusée. L'ouvrier, un esprit net et sensé, ne demande à la matière que ce qu'elle peut logiquement donner : les reliefs sont pris dans l'épaisseur normale de la planche, sans pièces rapportées 5 la coupe du bois est franche et sans aucun de ces tours de force qui laissent toujours une certaine inquiétude ; l'esprit est rassuré tout d'abord, et ce sentiment de la solidité est bien quelque chose.
Mais, à vrai dire, le confort était moins dans le siège lui-même que dans le coussin. On ne saurait imaginer le nombre et la variété de ces petits oreillers : ronds ou carrés, plats ou bombés, allongés en traversins, arrondis en boule ou aplatis en forme de matelas et presque toujours garnis de plumes, cousics, coussins, carrés, quarrels ou carreaux, coustepointes, orillers, banquiers, formiers, il y en a de toutes les façons et le nom varie suivant la destination. Une corporation tout entière, celle des coustiers^, ne fabriquait pas autre chose, sans compter ce que les châtelaines et les bourgeoises confectionnaient chez elles ; j'ai relevé un millier
I. Les colistiers faisaient le coussin et le lit de plumes. Le nom de coytiers est resté dans certaines provinces, où l'on dit encore une couette pour un oreiller.
de coussins ou cjirre:^ de ce genre dans un seul inventaire du temps*. Le coussin remplit les coins, adoucit les angles, épouse les formes, donne le moelleux et le fondant nécessaires ; chacun le place, le déplace comme il l'entend, et dispose son confort à sa guise, suivant la posture du moment. L'entretien est des plus simples et, l'étoffe une fois usée, on la remplace sans être obligé de déménager périodiquement tout son mobilier. Cette combinaison ingénieuse laisse à l'ouvrier qui taille le bois toute sa liberté ; il peut l'enrichir à son goût et faire œuvre d'art, le coussin se chargera du reste.
Le coussin mobile et indépendant disparaît à la fin du xvf siècle % pour faire place au coussin adhérent, à la garniture £xe, ime des innovations les moins heureuses de la tapisserie. Sans doute, notre siècle a la gloire d'avoir inventé le i^essoi^t élastique pour meubles à double spirale métallique, tandis que la Renaissance se contentait du coussin de plumes ; mais, si les sièges de nos aïeux nous semblent bien durs et bien osseux, n'oublions pas que nous voyons le squelette seulement, la garniture a disparu. Quand on avait habillé le meuble, fixé, par des agrafes de passementerie, la couvercture et les manchettes ouatées, installé les