Contes d'Eutrapely
3. « Quant en quelque chambre voulez adouber lit ou couche à dormir, mettez le dossal vers le niidy, afEn que...)) (Evéïngile des qiienoilles.)
gers au bien-être? qu'ils fussent amoureux des rhumes et des courants d'air, ceux qui enveloppaient leurs chambres de tapisseries tombant en plis sur le plancher et recouvrant les portes mêmes'? Ne trouvez-vous pas qu'elles avaient du bon ces grandes cheminées qui vous chauffent des pieds à la tète et ne marchandent pas la place? Pas un atome de la flamme n'était perdu, et elles ne fumaient pas plus que les nôtres ; j'en appelle aux habitués du musée de Cluny pendant l'hiver • le tirage de ses vieilles cheminées n'est-il pas irréprochable - ?
Je conviens que nos appartements, que dis-je! nos compartiments ont leur prix : ils sont criblés de portes, le cube d'air indispensable par tète est calculé avec une précision qui fait honneur à l'architecte, et les croisées à niveau du sol permettent de voir tout ce qui se passe dans la rue, tandis que la rue voit tout ce qui se passe dans la chambre. 11 n'en va pas de même autrefois ; la salle est élevée, spacieuse ; les ouvertures sont ménagées sobrement, et les fenêtres, montées sur des allcges. tamisent par en haut, à tra-
1. Quant à orner les portes, dit Philibert de l'Orme (livre VIII), « cela n'est que argent perdu et lesdicts ornemens ne se voient à cause de la tapisserie qui est tousjours devant une porte «.
2. Il serait facile de multiplier les exemples du confortable intérieur au XVI* siècle. Ainsi on avait double garniture pour les murs : des tapisseries en hiver, des tentures de cuir en été, et même double logement, c'est-à-dire la salle basse pour l'été et la salle haute pour l'hiver.
vers les vitraux de couleur, un jour intime, amenuisé, discret, un jour d'atelier; on sent que la famille vit là chez elle et pour elle, loin du bruit et des indiscrétions du dehors. Ces vieux logis avaient encore cet avantage de se prêter sans effort à un arrangement pittoresque. Notre siècle, tiré au cordeau, dédaigne un peu trop cette disposition piquante des choses et des couleurs qui donne la vie, la gaieté, même aux murs et aux meubles ; connaissez-vous rien de plus mélancolique à regarder que certains salons de Paris? Chez les anciens, rien de pareil, et cela se conçoit : le jour atténué de la salle exigeait des meubles vivement sculptés, des proiils accentués, des étoffes de couleur franche, des cuirs dorés, tout ce qui accroche la lumière et produit ces accidents de clair-obscur, ces effets imprévus qui sont le régal de l'artiste. Du moment que le jour est entré violemment dans des pièces éclairées du haut en bas, le meuble sculpté disparaît, — il n'a plus sa raison d'être, — les saillies générales diminuent, les étoffes se décolorent; lancé sur cette pente, l'ouvrier finira tôt ou tard par pousser à l'extrême la perfection du détail, de l'imperceptible ; il semble que l'art se rapetisse à mesure que la fenêtre s'agrandit.
Mais voulez-vous voir de plus près quelquesuns de ces intérieurs du temps passé? Suivez-moi sans façon dans la chambre à coucher d'une « des plus braves (élégantes) et belles dames qui soient
en la ville ' » ; elle dort. « Toute la pièce est tendue de toile blanche merveilleusement brodée de blanc sur blanc, le pavement et le dessus (le plafond) de mesme. » La garniture du lit, ciel, rideaux, courte-pointe et le reste, est « de toile fort delyée, tant bien ouvrée de blanc qu'il n'est possible de plus, et la dame seule dedans, avec son scotion (bonnet) et sa chemise toute couverte de perles et de pierreries ». Si je ne me trompe, l'arrangement est original et d'une suprême élégance. Au chevet du lit, le (( manteau i peignoir) de nuit » ; sur la toilette, les fines touailles (essuie-mains), le miroir et « l'estuy de chambre (nécessaire) avec les pignes d'ébène, de blanc yvoire, de bouys, à grosses et menues dentz pour galonner les beaulx cheveux, les ciseaulx, le poinson, la brosse, le cure-dent, le cure-aureille, la scie, la lime, la pinsette, le ratissoir avec plusieurs aultres choses- ». Les coffres, marquetés « de nacre et peints d'azur et d'or, sentent plus souef que basme (baume) », car « les Parisiennes, passées maîtresses en élégances, magistrœ policiariimy font venir tout exprès des roses de Provins et les renferment dans des sachets , afin de parfumer leurs écrins et leurs coffres à linge' ».
Si vous trouvez ces recherches bien mondaines, nous pouvons entrer dans la maison du