I. E. Rciun. Hist. Jitt., ii
MAITRE PIHOURT ET SES HETEROCLITES. 27
ouvriers, dit-on, venaient chez nous fabriquer des armes dès le xv' siècle, cela est certain; les Allemands et les Espagnols faisaient de même ; pourquoi ne parler que des Italiens? Quant à Louis XI, il achetait des peintures à Venise aussi bien que des « bestes estranges en Barbarie et en Dannemarche pour faire parler de luy parmy le monde et qu'on le cuydast sain », c'est Comines qui le dit. Reste l'exemple de Charles VIII, mais il a sa contrepartie. Jules II n'a-t-il pas attiré à Rome toute une colonie française, des brodeurs, des relieurs, des huchiers^ des peintres comme Antoine d'Avignon, des sculpteurs comme maître Jacques d'Angoulême, des verriers comme le frère Jean et le frère Guillaume? Ce dernier pratiquait même avec succès l'architecture et la peinture à fresque ; il travailla beaucoup dans sa nouvelle patrie et fonda une école de peintres-verriers, au rapport de Vasari qui fut un de ses élèves. Trente ans auparavant, nos imprimeurs avaient déjà des ateliers célèbres, Nicolas Jenson à Venise, Jehan Fabri à Turin, Guillaume le Signerre à Milan, Pierre Malifer à Padoue, Jehan Picart et Laurent des Rouges à
I. Nos sculpteurs sur bois ont été fort recherchés en ItaUe pendant tout le XVI* siècle. Maître Ambroise et maître Thomas ont travaillé aux belles stalles de Saint-Pierre de Pérousc; à Fcrrare, en i$$$, nous rencontrons un Parisien, Nicolas Chauvin; à Milan et à Padoue, Rich. Taurin et ses fils; à Florence, en 15 19, Benoît Guillomard; à Rome, en 1549, Louis Bonard et Etienne; en 1573, maître Nicolas est chargé de travailler au Vatican. {Keg. de la Trésorerie secrète, dépouillés par M. Eug. Muntz.)
Ferrare *. Est-ce à dire que la France ait exercé une influence en Italie?
On parle beaucoup, et l'on a raison, de l'enthousiasme des compagnons de Charles VllI à la vue des merveilles de la Péninsule, mais on oublie le lyrisme des Italiens en présence de Chambord qui les laissait pleins di meraviglia e di stupore, au-i di confi({ioiie, et de Gaillon qu'ils comparent aux palais enchantés di Morgana c di Alciiia'-.
Quant aux modes, s'il est vrai que la France ait fait quelques emprunts à l'Italie, il n'est pas moins certain que le Castigîione accuse ses contemporains de singer notre costume et nos allures, persuades qii^ils doivent être pris pour de véritables Français et qu'ils en ont l'aisanee, mais la l'érité est qu'ils y réussissent rarement \
Si je ne me trompe, ces courants variables et passagers, ces menus emprunts de pays à pays sont l'incident journalier de l'histoire et n'ont pas tant d'importance. A force de regarder le passé à la loupe, l'archéologie microscopique finit par grossir démesurément les infiniment petits; le moindre fait divers prend les proportions d'un événement considérable, plein de révélations inattendues. Par exemple, on a remarqué que les savons de Charles VIII et de sa cour datent de la conquête de