MAITRE PIHOURT ET SES HÉTÉROCLITES
sonnel, mélange savoureux du vieux gaulois et de la jeune antiquité?
On a rompu bien des lances pour et contre ce qu'on appelle Vinjluence italienne sur les origines de la Renaissance française, et la bataille dure encore entre les pontifes de l'antiquité et les paladins du moyen âge. Suivant les uns, l'Italie nous aurait sauvés de la barbarie gothique ; suivant les autres, elle a tué l'art national en lui substituant des formules de convention qui ne sont pas dans notre génie. 11 me semble que les Italiens ne méritent
Ni cet excès d'honneur ni cecce indiirnicé.
Qu'ils aient joué un rôle considérable en France à dater de l'école de Fontainebleau, personne ne s'avise de le contester; mais faut-il, par idolâtrie, les faire entrer en scène au début même de notre Renaissance et leur en attribuer l'initiative? J'avoue que mon admiration, si passionnée qu'elle soit pour les maîtres incomparables de la Renaissance italienne, ne va pas jusqu'à dénaturer l'histoire à leur profit.
Sans doute on alléguera la liste officielle des artistes amenés par Charles VIII après la conquête ; s'ils sont venus en France, apparemment ils y ont exercé une influence. En poursuivant ce raisonnement, on trouve des armuriers italiens installés à Tours par Louis XI, et ce prince ayant fait venir de
Venise un tableau de GentileBellini, le voilà devenu, sans s'en douter, l'un des précurseurs du mouvement italien. Je crois même que l'on a découvert je ne sais quel peintre vénitien à la cour de Charles VII. Mais les raffinés en quintessence archéologique ne s'en tiennent pas là : ils sautent bravement un siècle et demi et décident que l'Italie est entrée en France par Avignon en 1309, avec Clément V et le Giotto. A ce compte rien n'empêche de Taire remonter l'iniîltration italienne au x" siècle, dans le temps que les Vénitiens venaient en Aquitaine bâtir des églises sur le patron de la basilique de Saint-Marc, comme Saint- Front de Périgueux. On pourrait même, une fois pour toutes, prendre comme point de départ la conquête romaine et ouvrir la liste par Jules César, le prototype des artistes italiens venus dans nos contrées.
Ainsi vont les hypothèses à perte de vue ; mais si un Vénitien a réellement travaillé en France pour la cour de Charles VIT, « ce sont des Français qui tracent le plan du dôme de Milan, et un Parisien, Philippe Bonaventure, dirige les travaux ; c'est un maître français qui commence Saint-Pétrone de Bologne * » . Jehan Fouquet est allé en Italie précisément à la même époque, il en a rapporté quelque chose, soit; êtes-vous siir qu'il ne lui a rien laissé en échange? Car enfin nos voisins n'ont pas le monopole perpétuel des influences. Leurs