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maîtresse. Ainsi, au lieu d’exécuter des études d’après nature, il se contentait d’un trait de crayon rapide qui indique les objets, d’un coup de pinceau hardi qui détermine les ombres. Quant à la nuance des tons, il la sténographiait par une série de lettres correspondant à une sorte de gamme chromatique.
Il ne se promena jamais sans avoir dans sa poche un carnet sur lequel il avait l’habitude de noter les gradations des teintes qu’il se proposait de reproduire en face d’un paysage. Si vous allez au Musée d’Avignon, vous verrez que ses ébauches des ports de France sont couvertes d'une nuée de mots italiens qui lurent le memento du coloriste. Or, ces raffinements d’analyse, si minutieux qu’ils soient, admettent l’inexactitude de l’à peu près, et un jour vint où l’on s’en aperçut.
Il eut aussi ses lieux communs descriptifs, comme les poètes rustiques de tous les temps. Mais que de savoir-faire dans la combinaison de ses moyens ! S’il arrange un peu la nature, elle ne saurait s’en plaindre, tant il excelle à choisir son point de vue, à concilier les exigences de la mode et «lu goût, à disposer les accessoires et les décors, à escamoter les difficultés, à embellir la ressemblance.
Son originalité fut l’élément dramatique qu’il sut introduire dans les scènes de la nature. Les personnages dont il les anime rient, pleurent, aiment,
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maudissent, souffrent, agissent, vivent. 11 y a là des âmes sur les visages. Ce sont des pères, des veuves, des époux, des amants, tout le personnel sentimental de Greuze, mais avec plus de franchise dans le pathétique. Doué du sentiment de la vérité, il substitue le premier l’observation directe de la nature aux conventions de l’école classique. Dans ses tableaux, tout est portrait, tout est local, tout est sincère et personnel. S’il n’a pas l'inspiration magistrale du Poussin, s’il ne revient pas, comme Claude Lorrain, du pays de l’idéal, il sait voir juste, il rend avec vivacité la physionomie de ses modèles, il a l’intelligence du costume et des mœurs, il met ingénieusement en relief les détails expressifs, il traduit la poésie d’un paysage dans une langue légère, nette et précise, qui ne rappelle en rien l’afféterie pastorale de Watteau et le marivaudage voluptueux de Boucher.
En un mot, par le mouvement et la clarté de son style, par la verve de son invention, par l’élégante facilité d’un pinceau correct, par l’agrément d’une composition adroite qui laisse voir l’idée sous la forme, produit ses effets sans efforts, allie la sobriété de la couleur à la fermeté du dessin, l'esprit au bons sens, il fut éminemment Français, et mérita d’être le chef d’une dynastie trois fois illustre, à laquelle il devait léguer, avec son nom, 1 héritage d’un talent populaire.