‹ Causeries sur les femmes et les livresChapitre 24 sur 94 · I8 II ! P P 0 1. Y T F: F I. (Y N I) R I X · texte numérisé non relu

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pour les artistes, n’en a pas moins fait son chemin dans le public, et l’on peut dire qu’elle est un des préjugés contemporains.

Aussi est-ce avec un véritable plaisir que je m’empresse de signaler un nouveau livre où nous trouverons l’histoire confidentielle d’une vie couronnée par la gloire, et où brille le plus pur idéal dans le cadre familier des affections ou des devoirs domestiques. Je veux parler des lettres d’Hippolyte Flandrin, qui viennent de paraître en un moment propice, puisqu’elles seront le commentaire familier de ses œuvres exposées depuis quelques jours au palais des Beaux-Arts.

Avant de juger le peintre, il sera bon de connaître l’homme. Car il fut de ceux qui engagent dans tout ce qu’ils font le meilleur d’eux-mômes, et son talent était comme l’épanouissement d'une nature exquise dans laquelle s’associaient toutes les délicatesses. Guidés par l’excellente introduction de M. le vicomte Delaborde, ouvrons donc cette correspondance intime, non pour lui demander ce qu’elle ne contient pas, je veux dire des enseignements d’école et des doctrines personnelles, mais pour y chercher un portrait et un caractère. La leçon viendra sans qu’on y pense.

Né à Lyon en 1809, Hippolyte Flandrin était fils d’un artiste que le pinceau n’avait pas enrichi. Aussi, sa vocation faillit-elle être contrariée par les

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alarmes de la sollicitude maternelle. Il fui question •le le mettre en apprentissage dans une manufacture de soieries. Mais un sculpteur distingué, qui avait gardé les troupeaux dans son enfance, Foyatier, l’auteur du Spartacns, le sauva de ce péril. 11 avait auprès de la famille Flandrin l’autorité de l’expérience, le prestige d’un homme arrivé. Le crédit de ses conseils prévalut, et l’enfant prédestiné fut admis avec son frère Paul dans Fatclier de Magnin et de Legendre, puis à l’institut de Saint-Pierre, où l’on entrait par la voie du concours. Il voulait devenir peintre d’histoire et ses premiers essais trahissaient un goût décidé pour les uniformes, les épisodes des champs de bataille, les scènes de la vie militaire. Son originalité naïve se combinait avec l’imitation de Vernet et de Charlet.

Or, les princes du genre tenaient école à Paris C’est là seulement que les deux frères comptaient voir de leurs yeux les chefs-d’œuvre, et apprendre le maniement magistral du dessin ou de la couleur. Le grand voyage devint donc leur unique projet : mais pour l’accomplir, il fallut des prodiges d’économie et de patience. Enfin, à force d’épargnes prélevées, sou par sou, sur de menus travaux, tels que des rébus destinés aux cunfiseurs, et de petites vignettes composées pour les marchands d’images, ils parvinrent à mettre de côté le mince trésor qui leur eût été bien insuffisant, s’ils ne s’étaient pas

Il IPPOLYTE FLANDRIN.

interdit le luxe de deux places dans une diligence.

Ce fut à pied qu’ils se mirent en marche sur ce chemin que, deux siècles auparavant, un autre apprenti de l’art, Nicolas Poussin, aussi pauvre qu’eux, avait suivi dans un sens opposé. Leur première lettre est accompagnée d’un croquis où ils se représentent, en rase campagne, blottis sous un parapluie et attendant philosophiquement la fin de l’ondée. « Ah ! si maman nous voyait là ! » dit la légende inscrite au-dessous de la scène.

Dix jours après la triste séparation, ils avaient franchi leurs cent vingt lieues, admiré les Invalides, le Panthéon, les tours de Notre-Dame, la colonne Vendôme, et nous les voyons installés à un sixième étage, dans une mansarde dont le loyer leur coûtera cent cinquante francs par an. Un heureux hasard, la rencontre d’un compatriote, conduit llippolyte Flandrin dans l’atelier de M. Ingres, où il n’entre qu 'après en avoir demandé la permission « à son cher papa, » et parce que cette école « est beaucoup plus tranquille, bien mieux réglée que les autres. »

Ceux qui le connurent à cette époque gardent le souvenir d’une physionomie rêveuse, douce, mystique, réservée, qui attirait par un air de modestie et de bonté. Cette influence sympathique, il devait l’exercer plus tard sur tous ceux qui l’approchaient, et voici une anecdote qui rend au vif cette impression :

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