II PRÉFACE
Je les ai crayonnées dans les bois pleins de soleil et d'ombre^ dans les champs pleins de silence et d'harmonie, sous mon toit rustique rempli d'amour et d'amitié : Puisses-tu, ami lecteur, éprouver en les lisant, le même charme que j'ai éprouvé en les écrivant. — Puissent ces causeries du printemps te porter, avec un souffle embaumé de juin, un cri de joie d'avril, une chanson de mai. Et si tu as le bonheur de vivre dans un village, puissent-elles le le faire aimer autant que j'aime le mien.
J'ai lu sur un album un bien joli sonnet de Méry, sous ce titre : Pourquoi faime Paris. Je veux — à la manière de cet enfant prodigue de la poésie — dire ici pourquoi j'aime mon village.
POURQUOI j'aime mon VILLAGE.
Je vis riche de peu, je travaille sans peine Et libre !... Le devoir seul m'asireint à sa loi. Quand vient la fin du jour je m'iiperçois à peine Des heures que le temps laisse derrière moi.
La nature sourit à mon âme sereine Que réchauffe l'amour, qu'illumine la foi. L'Arbre, l'Qiseau, la Fleur, la Montagne, la Plaine, Tout imprime à mes sens un chaste et doux émoi.
Hé bien! voilà pourquoi j'aime tant mon village, Et mes bois si remplis de soleil et d'ombrage. Et mes petits sentiers toujours silencieux.
PHEFACE JII
Et pourquoi j'aime tant celte retraite austère, Où je vis loin... si loin des rumeurs de la terre, Que mon âme souvent croit vivre dans les cieux.
La seconde moitié de ce livre commence et finit par le récit d'une de ces fêtes artistiques dont les populations méridionales ont le secret instinct. La première de ces fêtes, sous le nom de fête romaine, est une représentation de nuit donnée en 1869 dans le théâtre Antique d'Orange. La deuxième, sous le nom de fête littéraire a été célébrée à Vaucluse- Avignon en iS?^, à l'occasion du cinquième centenaire de Pétrarque.
Ces grandes manifestations de la pensée, dont l'art, la poésie et l'amour sont le foyer, prouvent que le monde civilisé n'est pas encore fermé aux choses de l'esprit, et que notre noble France, malgré ses malheurs, aura toujours et quand même la suprématie intellectuelle.... qui lui redonnera bientôt toutes les autres ! . . . .
De mon village, 7 novembre 1871.
Antony Real.